The Johnny Cash Show sur Youtube. Confortable anachronisme. Je me suis toujours demandé comment il avait pu autant plaire à de si bons chrétiens. Bien sûr l’homme chantait les louanges du Seigneur à tour de bras mais il clamait tout autant sa fascination des flingues et se transférait plus souvent en gibier de potence qu’en enfant de chœur.
Se pouvait-il qu’on le considère comme un gendre idéal ? Lui qui avait tant de fois juré, trompé sa femme, s’était avili dans des médications infectes ? Oui. Peut être, du moins. Repentant, prompte à un humour des plus mesurés, soigné, soigneux, accueillant… La liste de épithètes du bon samaritain n’en finirait plus. Mais bien plus que cette conduite, pendant les 60 minutes de chacune des 58 éditions de son TV show, il incarnait pour ses téléspectateurs la meilleure représentation d’un christ que l’époque – engoncée entre rock’n’roll et Nixon –pouvait porter. Carrément.
Cash converterJohn R. Cash n’était pas un saint homme, loin de là. Mais l’enfant de Nazareth avait lui aussi croisé des chemins tordus. Il y eut les beaux yeux de Marie Madeleine pour l’un, les sourires de June Carter pour l’autre. La tentation dans le désert du fils de Dieu ne rappelle-t-elle pas les tournées quasi-pharmaceutiques du cowboy, ses hallucinations nocturnes à El Paso, les envies de se noyer dans le barrage du comté de Marion ou se jeter du haut d’un canyon ? Ce qui les conduisit à prêcher.
« Car le salaire que paie le péché, c’est la mort » (Romains 6 :23) Qui mieux que Cash a démontré cet épître ? La colère de Sam Hall, l’adultère du Long Black Veil, le transfusé de Cocaine Blues, le pistolero juvénile de Don’t Take Your Guns To Town, tous ont été confronté à l’haleine funeste des voies divine. Dieu ne les épargnera pas. Cash non plus.
Alors jusqu’à ses derniers jours, impotent et asphyxié par une maladie dégénérative, Cash enregistra He Turned The Water Into Wine et Where The Soul (Of Man) Never Dies, évangile foudroyé en habits de rockeur, devant Rick Rubin agacé, patientant pour réenregistrer la plainte opiacée de Hurt.
Cash est né dans une ferme durant la Grande Dépression et choisit de fuir vers l’Allemagne pour échapper à l’image persistante d’Hérode sciant son grand frère d’à peine quatorze ans. Il vécu en chantant If I Were A Carpenter, ramassa le pauvre Kris Kristofferson qui lavait le sol à ses pieds aux Columbia Studios, tel le Christ chez Simon. Plus tard les voix séraphiques lui chantèrent Walk The Line et Ring Of Fire pour protéger cet Iscariot de la tentation. Saint John se transfigure en 1968 en marchant sur l’eau dans la grotte de Nickajack, Tennessee, et s’en suivent des noces, non à Cana mais dans le Kentucky. Celle que l’on traitait de traînée et de croqueuse d’hommes devint alors le disciple le plus fervent des enseignements de l’homme en noir, élevant son enfant comme un présent des trois mages. Ensembles ils visitèrent Jérusalem, versèrent des larmes devant un mur et rentrèrent mourir en Amérique. Qui mieux qu’eux pouvaient incarner la rédemption ?
Johnny died for somebodie’s sins but not his.
Que toutes les nonnes entonnent Ghost Riders In The Sky d’une seule voix. Dieu a rappelé son fils, dans une longue complainte honky tonk.
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ETRE DIEU