«La neutralité est un mensonge. Il n’y a point d’état sans doctrine d’état » dit Charles Maurras dans La dentelle du pouvoir.
L’état, sous sa forme cachée, derrière ses responsabilités désavouées, exerce le rôle de proxénète : l’antique combat des luttes ethniques, culturelles, fait rage aujourd’hui dans un choc épouvantable, dont l’onde fait frémir nos postes de télévision, aveugles et pourtant sans pitié, occupés à nous transmettre une morale qui n’est pas appliquée. Un président noir élu à la tête du monde, une éthique nouvelle, une joie amère de la vox populi, mais une réalité tout autre : qu’est-ce que cela change ?
C’est exactement de cela dont il est question dans le dernier Ridley Scott: Body of lies.
Seul le cynique, dans son pragmatisme infini, peut comprendre et changer, peut réagir et bouleverser les dogmes instaurés par les mensonges permanents. Pas ceux de nos dirigeants, mais les nôtres, ceux auxquels nous croyons dur comme fer, mais que nos noirs instincts, de plus en plus impossibles à refouler, décident d’abattre. Quelle règle suivre ? Quelle éthique appliquer ? Quelle morale protéger ?
Samuel Huntington vs. Réalités morales. Le choc des civilisations contre un désir d’union.
Je suis jeune, je suis un enfant du XXIème siècle, je tape plus vite que je n’écris, et j’écris des sms plus vite que je ne parle. Je suis intéressé par ces lointaines contrées d’Ossétie du Sud, le sort du peuple géorgien me passionne. Je n’ai absolument aucune vue sur mon voisin de pallier, mon maire ni mon président qui provoquent tous des débats rapidement ennuyeux, éloignés des vérités intrigantes de mon environnement. Je suis citoyen du monde, l’économie, la politique et la culture étant aujourd’hui globales. L’inconvénient de cette nouvelle mutation est qu’il me faut choisir, car les unions patriotiques sont bel et bien désormais culturelles. Huntington, remis au goût du jour après le 9/11 oublie l’idée d’affrontement idéologique dans son ouvrage le choc des civilisations. Oui, à présent je me vois bêtement obligé de choisir un camp dans l’antique affrontement Palestine/Israël, et le choix fait, toutes mes décisions politiques, culturelles, toutes mes réactions dépendront de ce choix.
Finie la guerre idéologique des cégétistes. Bienvenu dans le monde où tu défends l’Occident ou l’Orient. Mon identité sera l’un ou l’autre.
leonardo_dicaprio2Body of lies pose ce problème précis : si tu choisis une morale à ta naissance, tu devras l’oublier une fois adulte. L’agent secret Ferris (interprété médiocrement pas DiCaprio) est naturellement issu de la morale chrétienne et occidentale (tu ne tueras point, tu aideras ton prochain, tu ne convoiteras pas le bien de ton voisin) et est pourtant continuellement confronté à l’obligation de transgresser cette morale, subissant les ordres formels de son boss (Russell Crowe, magistral) qui répond à une autre éthique : le pragmatisme. De l’autre bord, celui de l’Orient, deux autres personnages tout aussi passionnants : Hani Salaam, chef des services secrets jordaniens, exécuté par la révélation de ce film (Mark Strong) et Aïsha, l’infirmière dont Ferris s’amourache, jouée par Golshifteh Farahani. Salaam est plus amer que cynique, plus orgueilleux que pragmatique, mais dispose lui aussi des deux mêmes atouts que Hoffman : l’intelligence et la capacité à renier une morale musulmane dans le seul et même but est d’obtenir des résultats. Aïsha elle, montre les us et coutumes de nos «ennemis», les musulmans, témoin difficile de la pudeur extrême (et du brio) dont ce peuple merveilleux est capable, chose trop souvent oubliée.
Les résultats cherchés, on les connait : anéantir l’extrémisme, prôner la démocratie, défendre la liberté, nourrir les pauvres. Bref toutes les inepties habituelles, qui, pour je ne sais quelles raisons, n’aboutiront jamais à une parfaite harmonie.
Ce film devait à la base s’intituler «pénétration», comme le bouquin, mais pour un évident problème sémantique, les éditeurs et producteurs ont désiré changer cela. Mais pourquoi pénétration ? Ridley Scott s’est beaucoup battu pour défendre ce titre, est-ce à dire que nous sommes dans un vulgaire film d’espionnage, dont le seul but est de montrer une infiltration derrière les lignes ennemies, du jamais vu au cinéma ? J’ai pourtant cru apercevoir, à travers les images merveilleuses et les plans véritablement angoissants, une pointe de réflexion, un choix d’exposer un grand problème, et dans tous ses aspects, jusqu’aux plus ternes. Salué pour la fidélité de la représentation des services secrets américains, David Ignatus, journaliste au Washington Post, toujours dans les bons coups, n’épargne pas le bafouage permanent des principes fondamentaux US par les plus hauts membres de la CIA (Hoffman/Crowe est tout de même chef du service Proche-Orient), et nous plonge dans les tréfonds de l’humain dégueulasse, de celui qu’eux-mêmes sont sensés combattre, le mec sur qui on crache, le misanthrope, le marginal aigri.
Body of liesDécouragés face à la bile rejetée par tous les membres de leurs «camps», Hoffman et Salaam s’autorisent l’utilisation de tous les moyens pour parvenir à leurs fins, excluant une morale commune, impossible, mais se rapprochant d’un même idéal : tuer la mort.
Je pense très sincèrement que cette méthode de lutte contre nos démons, nos instincts, nos penchants extrêmes que l’on trouvera toujours chez l’autre avant de les voir chez nous (c’est certainement le message du film, et c’est ce que comprend Ferris à la fin) est un biais magnifiquement réaliste. L’empirisme de cette démarche m’exclue souvent de la pensée vertueuse des membres de ma société, ce qui me renvoie à l’incroyable discours de Russel Crowe, qui fait office de musique de générique au début du film et qui est transcendant de vérité.
Nous sommes tous à l’ouest, nous ne comprenons rien, nous sommes enfermés, et c’est la raison pour laquelle cette guerre, que nous menons contre les autres alors que nous devrions la mener contre nous-mêmes, nous allons la perdre, violemment. Ils gagnent déjà peu à peu. Charlie Hebdo par exemple, les a beaucoup aidés. Et tout le monde me tape dessus, s’énerve parce que je défends un idéal, une vision de l’état actuel de nos sociétés qui est en désaccord avec notre morale.
« Le cynisme consiste à voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’elles devraient être ». Oscar Wilde.
Ma fin habituelle : MOURREZ TOUS, AVEUGLES !
http://bodyoflies.warnerbros.com/index.html
2 commentaires
est*




PLAY BLESSURES
La Bande annonce et très mal faite. Etonnant de la Warner. La scène où il donne un coup de pied dans la chaise de Crowe est magnifique.