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BONNIE PRINCE BILLY Ask forgiveness

L’hiver, j’hiberne. J’ouvre la porte des cafés et me faufile mollement jusqu’à la table du fond ; Joseph K. des frimas, creusant son terrier. En musique, les reprises (...) suite

L’hiver, j’hiberne. J’ouvre la porte des cafés et me faufile mollement jusqu’à la table du fond ; Joseph K. des frimas, creusant son terrier. En musique, les reprises sont une bonne manière d’hiberner. On traîne en terrain connu, l’oreille fainéante, on glose sur l’original et la copie, bien au chaud. Et puis, mieux vaut se taper un disque avec les bonnes compos des autres plutôt qu’un énième album avec d’ignobles morceaux maison.

C’est une leçon de jazzman que le rock n’a jamais vraiment voulu retenir, trop occupé à chercher des auteurs et pas des stylistes.

Songwriter de saison au physique de marmotte, Bonnie Prince Billy vient justement de sortir un disque de reprises, avec des titres de Bjork, de Sinatra, de Ron Kelly ou de Phil Ochs… Sur le papier, ça a de l’allure. Et à la première écoute aussi. Bonnie n’a plus à démontrer qu’il a du style : sa voix tremblotante, sa country plus janséniste que la tombée du soir à Port-Royal (non, chez Gonzaï, on n’écrit pas «crépusculaire» comme les habituels pigistes des pages Culture. La frontière est là). Evidemment, I’ve seen it all de Bjork en mode bouseux tournera plusieurs fois de suite.

Mais, l’essoufflement vient plus vite que prévu. Car ces morceaux ne sont pas tous passionnants, car Bonnie Prince a bâclé les arrangements -la deuxième guitare de I came here to hear the music est affreuse, les larsens sombres d’ Am I demon ont déjà été mille fois entendus-, car cet album arrive tout simplement trop tard, c’est-à-dire des années après les covers de Johnny Cash période Rick Rubin. C’est un peu risqué, comme emprunter les égouts de Nice trois ans après Spaggiari, peindre la guerre d’Espagne six mois après Guernica, écrire un roman un siècle après Marcel Proust. Il suffit d’y penser quelques secondes pour renoncer.

Cet album, même pas mauvais, regagne donc la pile de la lettre B. C’est un disque pour la sieste, pas l’hibernation. On veut se couper du monde, plonger parmi les hommes et retenir sa respiration jusqu’au printemps, pas s’allonger un moment pour récupérer. Curieusement, l’album des Raveonettes, avec ses éclats de fuzz aigus, a pris la place. Une autre histoire, on y reviendra. L’hiver est long, comme toujours.

Bonnie Prince Billy // Ask Forgiveness // Drag City

http://www.myspace.com/princebonniebilly

5 commentaires

C’est vrai que le Raveonettes a l’air diablement bon.

Commentaire par sylvain, le Lundi 24 décembre 2007 à 11:41

Au fait: belle esquive pour le mot crépusculaire. (Gonzaï: le magazine qui joue au toréador avec les mot convenus de la critique rock.)

Commentaire par sylvain, le Lundi 24 décembre 2007 à 1:07

Merci ! Crépusculaire, ce n’est plus possible. Il faut simplement arrêter. Il y a d’autres mots, la critique culturelle est un perroquet bien nourri.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 24 décembre 2007 à 21:18

une liste, please !!!
est-ce que le perroquet de la critique dit “Coco”?
Moi, ce que j’aime le plus dans votre article, c’est l’absence de superlatifs, j’irais même jusqu’à écrire que c’est l’article où on trouve le moins de superlatifs de toute la critique rock!! C’est appréciable, ça, coco.
(En revanche, si le naturel avec lequel vous assimilez folkeux et bouseux fait sourire, il n’en reste pas moins que le raccourci que vous empruntez est salement balisé. Et puis, est-ce qu’il s’applique bien au vieux Will?)

Commentaire par Requis, le Lundi 24 décembre 2007 à 8:13

En effet, c’était un peu court comme… raccourci. Will Oldham n’ayant jamais vraiment incarné le folk rural. Le problème de ce disque après une nouvellle écoute hier : il pose, il se veut malin, “oh regardez, j’ai fait une sélection de chanson étonnante”. On écoute et puis après le deuxième accord,on pense aux reprises de Cash. A partir de là, plus rien n’est possible. C’est comme penser à une autre pendant la rigolade : ca sent la fin. (En matière d’hyperbole, je crains d’avoir franchi la ligne, là…)

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 24 décembre 2007 à 12:21

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