7 MARS 2010
L'écharpe qui va bien. Le café «bien tassé» qui suit, L'Equipe posé sur un bord de table et la Vespa garée à l'entrée de la brasserie Les Princes... Daniel Riolo ne pourrait pas faire plus cliché pour m'accueillir. Polémiste, réac' à deux sous, tête à claques, grande gueule, beaucoup s'expriment déja sur le cas Riolo. Mais très peu peuvent se vanter d'avoir eu une véritable discussion de plus de trois quart d'heure avec lui. Parfois perdu dans des principes passéistes, Riolo ose - dans un milieu de consanguin un peu attardé - balancer des vérités qui font mal: Canal + en tête de turc, la direction du football français en exutoire, il offre une vision certes acerbe mais souvent juste d'un milieu qu'il aime par dessus tout.Le football...Merde, une sensation bien étrange de début d'interview, une goutte de sueur qui s'écrase sur un dictaphone et ma célèbre devise qui trouve sa place, pleine de légitimité: «Parler beaucoup en connaissant presque rien». Je vais tenter de camoufler mes lacunes, laisser parler le monsieur et apprécier sa vision féroce du... football. Vas-y mec, donne moi de la polémique, des phrases chocs, des embrouilles bien crasseuses. Fais ressortir le roquet qui est en moi. "Pas bien difficile", diront certains. Ton parcours journalistique est plutôt atypique. Tu as commencé par le cinéma avant de te lancer dans le foot.... J'ai commencé à bosser super tard. J'ai pris du retard dès le début de ma carrière, après avoir abandonné mes études. Puis un jour, j'ai décidé de me lancer dans le journalisme, ma vraie passion depuis toujours, en commençant les piges. Deux trucs me bottaient plus que tout: le foot et le cinéma. Au début, tu n'as pas le choix. Avec ma faible expérience, j'ai sauté sur la première occasion: L'émission Spectacles sur Canal Sat', les petits reportages cinéma sur M6, tout ça, c'était vraiment un coup de bol monstrueux. J'ai d'ailleurs au départ délaissé le monde du foot pour le cinéma. Je rencontrais plein de mecs géniaux, j'allais voir tous les films qui sortaient. C'était une période incroyable de ma vie. Puis en 2004, RMC Info t'appelle pour suivre le PSG. Avant ça, j'avais pigé pour Infosport sur TPS et Radio France pour le tennis. Mon expérience grandissait, la qualité de mon travail aussi. Entre temps j'avais écris mon bouquin sur la rivalité PSG-OM. Je suis donc passé pour LE spécialiste du PSG. RMC tentait à ce moment le décrochage régional pour les matchs de D1, ils m'ont appelé pour commenter (1). Mon billet d'entrée chez eux. Au niveau de tes bouquins, Luis contre attaque ressort du lot parmi l'ensemble de tes contributions.... Ah non, pour moi le plus marquant reste mon premier livre, OM-PSG l'histoire d'une rivalité. C'est un vrai livre d'enquête, un vrai projet de longue date. Démontrer en quoi cette pseudo rivalité qui monopolise tant les médias chaque année - et la police aussi - n'est qu'une simple opération marketing. Il n'y a pas d'antagonisme sociologique, comme on a trop souvent voulu nous faire croire. C'est vraiment le bouquin dont je suis le plus fier.Soyons clair, d'un point de vue extérieur, le football est perçu comme un univers de beaufs. Tu arrives à y survivre ? Attends, c'est quoi un monde de beaufs, pour toi ? Un monde peu ouvert, limité culturellement, un monde ou le débat et la discussion tourne souvent court. D'un côté l'aspect positif du «populaire», de l'autre le mauvais côté du nivellement par le bas. Quand tu as les joueurs à l'antenne qui te ressortent toujours les même phrases, sans la moindre petite étincelle d'esprit...Tu te sens Einsten dans ce monde là, sérieux ? Nous ça déjà, les déclarations des joueurs hyper banals, «on prend les matchs les uns après les autres», on les tourne régulièrement en dérision. Et malgré tout, à l'intérieur de ce monde là, tu as quelques mecs qui sont vifs d'esprit et intéressants. De là à que ce ne soit pas la référence culturelle, okay, mais il faut voir ça différemment. Si tu envisages ce monde là comme le reflet de la société d'aujourd'hui, si tu arrives à analyser l'évolution d'un joueur, qu'il soit adulé ou détesté, cette vision ringarde du foot devient tout de suite passionnante. Qui, dans le monde d'aujourd'hui, qui va te donner autant d'indices sur l'évolution d'une société ? C'est un monde hyper parlant. On est d'accord, ça peut être désespérant et te filer une opinion cynique et pessimiste de la société. Mais c'est un environnement qui ne ment pas. Tout de même, quand tu entends des joueurs de basket, de tennis voir de rugby. C'est autre chose quand même. Ah non, c'est une fausse idée. Vu le chemin qu'a fait le rugby dans le professionnalisme entre 1995 et aujourd'hui, t'inquiètes pas quand dans cinq ans, ce seront les mêmes. Après que tu me dises que dans le tennis, le mec va mieux s'exprimer, oui je suis d'accord. Mais pourquoi ? Parce qu'il vient d'un milieu généralement aisé et non de la zone. Je me méfie de cette attribution d'«intelligence» à la va-vite. Si tu pars de ce principe là, va plus loin. Tu te dis que les mecs qui font du foot viennent de milieux défavorisés, et que tous ces gens là sont des cons. Maintenant, à toi de disserter là dessus. Pas à moi. C'est un parallèle bien rapide je trouve, et une généralité réductrice. En gros, le foot est un monde de ratés intellectuels, si je te suis. Bah écoute, le nombre de joueurs issus de milieux favorisés est de 5 %, tout au plus. Donc si je veux être footballeur professionnel c'est raté quoi. J'aurai du avoir une enfance difficile et vivre en banlieue. Merde. Je ne dis pas ça. C'est un simple constat...(malaise certain). Ce sont des mecs qui n'ont pas eu une bonne éducation, ils allaient très peu à l'école et pour ceux qui ont rapidement signés un contrat pro, ils se retrouvent avec des sommes colossales d'argent sur le dos. Et je ne pense pas que cela te pousse à être intelligent. Ce qui m'inquiète, c'est que cet état d'esprit chez les joueurs, on le retrouve au niveau des entraineurs français - avec ce système incestueux de chaises musicales - comme au niveau des instances dirigeantes de la FFF. Partout. Tout à fait. C'est comme une énorme boutique. Les entraineurs peuvent passer de club à club. Ils ratent, ils recommencent juste après. Et si jamais ils ne trouvent pas de poste, ils deviennent consultants à Canal Plus. La grosse boutique c'est bien Canal qui la tient. Canal remplit la fiche de paye de plus de 50% du monde du football français. C'est un sport qui n'évolue pas. Des dirigeants qui s'enferment dans des principes qui ont 20 ans... C'est le principe des fédérations, tout est cloisonné. Mais je ne sais pas moi, est-ce que le monde politique est différent ? Le monde du cinéma ? Canal Plus n'a-t-elle pas crée une grande famille du cinéma français, à un moment donné? Avec des mecs sans talents qui sont devenus des vedettes et qui n'arrêtent pas de tourner.... Avec des animateurs qui deviennent acteurs (cf Louise Bourgoin)... Je le répète encore une fois, la grande boutique c'est Canal. Ils ont insufflé un mode de parler dans le foot complètement aseptisé, «mon produit est beau, parfait et on le vend». C'est un peu logique non ? Vu l'investissement colossal qu'il mette (2)? Et bien moi je pense qu'au contraire, ça devrait leur donner une liberté supplémentaire. Quand TPS a fusionné avec Canal Plus, on m'a proposé un contrat de journaliste sportif. Au même moment, j'étais en train d'écrire le livre avec Luis Fernandez. Et on me dit clairement, "soit tu arrêtes tout de suite, soit tu prends un pseudo". La direction de Canal avait peur que Luis parle des années PSG et leur chie sur la gueule. Eh bien... je ne suis pas venu. Après, il y a eu un nouveau ton dans le football, grâce à RMC Info. Mon émission L'after foot a débuté et après, tout le monde l'a pompé: Europe 1, RTL, Canal avec Dugary qui a clairement carte blanche. D'ailleurs, ça a été la grande découverte de ces derniers mois, on s'est rendu compte que les gens n'avaient plus envie d'être pris pour des cons. Pour aller dans ce sens. RMC info est partenaire de la Coupe de la ligue. Tu connais combien de médias qui mettraient un jingle qui ridiculise la compétition et des journalistes de l'antenne qui n'arrêtent pas de la traiter de compétition en bois ? Non, je crois que Canal Plus devrait s'offrir bien plus de libertés. Pour en revenir aux instances françaises, tu leurs reproches quoi au juste? Un immobilisme total, mais que faire ? A la tête de la sélection nationale on a un incompétent au niveau du jeu, qui ne sait pas en parler, qui n'est pas proche des gens, qui n'a rien fait dans le passé. Il faut essayer de rassembler les gens, de les passionner. Et cet homme fait tout le contraire et les divise. On a un président qui a un costume bien trop grand pour lui, petit professeur d'anglais de province qui se retrouve propulsé là, complètement dépassé par les événements, harcelé par les lobby. C'est déplorable. Est ce que ça va changer ? Oui, Laurent Blanc deviendra peut être sélectionneur. Ca changera certainement. Rien qu'au niveau du jeu. Mais on retombera dans un principe équivalent. Il placera des amis et ce sera un autre cercle qui se mettra en place. Mais un cercle bien plus compétent que celui actuel, complètement sclérosé par Domenech. Le principe de l'After foot, c'est de donner la parole aux auditeurs. C'est pas saoulant de devoir écouter des gens inintéressants et de les couper au bout de 30 secondes en leurs faisant croire qu'ils sont à l'antenne ? Moi ce qui me plait dans cette radio, c'est la liberté. Point. Nous, on est toujours soutenus. Je vais te dire, Pesenti (ndr : patron des sports de RMC Info) n'arrêtent pas de recevoir des plaintes et des coups de fils. Et la plupart, à cause de moi. Je connais plus d'un boss qui m'aurait dit de me calmer. Lui, il se renseigne, vérifie que je ne suis pas tombé dans la diffamation, et me soutient. Pour revenir à cette histoire d'auditeurs, je crois que l'on est plutôt réglo au contraire. Si le mec vient me dire «le foot ça dure 90 minutes, on ne sait jamais comment ça va tourner», on lui conseille clairement de se barrer. Ce genre d'auditeurs, je les appelle les Footix, des mecs qui se sont mis au foot à partir de la coupe du monde 1998, sans culture du jeu, avec un avis sur tout et n'importe quoi. Et bien justement, quel est l'intérêt de le faire parler alors ? Non mais quand un Footix appelle, je lui dis tout de suite. Nous, on ne contrôle pas les auditeurs (Léger énervement), il y a un standard qui sélectionne la personne sur un sujet à aborder sans aller plus dans les détails. Il intervient. Parfois ça m'exaspère et on le coupe. On aime bien te coller cette image de polémiste, tu n'as pas peur qu'on te prenne pour le réac' de service, le Thierry Roland 2.0 ? Rires. Alors là, qu'on me prenne pour le nouveau Thierry Roland ça me ferait mal. Sérieusement, je ne sais pas pourquoi ça va toujours dans ce sens. Moi je pense qu'au total, entre le bien et le mal que je dis des gens, c'est parfaitement équilibré. A moins d'être un neuneu, ça me semble compliqué de tout aimer. On ne retient que les phrases chocs et négatives. Après oui, je suis sans doute un peu réac' mais je ne crois pas que ce soit une tare. En fait je suis pas très bobo contrairement à ce que tu penses.... Vraiment ? Tu traines au Baron, tu es fringué comme un dandy, «l'homme de culture dans un monde de brutes...» Au Baron ? J'y es mis les pieds deux fois dans ma vie. Ou alors, j'ai un sosie qui y traines... Merde, j'ai des mauvais informateurs...Non mais avoue tout de même que tu as un univers bien différent de tes collègues. Non mais attends... En gros, en tant que journaliste sportif, il faudrait forcément se trimballer en laine polaire? Ah c'est vrai que j'en ai connu des mecs comme ça, mais on n'est pas obligé d'être ridicule quand on parle foot, enfin j'espère. On est des gens comme les autres tu sais. Non et puis la laine polaire, je déteste ça. Il faut qu'elle soit belle et bien coupée. Et encore. (Rires) Tu dois recevoir un max d'insultes non ? Je trouve ça plutôt cool. Et bien tu vois, vachement moins maintenant. Au début, c'était dur...Pas mal d'histoires dans le monde du football entre Cissé, Ben Arfa, des coups de fils par ci par là. Abidal c'était terrible. L'équipe de France était à Lyon et j'avais dis à l'antenne que son absence en finale de La Ligue des champions n'était pas une grande perte pour Barcelone. Le soir même, il dinait au même endroit que moi. C'était chaud, il voulait venir me péter la gueule. Après dans le milieu, Ménès (3) me découpe un peu partout. Mais de toute manière, j'ai toujours pensé qu'il fallait limiter ses relations dans le milieu. Tu as quand même des potes dans la vie ? Ou ils se cassent dès que tu parles d'arbitrage video (4) ? Oui oui, ne t'inquiètes pas. Et pour la vidéo, ils sont obligés de penser comme moi. Mais le jour où l'arbitrage vidéo débarque, j'arrête le foot. Je changerai de sport, obligé. Moi je suis totalement pour. Mais passons, ça durerait des heures je suppose. Pour finir, tu es gonzo toi ? Quoi ? Ca a un rapport avec les films de cul ? Non rien à voir (quoi que). C'est un style journalistique qui prône l'ultra subjectivité à la première personne. Si tu me vois là dedans, oui pourquoi pas. La subjectivité bien sur, si elle est basée sur des éléments objectifs. Et cela donne une opinion qui devient subjective. Comme n'importe quel critique de cinéma ou de musique. Si le mec a vu trois films dans sa vie et me dit que le quatrième est un chef d'oeuvre, bah je ne peux pas l'écouter. Je ne considère pas que tous les avis soient équivalents. La liberté d'expression certes, mais elle mène à tous les extrémismes... De biens paroles qui viennent conclure un entretien sans retenu, parfois perdu dans une démagogie de quartier mais toujours ancré dans une véracité glaciale. La force d'un journaliste me rajoute-t-il avant de me quitter, c'est « d'avoir une culture générale béton dans tous les domaines». Je pensais, hélas à tort, que le journaliste sportif faisait exception. La vision caricaturale du vieux pecnot sans rhétoriques, enfermés dans sa piaule poussiéreuse où les bibelots, pin's et autre boules enneigées des 25 dernières Coupe du monde s'entassaient. Daniel Riolo, en plus de m'offrir une vision neuve du football moderne vient de me réconcilier avec le journaliste sportif et a fortiori de football. Mais putain c'est clair, pourquoi porteraient-ils tous une laine polaire ? ------ (1) Emission stoppée au bout de 3 mois par le CSA pour des causes obscures de non respect des cahiers des charges radiophoniques. (2)  Des droits TV adjugés à Canal Plus pour plus de 500 millions d'euros (3)  Pierre Ménès, journaliste sportif d'envergure (sic), bossant pour L'Equipe, Canal plus et RTL. A déclaré sur Daniel Riolo «si je le croise, je lui fais fermer sa grande gueule». (4) Daniel Riolo est connu comme un fervent anti-vidéo et n'hésite pas à le scander dans les médias
(suite...)
par Mr Ig
Article précédent / Accueil / Article suivant
5 MARS 2010
« Ecartant ses jambes, elle me montra sa fente, qui était aussi profonde et humide que tout Paris par une nuit pluvieuse. » Une fois n'est pas coutume, la France jouit en exclusivité mondiale de la sortie d'Etoile de Paris, dernier texte publié du grandissime écrivain américain William T. Vollmann. Entamé en 2004 à l'occasion de son passage parisien pour la promotion de La Famille Royale et terminé deux années plus tard sur un coin de table à San Francisco, Etoile de Paris projette le lecteur dans poème lubrique et suintant comme un con. Illustré par des photos et des dessins de Vollmann lui-même, inutile d'espérer en sortir sans avoir la tronche barbouillée de cyprine. C'est toujours avec un petit sentiment de recul qu'on se prépare à lire le récit d'un Américain qui prend la plume pour déclamer son amour de Paris. Romantisme exacerbé, terrasses de Saint-Germain agrémentés de branlette littéraire dans les jardins du Luxembourg, les rejetons de l'Oncle Sam ont souvent sombré dans la tentation de traiter Paris comme une petite pucelle vêtue d'un soutif en dentelles, de celles qu'on a peur de salir, peur de souiller, à qui l'on fait une cour pathétique avec l'envie d'y tremper mollement sa queue et l'espoir secret de rentrer au berrcail en murmurant "moi je l'ai fait", embellissant ensuite la réalité à qui voudra bien l'entendre. Ou la lire. Dieu merci, aucun risque de se noyer dans cette insipide mélasse chez Vollmann. « Je quittais B4 pour me réfugier en F19 » Paris est une femme qui en impose, une femme qui fait peur chez Vollmann. Complètement dématérialisée au profit de la froide exactitude des lettres et des chiffres, la ville n'est ramenée qu'à son état de figure quadrillée et géométrique. D'abord habité par la retenue de clamer son émerveillement pour la cité, tétanisé par la peur initiale de s'y avancer, le Vollmann fantasmé prend soudainement conscience qu'il est en vie et que toute cette ville n'est qu'envie. Paris se dévoile alors à lui jusqu'à devenir ce qu'elle est réellement « une trainée qui lui ouvre les jambes », une salope qui écarte ses cuisses tant qu'il lui reste, à lui l'écrivain, du « sperme à donner ». « Etoile de Paris, est-ce que tu me comprends dans ton con ou est-ce que tu me comprends seulement dans tes doigts? » Au delà du voyage physique en terre inconnue, Etoile de Paris, l'objet, raconte avant tout un mythe dualiste et interne entre l'Etoile de Paris, figure féminine qui lui échappe, et l'Amour Mort, seconde figure féminine centrale du poème, paradoxalement vivante mais qui ne l'aime plus. En se fiant aux obsessions littéraires récurrentes d'un Vollmann, la tentation de penser qu'Etoile de Paris n'est qu'une de ces putes, de celles qu'on retrouverait aisément dans les Tropiques d'un Miller, est grande. Etoile de Paris, est une nouvelle fois la matérialisation de la pute ultime chez Vollmann, celle qu'on retrouve déjà dans ses précédents romans comme Des putes pour Gloria, La famille Royale ou même Les nuits du Papillon. Encore et encore, Etoile de Paris n'est que l'incarnation de la pute qui refuse de l'aimer - alors que lui en crève d'envie - ne lui laissant d'autres choix que se rabattre sur la suivante. « Puis je revins à moi et, en proie au désir, retournai marcher dans Paris, dans l'espoir de me retrouver dans l'arrondissement que tu survolais. Et Paris m'accueillit, saupoudrée de sucre comme une tarte et recouverte de fruits et de baies. » Au delà de l'obsession pathologique pour la question féminine, Vollmann, du sang de ses intestins et de la sueur de ses doigts, trace au crayon une esquisse admirablement lyrique de Paris. Le métro prend vie, la ville devient un terrain sexualisé à l'extrême, Notre-Dame une chatte béante et précieuse. L'absence de temporalité fige l'œil du lecteur dans celui de l'écrivain. Pâtisseries, beurre, framboises et marronniers inondent le fond de l'air, le fond de son air. Vollmann - le poète - contemple « les couchers de soleil de la couleur d'une crème caramel sur le champs Elysées », là où le parisien insensible n'y verra jamais qu'un temple capitaliste, rêve fané de banlieusards désoeuvrés, émirs et autres touristes occidentaux. A l'heure de classer Etoile de Paris dans la monumentale et binaire œuvre de Vollmann - oscillant en permanence entre regard sur le monde et introspection obsessionnelle - ce poème trouvera assurément plus d'écho au sein de la frange de ses lecteurs amateurs de sa puissante capacité d'introspection. Encore une fois, les thèmes de l'amour, du rejet et de la tromperie sont omniprésents. Vollmann balaie les spectres qui hantent sa conscience d'homme, poursuit sa quête de la pute en chef, celle qui la laissera boire son sang menstruel, deviendra son Etoile de Paris. Et l'aimera. William T. Volmann // Etoile de Paris // Actes Sud
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
26 FéVR. 2010
Les deux X projetés sur un drap blanc mal tendu devant la scène de la Cigale replacent dans son contexte le show qui s'annonce. A force de les mépriser ou de les aduler, on oublie qu'avant de s'exposer en une de Télérama et de la page d'accueil iTunes, les XX sont trois étudiants en art adeptes du bricolage de chansons ultra minimalistes qui ne comprennent pas plus que nous l'excitation qu'ils génèrent. Pourtant dénué de single racoleur, leur album s'est imposé comme l'évènement incontournable de 2009, ce qui n'a pas manqué de soulever incompréhension, mépris ou pour ma part, une certaine satisfaction. Sans jamais revendiquer de concept miteux ni prendre la pose, ils ont popularisé leur dépouillement instrumental et un chant entre feu et glace, digne des Young Marble Giants. S'il fallait vraiment un groupe pour incarner le bon goût en 2009, alors réjouissons nous qu'il ait évité l'écueil des concepts arty souvent chers à une vague de groupe Londoniens désireux d'être invités à toutes les fashion weeks. These New Puritans, qui assurent à Paris leur première partie n'ont pas eu la même lucidité. Ces guignols ont enterré Elvis et Chamber, titres de leurs débuts pourtant diablement bien habités, au profit d'incantations inaudibles. Les TNPS se veulent percutants et multiplient donc les rythmes tribaux. Le public les regarde avec une petite moue désespérée. A force de fricoter avec les grands manitous de la mode, ils ont oublié que la musique se destine aux oreilles avant d'atteindre les yeux. Quand les XX commencent leur set en revanche, il n'y a rien à voir. Le puissant titre Intro est joué toujours derrière ce drap bancal. Et je n'aurais pas été surprise qu'ils livrent ainsi leur petit répertoire, préservés du regard gourmand du public. Quand cet été, lors de l'interview accordée à Gonzai, ils acceptaient sans broncher que notre photographe les fasse poser dans le local à poubelles, j'en déduisais que leur image n'était pas leur priorité. On finit par les découvrir en ombres chinoises quand les premières tonalités hypnotiques envahissent la salle. Le rideau s'ouvre, Crystalised, Shelter, VCR sont accueillis comme des hymnes. Le public réussit même l'exploit de s'y trémousser, ce qui demande une certaine dose d'imagination. Danser? A l'exception de Basic Space retravaillé avec des beats électroniques, le groupe n'a pas franchement cette vocation. Encore plus habité en live que sur les versions studios, l'album est rejoué avec application, leur concentration ne laisse pas la place à l'improvisation ou à la détente. Ils ne manquent pas de remercier mille fois le public parisien, comme des gamins qui ont reçu un cadeau qu'ils ne semblent pas mériter. A part le titre Fantasy tombé à plat, ils assureront pourtant le show. Reprise de la chanteuse r'n'b Kyla, basse implacable du très posé Oliver, synthés et boîtes à rythme d'un Jamie débordé... en fait il y a surtout Romy. Chaque fois que la chanteuse entrouvre les lèvres en réponse à son comparse, c'est une petite ovation du public qui vient la récompenser de son effort, alors qu'elle chante contre nature entre soul et cold wave. Et sa fragilité palpable ne l'empêche pas d'être la plus imposante ce soir. Au moment de conclure, c'est le moment de prendre ma voix la plus dramatique pour rappeler que le lendemain de ce live à la Cigale, on apprendrait le décès du père de Romy et l'annulation des futures dates. Ciao la Route du Rock, ciao l'Europe, la prochaine fois ce sera sans doute l'Olympia, le 14 juin. Une occasion de plus, pour danser stoïque avec un groupe qui ne laisse pourtant pas de marbre. www.myspace.com/thexx Crédits photos: Kmeron
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
22 FéVR. 2010
« Dessinons l'Amérique vu de dessous, de derrière, du bureau ovale. Racontons les putes, les PD, l'héroïne, les Parrains, Howard Huges, ceux qui tirent les ficelles, Sonny Liston bavant de trop d'héroïne, des couteaux enfoncés dans des orbites, des assassins dézingués au lance-flammes, des micros partout, des flics se faisant sucer backstage, des rouges couchant avec des fascistes, Hoover, Nixon, Rock Hudson ». Polar... Ellroy... Plus suffisant comme format. American Tabloïd. American Death Trip. Underworld USA. Une trilogie donc. Trois fois 800 pages de saloperies made in America. Une mythologie. Moche, loin du sacré et camée jusqu'aux yeux : voilà qui change de celle des Comics, ces dieux à bannière étoilée en collants censer supplanter les Indiens massacrés. Il y a bien eu Watchmen pour aller voir le maquillage couler derrière les masques. Mais c'était Alan Moore qui racontait ça. Un anglais. Ca comptait à moitié. Car le peuple américain a besoin de parpaings dans les joues pour réagir. Et puis aussi, que ça vienne du pays. Un costume sur mesure pour James Ellroy. Depuis ses débuts dans le polar, les fissures d'un pays gangrené par le MAL suintaient aux détours de chapitres racontant les cas de conscience de flics machos, violents et (souvent) brillants au taf. En trois tomes, il a inversé les rôles : le principal est joué par la nation aux 51 états. Et ça ne fait plus rêver. Mais ça sonne terriblement vrai. Manipulation, j'écris ton nom Ici, qu'on soit du FBI, de la Mafia, du LAPD, du Ku Klux Klan, dealer ou simple maquereau,  on se came (quaalude, héroïne, herbe, coke, alcool, amphétamines), on se connaît, on travaille ensemble, on baise ensemble. Et le bon vieux gimmick "Chercher à qui profite le crime" y nage comme un poisson dans l'eau. Le sport national de tout ce petit monde ? L'espionnage. Mais pas façon 007. Plutôt façon brasse coulée dans une mer de glauque : filatures spéciale voyeur, micros dans les chambres d'hôtel, fabrication de coupables (Lee Harvey Oswald, ça vous dit quelque chose ? Et James Earl Ray ?), violations de la vie privée à tour de bras... L'Amérique qui win ? Des tricheurs sous amphé et des assassins réfléchissant en dollars. JFK, RFK, MLK : les idéaux, c'est mauvais pour la santé Avec Underworld USA, Ellroy clôt donc sa trilogie Américaine. Entre temps, des brother Kennedy à Martin Luther King, en passant par tous ceux qu'il aura fallu dézinguer, manipuler, endoctriner, plus personne pour venir contester cette loi du plus fort drivant à 200 miles à l'heure un pays vertueux côté pile et dévoré de mauvaise conscience côté face. Sur la tranche, restent quelques essorés qui trouveront, en guise de rédemption, une machette, une rafale, un couteau (dans l'œil), un lance-flamme. Vie violente, fin violente, nous ne mourrons pas dans notre lit. Seule éclaircie, Ellroy se la jouant Aragon à sa façon : ici, la femme peut être l'avenir de l'homme, même posthume. Face au désastre in progress, elles apportent un peu de douceur dans un monde où les marionnettistes d'un jour sont les pantins de demain. Hormis Nixon, les Parrains, Hoover, Howard Huges, ça va de soi. Show must go on. Et vous n'aviez pas vraiment envie de savoir comment, ni à quel prix. Ellroy vous en met 2400 pages ras la gueule. Plus moyen de regarder ailleurs. Pire, on tourne les pages rapidamente pour ne pas en perdre une miette, on se nourrit de cette violence, on devient voyeur à son tour, on trouve la laideur belle à regarder, grand frisson à peu de frais, peep-show politico-polar où se dessinent en creux les racines du mal. Pas de leçon à donner, mais quand même : quant au détour d'un chapitre on croise un Ronald Reagan pas encore président, on se rappelle que cet ancien acteur de western deviendra bientôt maître du monde ; un cowboy avec la bombe H dans son ceinturon. La pire des fictions n'avait pas scénarisé un truc pareil, bigger than life et que le show must go on, more than ever. Le rêve Américain selon Ellroy ? Un cauchemar à la clim' cassée, carburant aux amphétamines pour sucer toujours plus de sang la nuit venue. Ellroy met des noms sur ces petits soldats qui, croyant faire l'Histoire, crashent la leur, limant leurs dents trop longues et leurs monocles à petite portée. Dixit l'épisode en République Dominicaine, bastion résistant à tout, même aux Parrains : Les Zombies vaudou plus forts que les Yankees vampires. Barack Obama l'a prouvé, les esclaves noirs ont fini par avoir la peau (claire) de leurs maîtres. Jusqu'au prochain Dallas ? James Ellroy // Underworld USA // Rivages Illustration: http://www.roseandisabel.com/2006_08_01_archive.html
(suite...)
par Vernon
Article précédent / Accueil / Article suivant
21 FéVR. 2010
Comment marier les aspérités d'action physique  avec le progrès machiniste toujours plus serviable, toujours plus stérile? Pour faire revivre la musique électronique sur le déclin, une bande de geeks se perd dans la quête d'un accident musical heureux qui ferait muter la machine vers des aspérités plus anarchiques, plus incongrus : le circuit bending. Pendant que la révolution électrique se complait dans les post-genres, l'électronique moribonde cherche ses nouveaux Kraft-AphexTwin. La solution : délaisser les instruments usinés, se faufiler dans les interstices d'une technologie dominatrice. Inspiré par Reed Ghazala, inventeur du circuit bending depuis le summer of love de 67, des milliers d'enfants de l'horrible village global rachètent des synthés Bontempi, des guitares en plastique, pour les opérer à circuit ouvert. Une fois la plastique ouverte, ils lui greffent de nouvelles prothèses (interrupteurs, potentiomètres, photo-résistances) qui dérèglent les paramètres initiaux pour un résultat bordélique et aléatoire. "Waouh, hier j'ai désossé et customisé la batterie numérique que mon grand frère avait laissé dans le garage, ça sonne comme une danse de Saint Guy". En faisant un tour sur le net, on tombe sur de gros gugus aux t-shirts Space invaders et des travellers fans de D.I.Y en mode recyclage sonore qui s'extasient devant leur bonne vieille Dictée magique qui a chopé la Parkinson: 8 Bit, Chiptunes, Micro music et IDM-Breakcore... Casquettes et lunettes fluos à gerber, la grande majorité de ces "game boys" restent souvent ancrés dans la nostalgie régressive. Pas de quoi nous faire monter au rideau de la déviance sonore. De l'autre coté du blip blip, Arius Blaze et Ben Houston, fondateurs de Folktek, habitent Portland et montrent la voie royale vers l'artisanat pure et dure. A la frontière entre l'électronique et l'électroacoustique, ces circuits benders sont les disciples lointains de Schaeffer, Bob Moog et surtout du futuriste Luigi Russolo et de son manifeste l'Art des bruits écrit en 1913. Cent ans plus tard, Blaze et Houston voient plus loin que la déviance techno. Des heures à construire leurs propres circuits, à donner vie à des instruments expérimentaux dignes des machines électroacoustiques fabriquées par des savants en blouse blanche dans les années 50. Parce qu'au fond, faire de la bonne musique électronique c'est avant tout traquer la belle imperfection, les sons cradingues rétro-futuristes tout droit sortis de la tête d'un schizophrène fan de SF. Ne cherchez pas plus loin, l'île du Docteur Moreau pour les robots, c'est bien ici, à Portland. Ou Poetland, comme les adeptes de Folktek l'ont depuis rebaptisé. Pour ne rien gâcher, Blaze et Houston décident d'enfermer leur circuits artisanaux dans des carlingue en bois noble, comme un cercueil pour le supplément d'âme musical. Mais pas de méprise, chez Folktek on assure aussi sur le côté sauvage du rendu : pas de boum boum, pas de eightiseries simplistes, juste des vibrations crus et quasi incontrôlables, tels ces  larsens qui sortent du computer pour donner vie au blues high tech.  A vous de dompter la bête et d'en sortir quelque chose de potable, pendant que le mojo hurle à la mort, tapi dans sa cage métallique. Un synthé de chez Folktek, c'est la beauté d'une belle gratte vintage et le design d'une œuvre d'art qui produirait des déflagrations soniques. On a soudain l'envie d'y mettre les doigts pour s'électrocuter. Chez Folktek, pas de claviers pour les Jean Mimi Jarre et les Ricounet Wright du dimanche. Ici tout s'opère en triturant des boutons, en se servant de ses mains sur des plaques ultra sensibles aux effluves de recherches acoustiques terroristes. L'avenir de cette musique est peut être là, sur un établi jonché de câbles et de pièces de bois. Lachez vos laptops et ressortez les fers à souder; le Born Again, c'est aussi possible pour les machines. http://folktek.blogspot.com/
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
     3
CLARO
7 FéVR. 2010
Quel rapport entre l'auteur hémophile verbal Thomas Pynchon, le styliste typographe halluciné Mark Z.Danielewski et le poète aux dix mille alexandrins Vikram Seth ? Réponse, Claro. Traducteur infatigable, directeur d'édition et bloggeur à ses heures perdues, Claro donne voix aux œuvres les plus complexes de la littérature américaine. Livres de la démesure, de l'expérimentation, qui poussent leurs lecteurs, et a fortiori leur traducteur, dans leurs ultimes retranchements, les « Monstres Littéraires » ne servent pas qu'à caler les armoires. Tu as commencé comme correcteur dans une maison d'édition, puis auteur (Ezzelina et Insula Batavorum aux éditions Arléa). Comment es-tu devenu traducteur? Denis Roche, qui dirigeait alors la collection Fiction & Cie aux éditions du Seuil, me connaissait par mon premier livre et savait mon intérêt pour Pynchon, puisque j'étais intervenu sur la traduction de L'arc en ciel de la gravité. Il m'a donné un livre en lecture (Kilomètre Zéro de Thomas Sanchez), et j'ai réalisé un essai de traduction dans le cadre de la fiche de lecture. Denis m'a alors proposé de le traduire en entier, et j'ai accepté. Tu dis qu'il « faut être écrivain pour traduire puisque l'activité de traduction représente 50%de destruction et donc de recréation ». Comment appréhendes-tu ce travail de gros œuvre? On pourrait considérer le travail de traduction comme un laboratoire, où l'on écrit sous une dictée, ce qui oblige à de la souplesse, de la rigueur, de l'inventivité. C'est donc un exercice d'écriture qui ne peut qu'enrichir le travail de l'écrivain. Paradoxalement, il faut se protéger des tentations mimétiques. La pression est donc double. Tu t'attaques souvent à des monstres de la littérature comme Salman Rushdie (Furie) ou Vikram Seth (Golden Gate). En 2001, tu as traduit Mason & Dixon (Seuil) de Thomas Pynchon en collaboration avec Brice Matthieussent (qui a traduit entre autres Charles Bukowski ou Bret Easton Ellis). Comment se déroule une traduction à quatre mains?Chacun faisait tel ou tel chapitre selon sa disponibilité, puis refilait le bébé à l'autre qui intervenait librement dessus, afin qu'on obtienne au final une homogénéité du texte. On se répartissait aussi les difficultés, Brice se coltinant les problèmes techniques ou scientifiques, tandis que je travaillais plus particulièrement l'aspect dix-huitième siècle du style. Le fait que le roman mette en scène deux personnages nous a également aidés à structurer notre appréhension de ce travail à deux mains.As-tu des méthodes personnelles de travail en tant que traducteur? Bien connaître l'œuvre de l'auteur est indispensable, afin de déterminer si tel ou tel choix stylistique est chez lui une habitude, une audace, un risque. Il est important aussi de faire des lectures périphériques. Il faut voir des peintures, des photos, des documents, te créer un univers familier. Mais c'est surtout au texte traduit d'imposer sa méthode de traduction. Tu as traduit Pynchon, auteur culte américain dont les romans tortueux excèdent souvent les mille pages. Très long à lire donc. Je me demande quel temps cela peut-il prendre à traduire? Le temps que te donne ton éditeur. Pour Contre-jour (Seuil 2008) j'ai eu un an et demi. Il faut être sûr de pouvoir le faire dans le temps imparti. Traduire bien ne peut pas excéder vingt feuillets par jour (1500 signes par feuillet). Il faut trouver un rythme. Pour relire, j'attends toujours d'avoir tout fini. Le temps de la traduction n'est pas le temps de la lecture. C'est important de traduire vite. Dans un premier jet, tu gardes la vitesse d'écriture, alors que plus tu t'appesantis, plus tu perds le mouvement. Dans la traduction, il s'agit de recréer les conditions de production du texte. Donc, totale adéquation, ce qui exige dissolution de l'ego. C'est le texte qui détermine les formes et les limites de son interprétation.Tu fais souvent la distinction entre langue anglaise et américaine. De quel ordre sont les différences? C'est assez instinctif. Disons que l'américain est davantage du côté du flux, tandis que l'anglais reste proche de la notion de style à la française. Mon intérêt est pour la langue américaine mais je n'ai pas de passion pour l'espace ou la culture américaine. Quant aux Anglais, ils sont plus proches de nous dans le traitement, la psychologie. Pour Salman Rushdie, issu d'une formation universitaire britannique, quand il est arrivé à New-York, il s'est mis à écrire plus américain qu'un américain. C'est vraiment une autre langue. L'entertainisation de la littérature n'entraîne-t-elle pas une paupérisation de la traduction? Par exemple, le dernier Dan Brown a été traduit en cinq semaines. Qu'en penses-tu? Ce n'est pas tant le temps de traduction. Le niveau baisse parce que tout le monde s'improvise traducteur en anglais. En plus, le travail des éditeurs, des relecteurs diminue. Avant, on pouvait avoir des remarques pertinentes sur la traduction. Même si tu es un bon traducteur, ça arrive de se tromper. J'ai envie d'éditeurs qui font des remarques. Une traduction finie peut encore être améliorée de 15%. Il faut un troisième œil. De plus en plus de livres ont des sorties mondiales qui nécessitent des clauses de confidentialité. As-tu déjà traduit des œuvres « top secrètes »? Il y a un exemple mais il est épouvantable. Quand j'avais traduit les mémoires de Margaret Thatcher. Ils nous ont fait signer des papiers pour que rien ne soit divulgué. Quel serait ton fantasme de traduction? Don Quichotte, mais je ne parle pas espagnol, dommage. Parmi les dizaines de milliers de pages que tu as traduites, quel est l'ouvrage qui t'a donné le plus de fil à retordre? O Révolutions, de Mark Z. Danielewski (Denoël et D'ailleurs 2007). Il fallait tout refaire, j'avais l'impression de traduire en braille... Tu es aussi un écrivain traduit en anglais. Ton roman Chair électrique (Editions Verticales, 2003) a été traduit par Brian Evenson. Comment s'est fait le choix du traducteur? Il se trouve que je publie Brian Evenson dans ma collection Lot49. Je savais qu'il était traducteur, les choses se sont faites naturellement. C'était fascinant de le voir trouver des solutions, de comprendre aussi que je n'aurais pas pu faire le travail dans l'autre sens. Outre la casaque de traducteur et celle d'auteur, tu es aussi éditeur. Ta collection « Lot 49 » aux éditions du Cherche-Midi, est spécifiquement tournée vers la fiction américaine. Quelles sont pour toi les spécificités de cette littérature? La littérature américaine (une certaine littérature américaine, disons...) entretient un rapport beaucoup plus décontracté et naturel avec ce qu'ici on qualifierait d'expérimentation ; ce qu'on considère comme du travail de laboratoire est pour eux davantage une expérience de liberté textuelle. Pourquoi l'expérimentation reste-t-elle une forme littéraire sous-représentée, voire méprisée en France? On a en France un rapport au style, à la grammaire,... Il y a des choses qu'on ne se permet pas. Dans la structure, si tu proposes des choses folles, on te dit que c'est trop luxuriant (on n'est pas des latino-américains !). Qui fait autre chose que du roman bourgeois? Et pourtant, un livre est et doit être une expérience. C'est vivant. Il n'y a pas de notion de progrès en littérature. C'est juste une façon de se positionner face à la langue. Tu participes aussi à la revue Inculte, qui édite de la fiction, des essais, des ouvrages collectifs. Est-ce un laboratoire pour Lot 49 ou une toute autre activité? (Certains textes collectifs de « Inculte » paraissent au Cherche-Midi, NDR).Inculte est un laboratoire pour plein de choses, à commencer par l'amitié. C'est un lieu de croisement et d'échange, ce que Mathieu Larnaudie appelle une « communauté dérivante ». Chacun apporte sa petite musique et on essaie des instrumentations. C'est un petit lectorat. Deux mille personnes dans le meilleur des cas. Il ne faut pas l'identifier comme un mouvement ou une ligne. Quand on fait une rencontre, on veut la partager. Totalement boulimique d'écriture, tu tiens aussi un blog, Le Clavier Cannibale. Que tires-tu de cette expérience dématérialisée? Décliner une œuvre en cours, de façon plus libre, aller aussi plus directement vers une « audience », faire circuler des informations sur le travail des autres, pas que le mien. On ne sait pas encore vraiment les répercussions du travail de la blogosphère. Là aussi, donc, labo. Et puis c'est une nouvelle écriture. Une autre exigence. J'apprends des choses que je réutilise après. Et puis c'est un prétexte pour écrire tous les jours. Pour terminer, aurais-tu un coup de cœur littéraire à nous faire partager?L'ombre des montagnes de Marie Frering chez Quidam (sortie le 11 Février). Un roman en français. Une nana qui a passé quelque temps à Sarajevo. Plus rien n'est normal dans cette ville, du coup la langue elle-même se modifie, s'adapte. http://towardgrace.blogspot.com/
(suite...)
par Ursula
Article précédent / Accueil / Article suivant
6 FéVR. 2010
Après le passage en revue d'une carrière exemplaire, deuxième partie du portrait Taddeï consacré à l'analyse des médias, Internet, la violence et... Plus belle la vie. Chez le journaliste, chaque sujet prend désormais l'allure d'un manifeste. Si tenter de contourner la biographie agenouillée dessinait du portrait statique, la touche éclate sur les bilans 00's. On aura compris à quel point pour Fréderic Taddeï, la neutralité sur le plateau est un engagement journalistique. L'écoute n'est pas absence critique et quand il parle, ca fuse de théories. Sûr de lui, Taddeï s'exprime toujours aussi vite, reprend, corrige ou affine, déjoue les questions maladroites. Lui nous dit que chaque époque est passionnante. La nôtre pas moins, car chaque domaine y est secoué. Et la culture, laissée pour compte des 90's, à peine remuée par les effets spéciaux du grand écran ''Bien sûr, les années 2000 ont connu la révolution politique, économique, démographique, écologique bien sur, scientifique parfois, mais culturellement c'est un peu mort. Enfin en tout cas pas de bouleversements, pas de remise en cause, quelques grands artistes mais pas de mouvements, pas de contestation frontale''. La TV, Internet, .... Puis vient le moment de parler d'Internet et de ''la mort programmée'' des industries culturelles médias compris. ''Aujourd'hui vous n'avez pas encore un champ de ruines, loin de là, mais vous avez quand même une citadelle très fortement attaquée et contestée''. Pour l'instant pas de modèle, seulement des transpositions. L'impact du web est nouveau mais ne s'affranchit pas du papier ou de la TV.  ''Là où ca va se passer on le sait tous mais comment ca va se passer, je ne sais pas. Patrick Lelay a dit sur mon plateau - ca a fait beaucoup buzzé sur Internet - qu'une information n'avait d'importance aujourd'hui, même si elle était née sur le net, que  le jour où elle est reprise par la télévision ce qui est je crois, vrai. Mais je pourrais dire aussi à l'inverse que quelque chose qui se passe à la télévision n'a vraiment d'intérêt que quand il est repris sur le net. Et je vois bien dans mes émissions ce qui est repris, ce qui est amplifié, déformé parfois, commenté surtout, critiqué. C'est ca qui m'intéresse. Mais pour l'instant cet échange là ne donne pas un média à part entière. Ca m'intéresserait beaucoup de réfléchir à ce média. Il est à créer''. Pas de pitié pour le rebut de la presse qui se cacherait dans les arcanes de bande passante. Pas de pitié non plus pour les penseurs à la ligne qui voient des fossoyeurs dans la moindre évolution: ''Le cinéma n'a pas tué le théâtre comme on le disait, la télévision n'a pas tué le cinéma, la radio n'a pas tué la presse écrite. (...) C'est tellement con ! C'est tellement court comme pensée''. Les enterrements n'existent pas, il n'y a que des relégations derrière des possibilités nouvelles. A l'heure des conclusions, il s'agit de se méfier des lectures en interprétation des messages télévisuels. ''Le grand truc qu'on essaie de vous faire croire c'est que la télévision c'est le monde, c'est le monde en direct, on vient de vous montrer un extrait du monde. Non, on vous a montré un discours sur le monde''. La compétition du tous contre tous ... Trop vaste constat mais puisque il faut choisir, Taddei, près d'un demi-siècle à son actif, tire de son bouquet d'analyses un narcisse sur la fracture générationnelle: ''On voit bien que ca a commencé dans les années 80, ca s'est développé dans les années 90 mais ca s'est installé dans les années 2000 : c'est la compétition de tous contre tous. Ca a été intégré particulièrement dans votre génération. Vous êtes nés avec, donc vous l'avez compris plus vite que nous. Pour moi aussi c'était la compétition de tous contre tous mais on ne le savait pas, donc on le vivait différemment. Vous, vous en avez déjà tiré un certain nombre de conséquences. C'est la seule explication à mes yeux de votre exhibitionnisme permanent sur Facebook, avant sur Myspace, etc. Vous êtes conscient que vous êtes en compétition. Compétition sexuelle, compétition amicale, compétition professionnelle. Donc vous vous mettez en vitrine en disant achetez-moi. (...) La compétition du tous contre tous, qui touche absolument tous les milieux, tous les domaines, dans tous les sens du terme s'est véritablement installée. Ca a prospéré et ca a par capillarité irrigué tous les cerveaux, en tout cas dans le monde occidental (...) Mais ca a été aussi diffusé dans les esprits par l'intermédiaire de la téléréalité. C'est parce que les gens ont vu les uns et les autres se faire éliminer du loft quand ils avaient douze ans qu'ils ont mis leur tronche sur Facebook en disant 'J'ai beaucoup d'amis'. C'est évident que le lien est là''. L'état "providence" Encore, encore. Tape dans la pioche 00's, l'Etat est là. ''C'est très important pour un Etat de se donner à voir, en particulier à la télévision. Quand vous êtes au pouvoir, il faut que vous montriez que vous êtes le pouvoir. Comment montre-t-on que l'on est le pouvoir ? On ne peut pas faire baisser le chômage, on ne peut pas relever des industries qui vont mourir, etc. Donc il faut se donner à voir. Comment le fait-on ? Aujourd'hui on protège les gens contre eux-mêmes. En fait, ce n'est pas le mot. On les protège contre les périls. Voila : il y a des périls, nous allons vous protéger. Il y a le cancer, alors on vous protège. Il y a la grippe A, on vous protège. La crise économique, on vous protège. Il y a le terrorisme, on vous protège... Quand on vous interdit de fumer dans les lieux publics c'est une manière de dire ''on vous protège contre le péril''. Je n'y vois pas un souci d'hygiéniser la société. Finalement, nos hommes politiques n'ont pas spécialement l'obsession de nous faire arrêter de fumer. Ils n'en ont rien à foutre, ils veulent juste envoyer le signal qu'ils nous protègent. Alors si maintenant vous fumez, même à la limite si vous allez prendre de la cocaïne dans les chiottes de l'Elysée, personne ne vous en veut mortellement. Je ne l'ai pas fait donc je n'en sais rien mais je ne pense pas qu'on vous en voudrait mortellement d'atteindre à votre santé. On ne vous ferait pas des discours moraux. L'important c'est qu'on sache, qu'on vous envoie le signal qu'on vous protège. Mais qu'est-ce qu'il pourrait faire d'autre que vous protéger ?''. Le journaliste est plus que lancé mais attention à ce que je demande. Worst 2000's ? ''Le worst? Il n'y a rien de worst. Pour moi c'est débile. Vous tombez dans les mauvais pièges de la presse morte. Ne vous attardez pas là-dessus. N'imitez pas les mauvais. Ca a toujours été con, ca l'est encore aujourd'hui. Ce qui était le worst des années 80 est peut-être le meilleur des années 80, ce qu'il y avait de plus intéressant. Peut-être que le worst des années 2000 sera ce qu'il y avait de plus intéressant dans les années 2000. On peut dire que la téléréalité est peut-être ce qu'il y a eu de pire dans les années 2000, à courte vue. Mais c'est complètement idiot. D'abord Paris-Dernière était de la téléréalité avant la téléréalité. Strip-tease aussi. Et je ne pense pas que c'est ce qu'il y avait de pire dans cette décennie. La téléréalité comme le reste produit le meilleur et le pire, l'important c'est de voir qu'elle a émergé à ce moment là et ce que ca a provoqué... Ce qui est peut-être ce qu'il y a de plus intéressant. "Plus Belle la Vie", toutes ces séries effroyablement médiocres sur le plan artistique, disent pour moi quelque chose de fondamental sur le genre humain: ca produit du commérage. Autrefois on vivait dans des villages et on faisait du commérage sur les gens qui y habitaient. ''T'as vu il a quitté sa femme, il couche avec machine, il bat son fils''... A partir du moment où on ne vit plus dans un village et qu'on a toujours ce besoin de commérage, qui est très important parce que c'est une manière de fabriquer de la morale chez des gens qui ne lisent pas, qui ont besoin de s'entendre sur un certain nombre de valeurs morales... Donc à partir du moment où on ne vit plus dans un village, on a besoin de continuer à fabriquer du commérage avec des gens qui parfois n'habitent plus la même ville que vous. Votre fils, votre fille, vos amis... On a besoin de le faire sur des gens que l'on connait tous. Ca ne peut pas être le voisin, ca ne peut plus être le villageois, alors c'est les gens connus. C'est pour ca qu'on lit Voici, Paris Match... Tous les soaps. Alors on pourrait dire 'c'est de la morale à quat' sous'. Mais je m'en fous, tout le monde ne lit pas Nietzsche". "Deuxièmement, je pense que tout cela parle d'un tabou fondamental de la société, c'est que la violence vient toujours des gens qu'on connait et en particulier dans notre famille, ce que tous les policiers savent. Ce que les gens veulent absolument ignorer. C'est-à-dire que le gros risque que vous prenez ce n'est pas en vous baladant dans un bois ou dans le métro à deux heures du matin, c'est en rentrant chez vous. Parce que c'est chez vous qu'il y a les gens qui vous en veulent vraiment. Si un jour vous mourrez assassinés, il y a beaucoup plus de chances que ce soit par un de vos proches, que par un loubard dans le métro. Ce tabou là est absolument absent de toutes les réflexions sur la violence, puisque tout le discours sur l'insécurité consiste à vous dire qu'en gros c'est l'étranger qui crée de l'insécurité. Ils vous volent votre portable, ce que ne fera pas votre petite amie. En revanche, dès l'instant où on parle d'assassinat c'est plutôt votre petite-amie qu'on va soupçonner et jamais le mec qui vous a volé votre portable. Donc ce tabou énorme sur la violence à l'intérieur du cercle familial, sur la violence des proches, est fantastiquement bien raconté par ces séries à la con. Ces deux trucs là font que ce qui est le worst de l'année parle de deux choses fondamentales dans la compréhension du genre humain. C'est pourquoi vous dire c'est bien/c'est pas bien n'a aucun intérêt. Il faut toujours se méfier de ces gens qui n'ont à priori aucun talent. Ils touchent parfois à des trucs absolument... C'est des perles. Méfiez vous de tout ce qui est comme ca, comme si les choses n'avaient d'intérêt que de manière à ce qu'on puisse les évaluer, les compter. Qualité. Branchitude... C'est tellement con. Les choses peuvent avoir tellement de poids d'une autre manière''. On ne coupe plus. ''Non mais je pourrais vous en dire plein d'autres''... Et nous pourrions encore poser cent questions de plus. Dans ses paroles, il y a la curiosité vive mais prudente des pensées trop hâtives. Hagiographie. Gonzo. Déontologie. Objectivité. Ca s'efface lorsque Fréderic Taddeï définit le journalisme comme adaptation constante à l'époque, à ce cadre de pouvoir et de violence qu'est la relation médiatique. ''J'étais conscient qu'il était Jean-François Bizot et que je n'étais pas encore Frédéric Taddeï''. Pour demain, celui qui déteste signer des contrats ne saurait anticiper son avenir. Pas la moindre idée, pas l'ombre de la question. Pas vraiment d'inquiétudes car jusqu'ici tout va bien. Ma mère et celle du valet de Pierre Cardin peuvent dormir tranquilles.
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
1 FéVR. 2010
Quand le Nerd s'éveillera, le monde tremblera. La maison d'édition Au Diable Vauvert sort ces jours-ci la traduction française de jPod, douzième roman de Douglas Coupland, initialement paru en 2006 dans la sphère littéraire anglo-saxonne. Toujours prompts à faire l'éloge de ce rejeton de la littérature canadienne, ses plus fervents défenseurs locaux jubilent ostentatoirement et se félicitent de cette parution tardive en France. Coupland - précisément adoré pour les raisons qui nourrissent la prose de ses haters - truste même les couvertures de la presse culturelle française. jPod ou le triomphe du Nerd?Avant d'incarner ce qui pourrait être perçu comme un énième manifeste d'un pan culturel contemporain, le dernier roman de Douglas Coupland se concentre avant tout sur une tranche de vie d'un dénommé Ethan Jarlewski. Personnage principal et narrateur, Ethan est programmeur au sein de jPod, une unité de production de jeux vidéo de la banlieue de Vancouver, à la croisée entre vulgaire open-space productiviste et repère dégénérescent de geeks salement névrosés mais loin d'être cons. Rémunérés pour concevoir des jeux vidéos - en l'occurrence BoardX, un obscur jeu de skate saboté à répétition par les blaireaux du département marketing - les employés de jPod s'évertuent surtout au quotidien à appliquer cette règle tacite consistant à sodomiser la productivité à tout prix, basiquement à coups de discussions absurdement érudites et de concours génialement inutiles. Ecrire la meilleure lettre pour convaincre Ronald McDonald de baiser ou vendre sa personne sous forme d'annonce eBay apparait foncièrement comme un alternative crédible au fait de stalker ses ex sur Facebook pendant les heures de bureau. Or, c'est justement dans le recours à l'expérimentation de procédés littéraires marqueurs d'une époque - lettre lascive au clown de la malbouffe et rédaction d'annonce eBay fictive donc, scam nigérian ou encore pathétique traité marketo-commercial - que jPod puise une partie de sa force. Malgré une lecture facile, la multiplication d'artifices littéraires couplée aux changements ponctuels de narrateur insuffle d'occasionnelles brises de fraicheur dans l'esprit du lecteur. Si certaines tentatives paraissent parfois tirées par les cheveux, voire même inutiles - en témoignent la vingtaine de pages noircies des 100 000 première décimales du chiffre Pi - cet emploi d'un récit conducteur entrecoupé de formes textuelles variées possède le mérite de bien restituer les frénétiques habitudes de consommation d'informations devenues propres aux drogués numériques que nous sommes. Au delà de l'aspect purement formel, Coupland peut également se targuer d'un maniement de l'humour froid et absurde intrinsèques aux nerds qui ne laisse pas de doute quant à son appartenance à la caste. Les rares situations un peu intenses sont en permanence dégonflées par des remarques insensées mais drôles du narrateur. Reprenant une recette qu'il n'a plus lâchée depuis la publication de son roman Girlfriend dans le Coma en 1998, situations et personnages improbables rythment un livre au sein duquel Ethan Jarlewski doit composer avec une mère qui vend de la weed, un père fan de danse et wannabe acteur ou encore un frère agent immobilier peu scrupuleux commerçant avec des mafieux hongkongais. Et puis il y a Coupland, lui-même, omniprésent dans son propre roman. De l'auto-dérision un peu potache dès les premières pages: - " Oh mon Dieu, j'ai l'impression d'être un réfugié d'un roman de Douglas Coupland ". - " Ce trou du cul? " Sa présence se convertit progressivement en mise en abyme, à l'image de ce passage où les jPoders divaguent à propos des personnages de Melrose Place, évoluant à leurs yeux, au fil des saisons, du rang de branleurs vivant autour d'une piscine à celui de psychopathes: - " Exactement comme dans le roman de Douglas Coupland en 1991 Generation X. " - " Donc ils ont tout piqué à Coupland? "-  " C'est sévère mais c'est recevable. "- " Si j'étais Douglas Coupland, j'aurais trainé Aaron Spelling en justice jusqu'à le plumer. " En avançant dans la lecture, les allusions à Douglas Coupland prennent une place croissante jusqu'à le matérialiser en un personnage secondaire bien réel, devenant finalement incontournable au sein de son propre bouquin. Si la démarche est intéressante, elle constitue aussi l'aveu d'un narcissisme profond - mais peut-il en être autrement quand on est écrivain? - qui lui avait été largement reproché lors de sa sortie outre-Atlantique par les critiques. Nombre d'entre eux s'étaient ainsi engouffrés dans cette brèche pour déplorer une pirouette qui lui aurait permis d'expédier la fin de son roman. Bien que l'attaque sur l'introduction du personnage Douglas Coupland ressemble surtout à un baroud de journaliste puritain et mal baisé, il est indéniable que la fin n'est pas à la hauteur de certains passages brillants de l'ouvrage. Avec jPod, Douglas Coupland ressasse en fait les ingrédients qui ont fait le succès de Generation X au début des 90's, dépeignant cette fois l'univers d'une jeunesse nerdy baignée entre culture populaire américaine et références universelles à caractère hautement numérique. Coupland fait parfois le grand écart entre les modèles, rendant un hommage implicite à Thomas Pynchon et son lot 49 à une page puis démontrant toute sa connaissance de l'univers digital inhérent à la génération Youtube. jPod constitue de facto un roman résolument moderne qu'on pourrait aisément classer dans cette catégorie fourre-tout du « roman d'anticipation sociale » - courant littéraire qui soit dit en passant n'existe pas théoriquement aux Etats-Unis - dont on aime se féliciter en France en raison de représentants nationaux de bonne facture comme Dantec ou Houellebecq. Coupland ne le dit pas, mais il apparaît évident que le nerd est en passe de conquérir tous les domaines de la société. Il est aujourd'hui devenu suffisamment glamour et drôle pour incarner le héros d'un roman - et plus seulement le loser gracieux - notamment en raison de son indéniable culture. Son essence qui était considérée, hier encore, comme un autisme relatif est désormais une marque d'érudition, phénomène d'autant plus rare dans une société où l'enrichissement monétaire a depuis bien longtemps pris l'ascendant sur le développement culturel. Coupland ou pas, grand bien en fasse à tout le pan sociétal d'incultes primairement capitalistes, le XXIe siècle pourrait bien rester comme celui de l'hégémonie du nerd. Douglas Coupland // jPod // Au Diable Vauvert
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
30 JANV. 2010
De la dune médiatique, on nous dit que la marée web monte. Pendant que la machine met son grain de sable, ca grille sous des ultraviolets téléréels qui laissent à peine de quoi lire la presse people. Dans une glissade que peu d'herbes folles retiennent, on trouve encore au milieu des mélanomes, des tubes (cathodiques) d'écran waterproof. Passe-moi la télécommande, que je remette un peu de Fréderic Taddeï. Je n'aurais jamais crû qu'en passant une heure avec le présentateur de Ce soir ou jamais à la terrasse d'un café, j'allais aussi croiser le valet de Pierre Cardin, extatique dans la perspective de raconter à sa mère sa rencontre fortuite avec le journaliste. Vous pouvez demander à la mienne : la première fois que j'ai vu Frédéric Taddeï, je l'ai détesté. Haine immédiate pour un représentant en consensuel de plus. Mais comme ma mère l'aimait bien on a continué à regarder l'émission sur France 3. J'ai pu y aperçevoir des virulents comme Marc-Edouard Nabe, jamais vu ailleurs, à qui il posait des questions que je n'entendais pas autre part. Des heures à chercher les vidéos, les données biographiques. Intrigue de parcours.

 Ca oscille avant de partir à bascule dans les médias: ''A 29 ans, je me dis que je ne peux pas encore à 30 ans n'avoir rien fait. A ce moment là je ne sais qu'une chose, c'est que je ne suis pas un grand écrivain mais que je ne suis pas mauvais sur le court, donc la presse écrite me parait le bon refuge''. Tic-Tac. Mais sans les contacts ni l'envie de passer par le standard bonne tête/coup de chance/pige, l'issue est simple au fond. Les meilleurs à ses yeux écrivent dans l'Idiot International ? Il envoie des articles au journal de Jean-Edern Hallier qui le prend immédiatement... et sombre trois articles plus tard, sans qu'il n'ait pu ''rencontrer ni Nabe, ni Besson, ni aucun autre d'ailleurs''. Evitant à nouveau ces petits tracas, il crée un magazine en bélier de combat qui l'introduira dans les rédactions qui l'intéressent. En 1990 plutôt que jamais, c'est Maintenant, trimestriel grand format thématique dont il écrit presque la moitié des articles. ''Si vous arrivez en tant que rédacteur en chef d'un magazine, évidemment on a de plus grands égards. Donc j'ai crée un magazine, que j'ai bien distribué dans toutes les rédactions et qui m'a valu beaucoup d'égards''. Parmi les sonneries qui commencent à secouer son téléphone, il y a Jean-François Bizot qui lui demande de participer à la nouvelle mouture d'Actuel. De la vocation écrite première, l'ouverture du portail lui permet ses débuts en radio : ''Je suis à Actuel et deux étages en dessous il y a Nova. Ce qui me parait une évidence à ce moment là, c'est qu'il faut y descendre. J'avais envie de faire de la radio et de me servir de cet instrument qui était formidable''. Pour y être le plus souvent possible, il tire la carte chronique quotidienne : Aujourd'hui j'ai lu pour vous. On vous a dit non, pas de petites complications. Il faudrait que je trace la trajectoire en évitant l'hagiographie. Pourtant dans ce départ en flèche, il y a des noms béatifiés de nostalgie libertaire. Il est très proche de Bizot : ''Quelqu'un que j'ai beaucoup aimé, qui m'a appris beaucoup de choses, en tant qu'homme. Professionnellement, quelques trucs aussi. Mais plus en tant qu'homme qu'en tant que professionnel. C'est quelqu'un qui me manque beaucoup''. Ca fantasme le flambeau initiatique mais on ne lui fera pas le coup du mentor. Ardisson (''qui a compté énormément pour moi''), Bizot, Hallier... Ses ainés n'auront qu'une influence limitée.  ''En travaillant si tard, je suis arrivé avec une personnalité construite. Je n'étais pas malléable. Je suis arrivé en étant moi et sans vouloir tellement transiger avec moi-même. Donc ca veut dire que vous prenez aux autres ce qui vous intéresse mais ils ne vous changent pas. Aucun ne m'a changé. Et en fait ces gens là ont de l'importance parce que je les ai choisis. C'était donc plus une sorte de fraternité sidérale''.

 Avec Maintenant, il n'a pas frappé aux portes. L'intimité avec Bizot ou Ardisson en est plus égalitaire et il retient les leçons qu'il veut. La distance d'un Yves Mourousi par exemple, qui ne lui apprit rien de vive voix. ''Je regardais Yves Mourousi à la télévision quand j'avais 15 ans au journal de 13h et il avait une façon extraordinaire d'avoir de la distance à la TV, c'était le seul. Quand il s'asseyait sur son bureau à l'époque pour fumer une clope, je n'y voyais pas le côté transgressif, simplement il mettait de la distance entre ce qu'il était et ce qu'il faisait, entre l'homme et le présentateur du journal. Ca ne voulait pas dire qu'il reniait le présentateur du journal, ca voulait dire qu'il mettait de la distance. Elle était là tout le temps mais là il la signifiait''. Il l'interviewe à l'époque de Maintenant et lui parle de cet aspect. Retenir puis faire à sa manière, comme ce recul qu'il fera fructifier sur France 3 afin que personne ne lise ses opinions. Aux 10 ans de Canal+, il revoit Yves Mourousi qui s'approche et lui dit: ''Tu vois, tu as tout compris à la distance''. Pas de problème pour reconnaitre ses influences, faire savoir à Claude Lelouch ou Ettore Scola qu'ils ont pesé sur Paris Dernière. ''Mais de là à dire que Ettore Scola et Claude Lelouch ont fait Paris Dernière : non''.

 Aujourd'hui, avec D'art d'art ou Ce soir ou jamais, plus de chronique dans du média épinglé contre-culturel. Démocratique plutôt qu'élitiste ? Tu pioches: ''L'important quand vous êtes dans les mass-médias est de vous adapter, enfin vous devez être toujours vous-même. (...) Dans certains médias je ne dis pas ce que je pense parce que ca ne me parait pas le but mais je ne dirai jamais le contraire non plus''. L'individu ne change pas mais s'adapte au support, à l'horaire et au public pour se mettre à portée en trouvant les mots et les moyens. L'élitisme c'est d'inviter ceux qu'on n'attend pas, mais qu'on saisisse leur place sur le plateau. ''J'aurai pu être élitiste sur Nova, leur parler de truc qu'ils ne connaissaient absolument pas, je l'ai fait d'ailleurs, mais je l'ai fait pour qu'ils me comprennent. A quoi ca sert de parler à des gens qui ne vous comprendront pas ?''. L'axe objectivité/subjectivité est une même souplesse. ''Qu'est-ce qu'il manque dans une époque ?, de quoi va-t-on souffrir quand on a 25 ou 30 ans''. Il écrit dans L'Idiot et l'humeur quand la majorité feint le consensus puis gère sa présence pour s'écarter des toutes-puissances. Lorsqu'il devient chroniqueur à Nulle Part Ailleurs en 1994, il modère l'intervention de son avis: ''Je suis là physiquement, c'est déjà une violence pour la plupart des gens qui regardent cette personne qui est là et a tout pouvoir de vous asséner un certain nombre de trucs''. Quitte à ce que sous des surfaces lisses, l'aiguille pointe autrement. En distribuant les livres de Marc-Edouard Nabe au public, il introduit: ''J'en profite qu'on parle de livres, grâce à la présence d'Alexandre Jardin, pour vous parler de littérature''. Son art de la chronique évite la gâchette péremptoire des snipers-juges pour une stratégie plus dialectique. ''J'instrumentalisais totalement les gens, puisqu'ils n'avaient évidemment jamais entendu parler de Marc-Édouard Nabe. C'était aussi de retourner le public de télé qui est dressé à applaudir quand on le lui dit, de lui faire faire des trucs qu'il n'aurait jamais fait. Vous voyez, moi je trouvais ça à mourir de rire''. Totalitarisme sous les néons, glisse à la table Vic Vega, il ne tire pas des j'aime/j'aime pas mais vise le contrepied. ''Que ça aille dans tous les sens, pas toujours le même, parce que sinon ca consiste toujours à faire applaudir les gens que l'on aime et siffler les gens que l'on n'aime pas''. Un terroriste sous les néons, en fait. Le métier de critique n'a jamais été le sien. Celle qu'il amène à NPA est celle introduite par Jean-Edern Hallier à la télévision, en même temps qu'une astuce pour juger juste : ''Il avait bon goût : il jetait des livres de journalistes, pas des livres d'écrivains. Il y a de forts médiocres écrivains qui ont ce statut, mais il ne balançait que des livres de Poivre d'Arvor ou de Philippe Labro''. Dans Aujourd'hui j'ai lu pour vous, le concept était ''Comment raconter quelque chose à des gens qui ne liront jamais le livre dont vous leurs parlez''. ''De même que sur D'art d'art, je faisais tout pour que ca intéresse des gens qui ne s'intéressent pas à la peinture". La beauté critique n'est pas le demi-travail des carriéristes voués à la curiosité (de culture) gratuite ou des artistes loupés avides de force: ''Il faut vraiment savoir de quoi on parle, observer un certain nombre de règles et avoir une déontologie. Sinon ca n'a aucun intérêt''.  La déontologie serait-elle alors la seule frontière entre blog et critique ? ''Mais non c'est le talent c'est tout, l'inspiration... La déontologie, ca va de soi. Mais c'est très important pour tous les gens qui donnent leur avis sur quoi que ce soit (...) Etait critique littéraire à mes yeux quelqu'un qui avait tout lu, qui lisait tout, qui se sentait obligé de tout lire - ce qui n'était pas du tout mon cas- qui pouvait vous dire pourquoi il avait choisi tel livre de tel écrivain et pas les trois précédents, alors que moi je n'avais pas du tout ces critères là en tête. J'en avais d'autres.''. Qui forgent chez lui une éthique personnelle aux fondements partagés par le critique, le chroniqueur et l'organisateur de débat : ''Ce n'est jamais quelqu'un qui est dans l'humeur, le calcul, le pouvoir''. Après Nulle Part Ailleurs, de 1998 à 2005 c'est Paris Dernière. La période Taddeï, vu par des bribes perdues en streaming, m'apparait comme le carbone 14 d'un Paris mondain muté depuis. Du Gonzo pour une télévision de talk-show, documentaire, reportage et journal intime au mixer.
''J'étais complètement moi-même mais en même temps j'étais protégé par le fait qu'on ne me voyait pas. Donc ce n'était pas une violence pour le public que d'avoir ce type qui vous raconte ses vacances (...) puisque je n'existe pas. J'avais toutes les libertés parce que je n'existais pas. Je pouvais ouvertement draguer toutes les actrices qui passaient, donner l'impression que j'allais coucher avec toutes les actrices de porno. Tout était libre, je n'étais pas là, j'étais un personnage''. La liberté de voir surgir la vie privée en un tutoiement et la caméra pour enregistrer de l'insensé. ''C'était l'idée de créer des situations extraordinaires''. On loue beaucoup ses talents d'intervieweur, disposition découverte dès Maintenant quand il crée encore sa méthode. En 2007, il est le premier lauréat du prix Philippe Caloni qui récompense un intervieweur de talent. Un an plus tôt, il a commencé Ce soir ou jamais, qui affirme ses fondamentaux journalistiques. S'inventer une fois de plus, nouvelle facette à sa manière forte. ''Elle consiste à ce que tout le monde ait le droit de finir sa phrase et à ce qu'il y ait de véritables antagonistes sur le plateau, pas des faux débats entre des mecs qui sont tous d'accord mais qui vont faire semblant de se disputer sur des points minimes parce que lui est plutôt centre-gauche et l'autre plutôt centre-droit''. Alors il invite des contestataires, une démarche qu'il retient de Bizot : ''Regarde toujours les contestataires, parce que c'est eux qui te montrent l'avenir''. Chez les spécialistes en opposition, on trouve toujours des aveugles. ''Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que l'avenir n'est pas l'establishment. Donc si vous n'invitez que l'establishment, ce que font la plupart des gens, vous n'aurez jamais l'avenir. Pour avoir l'avenir il faut mettre face à face l'establishment et les contestataires et là vous commencez à avoir des trucs. L'important c'est de mettre face à des gens que vous avez déjà vu dans des tas d'émission des bombardiers auxquels ils ne s'attendent pas''. La désignation des gentils gagnants ne lui importe pas tant que de montrer l'amplitude des pensées. Au milieu de la confrontation, pas de place pour son jugement - qu'il nous dit s'estomper avec l'âge - ou sa prise de parti. Nouvelle base: ''Voilà ce qui est apparu, voila ce qui a changé objectivement, maintenant dites-moi ce que ca a provoqué. (...) Ce qui m'intéresse, ce sont les choses objectives à partir de quoi on peut commencer à réfléchir. Eviter le cliché, le discours sur le discours''. Traiter tout le panel d'opinions à égalité est pour lui la grande violence faite à un establishment déstabilisé par les nouveaux termes du débat. ''Le ministre Eric Besson ne comprend pas qu'il a Houria Bouteldja en face de lui et qu'elle a le droit de finir sa phrase. C'est aberrant. Il me le dit d'ailleurs: '' Faites-la taire''. (...) Non seulement je ne la fait pas taire mais j'envoie à Eric besson le clip de Ma France à moi de Diam's qui est bien pire que ce qu'était en train de lui dire Houria Bouteldja. Eric Besson me dit: ''C'est une artiste, c'est pas pareil''. Il n'a pas compris que quand une artiste nous dit quelque chose, on l'écoute exactement comme on écouterait un ministre. C'est un haut-parleur dans un sens puis dans l'autre et après on fait son choix''. L'impartialité amène une friction qui éclaircit les voix: "Je me fais injurier quand je donne la parole à certains ministres en disant ''C'est pas le lieu, on n'en veut pas''... Si, moi je les veux. Mais je veux qu'il y ait quelqu'un en face''.

 A force de chercher la posture ''contre-culturelle'' dans la guerre psychologique des médias, la carrière d'un Frédéric Taddeï montre bien qu'investir la vive-voix n'est peut-être pas la source la plus subtile de singularité. Difficile de s'opposer à une telle vision, même si la révérence fait mal aux cuisses et que mon papa m'a bien fait comprendre que les robes, c'est pour les filles. Mais trop vite, les questions bousculent l'horloge. A suivre la semaine prochaine: Taddei et Internet, la téléréalité...
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant
26 JANV. 2010
Petite sœur inconnue de Paris Dernière, InsomniArts se dit qu'il n'y a pas besoin de grands moyens pour faire des choses intéressantes. Passionnée depuis longtemps déjà par l'art, la culture et la nuit, InsomniArts donne la possibilité au public de se faire une idée des événements parisiens en limitant les filtres snobs du milieu informé... Aujourd'hui, finissage de l'exposition NIMP, ou quand Thierry Theolier est encore partout, entre deux masques à la John Carpenter. Pour trouver quelque chose d'intéressant il fallait sortir de Paris... ou du moins des sentiers battus! Vous vouliez aller voir Miles Davis à la Villette mais vous avez abandonné parce qu'il faisait trop froid ? Quel dommage... En attendant, pendant que certains cherchent encore cette gare où les gens font NIMP, d'autres en sont déjà au finissage de l'exposition du même nom.
(suite...)
Article précédent / Accueil / Article suivant