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BOTTOMLESS PIT Hammer of the gods

Le monde se referme parfois violemment sur notre bec. L’équateur fait charnière - grinçante, forcément- et les deux hémisphères, un pour chaque joue, te claquent la gueule. Comme (...) suite

Le monde se referme parfois violemment sur notre bec. L’équateur fait charnière - grinçante, forcément- et les deux hémisphères, un pour chaque joue, te claquent la gueule. Comme la tapette assène le coup du lapin à la souris, comme le piège à loup croque la marmotte endormie au mauvais endroit. Une vraie ménagerie, le malheur, ça sent le fauve et la mort aux rats. Bref, cela s’appelle être sonné, ne pas savoir ce qui arrive, s’effondrer, prendre le ciel sur la tête…

Après, il s’agit d’encaisser au mieux. On rêve alors de ligne droite, de parallèles qui ne se rejoignent jamais, de paysages plats, d’aires d’autoroutes désertes, de soleil lourd qui écrase tout et réduit le monde à une seule dimension. On veut du mouvement mais fluide, sans accroc, du monochrome mais au plus lisse pour que le temps file dessus comme une goutte d’eau sur la vitre d’un train. Pour que l’équateur ne grince pas de sitôt.

// Dogtag // Dogtag.mp3

En 2005, le groupe Silkworm a pris les deux cotés de la planète en pleine gueule avec la mort accidentelle de leur batteur Michael Dahlquist dans les rues de Chicago. Ce type jouait comme personne ; ce serait peine perdue que de décrire ici son style inouï, entre Keith Moon et John Bonham. Avec lui, Silkworm a sorti des disques fantastiques, dépassant les barres plus hautes, sans perche, simplement à la force du trio « guitare-basse-batterie. » Ces sommets se nomment Firewater, Developper (phénoménal, entre Neil Young et Shellac avec une puissance directe à la Faces), Lifestyle ou It’ll be cool (dernier album officiel, inquiétante étrangeté, tout à l’arrache). Et ces gars signaient des textes tellement… à part, à classer dans la catégorie « à côté et au-dessus de tous les autres », pour ceux qui adoptent un rangement géographique de leur discothèque. (Ce qui suppose d’avoir des disques, de ne pas pouvoir vivre sans ces tranches alignées sur les étagères).

Lorsque le monde a flanqué son aller-retour à la bande de Chicago laissant donc un homme à terre, Andy Cohen et Tim Midgett ont fondé un nouveau groupe, Bottomless pit, dont le premier album Hammer of the gods tourne en ce moment, derrière ces lignes.

Pas de solution miracle, ils font comme les autres, rentrent la tête, rêvent de ligne droite, de morceaux filant droit devant eux, donnant un semblant de sens à ce réveil difficile. Leave the light on, Human out of me, Seven sing (avec trompette pour les braves, violoncelle crissant pour les familles) sont ces titres. Des rythmiques linéaires, sans explosion mais tendues, des mélodies qui n’en sont pas mais que l’on chante tout de même à la fin de la journée : un ensemble parfait pour voir s’égoutter le temps à travers la vitre d’un train ou regarder l’agitation de la Place de Clichy, calfeutré derrière la véranda du Wepler (nid d’aigle pourtant à ras du sol, repaire inégalé).
Ces morceaux coulent, on les remarque à peine puis on ne peut plus s’en passer. A tel point que les titres plus « rock » semblent hors sujet les premiers temps. Dead man’s blues (inutile de faire un dessin) groove presque et on se demande si c’est bien le lieu. Oui, finalement, car son solo de guitare arrache les mauvais souvenirs à mains nues, nettoie les plaies au feedback comme seul Andy Cohen sait le faire. Mieux vaut en profiter d’ailleurs car il ne joue que deux solos sur cet album alors que son style « Neil Young meets Keith Richards meets free-jazz » était à la base de tout Silkworm. Ici, nouvelle ère, Tim Midgett abandonne la basse pour rejoindre Cohen à la guitare et tous les deux sortent de courts riffs en quelques notes, lancent des accords tordus résonant dans la réverb’ du puit sans fond. « Joy Division », répond l’écho : oui, un peu mais au loin, jamais évident, d’autant que le style Silkworm reprend parfois ses droits (Dogtag).

D’ailleurs on s’en cogne des références. Passé un premier morceau un peu faiblard, il faut faire confiance à ces titres en creux et à leur action en deux temps :
- « I can’t believe my heart », chante Tim Midgett : ne pas vouloir y croire, impossible, ça ne peut pas être ainsi.

- « I can’t believe my heart is still beating », poursuit-il : reflux pressenti, le début d’un mieux. Tiens, on est encore debout.

Grand disque convalescent.

http://www.myspace.com/bottomlesspitchicago
http://www.bottomlesspit.us/

Le groupe jouera à Paris le 7 juin prochain, avec Shellac, dans le cadre du Vilette sonique Festival. Raaaahhh, cri de joie etouffé.

10 commentaires

Bel article, Syd, et c’est une bonne chose qui vous n’ayez pas cédé à l’appel du titre-à-la-Libé de la semaine - un p’tit tour et Puit Sans Fond. Vous le gardiez pour la chronique du concert de juin?
Bottomless Pit vient d’annuler son tour du Texas avec les Mountain Goats - on sort ses mouchoirs du côté des derricks. Ils ont une date de prévu je ne sais plus trop où dans leur pays, et ce concert parisien. Il n’est pas prévu qu’on ait leur visite là où on est - trop excentrés. Bref, Paris me manque. Démerdez-vous pour les interviewer.

Commentaire par requis, le Lundi 26 mai 2008 à 7:55

Oui nous serons sur le coup. Et pas de jeu de mots avec les Bottomless pit, Gonzai est une maison qui sait se tenir. Bon dieu, ce groupe intéresse quelqu’un d’autre sur terre, bigre…

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 mai 2008 à 9:50

Ca c’est clair que j’aurai pas parié ma collection de chemises à fleurs la dessus.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 26 mai 2008 à 19:47

Eh oui Bester : on est jamais seul quand on a un vice.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 mai 2008 à 22:43

Hey Requis : vous l’avez écouté ce Bottomless pit ?

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 mai 2008 à 9:28

J’ai ecouté Dead Man Blues sur leur site, pas vraiment convaincu mais intrigué. Et puis, je me suis dit que les chances pour que je le trouve dans les bacs du Geant Casino étant tout de même faibles, j’ai sorti ma carte bleue. Echec.
> et vous, qui, comme St-Louis, rendez la justice à l’ombre du chenil, pesant dans votre balance, la boite de Pal contre les crimes des hommes, est-ce que vous vous êtes risqué à ecouter ce disque? Je serais curieux de savoir ce qu’a à en dire quelau’un qui a raté les épisodes précédents…

Commentaire par requis, le Lundi 26 mai 2008 à 15:59

Merci pour la découverte de ce groupe de Karaté rock. Fort précis, Shellac avec une couche de lacque en plus. Fort et très intelligent. Leave the light on, ils disent: on n’est pas couché.

Commentaire par R Baron, le Lundi 26 mai 2008 à 22:15

Totalement d’accord Baron : précis et incroyablement intelligent. Du Shellac linéaire. Vous savez qu’ils passent à la Villette le 7 juin ? (Je ne touche pas de royalties, promis).

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 mai 2008 à 22:38

Oui, et j’avais adoré Shellac au Ba Ta Clan l’année passée. Mais les manquerais les deux. Dans la voix de Bottomless Pit, on trouve un quelquechose des (défunts?) Lotion. J’ai déchargé illico l’alboum et même la combinaison habituellement fatale mp3 + métro n’a pas atteint la bête! Pour moi, ces types reprennent le flambeau où l’avait laissé les Grifters (si vous ne les connaissez pas, Full Blown Possession est, pour moi, un des meilleurs albums de tout… de ma discographie) Jeff Buckley était fan.

Commentaire par R Baron, le Lundi 26 mai 2008 à 21:31

Oui au bataclan, Shellac avait tout explosé. Grand concert. SI vous tapez shellac sur le moteur Gonzai vous tomberez sur une interview de Steve Albini et Bob Weston que nous avions réalisé avant ce concert. Grifters ? Connais pas mais me précipite pour en savoir plus.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 mai 2008 à 22:27

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