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BLACK MOUNTAIN De Frankenstein à Spiderman III

Le problème avec ces nouveaux groupes, c’est qu’ils sont nouveaux. Ne comptez pas sur eux pour vous raconter « Les plus belles histoires de l’oncle Jerry Lee ». (...) suite

Le problème avec ces nouveaux groupes, c’est qu’ils sont nouveaux. Ne comptez pas sur eux pour vous raconter « Les plus belles histoires de l’oncle Jerry Lee ». Avec ces nouveaux groupes – qui proposent, du reste, une fort réjouissante musique vous vous contentez de papoter autour d’une tasse de thé : « Et un Mellotron, sur Ebay, ça coûte combien, maintenant ? Ah, ouais, tant que ça ?… » Ce genre de choses.

Pas de leur faute. Ils n’ont pas encore connu les splits, les morts, les résurrections, les overdoses, les séances de « rehab », les crises mystiques… Toutes ces choses qui font le sel de nos vies. Alors, les nouveaux groupes se contentent de donner de bons concerts, de faire de bons disques et d’être irrésistiblement sympathiques.

Quand même ! On aimerait bien qu’ils soient un peu moins sympas, les entendre proférer des horreurs sur leurs band mates, sentir le split à portée de mains, poindre la tentation de l’album solo… Rien de tout ça. Ils sont loyaux, fidèles, résolus. Merde ! Allez écrire un article avec un matériau pareil. Moi, je sais pas faire.

Pourtant, Bester est là, qui veille. Comme la voix de ma conscience, comme un Gemini Cricket diabolique, alcoolique et drogué, qui me rappelle, semaine après semaine, que je dois taper cet article. Comment lui dire non ?

En plus, je l’avais entraîné dans cette histoire, Bester. Je lui avais dit que je parlais pas anglais, que les interviews me terrorisaient et que j’avais 39 de fièvre. Incroyable ! Ce coyote de Bester allait trouver une parade à chacun de mes arguments et, au moment où je m’attendais à entendre : « Pas grave, Pierre, laisse tomber, on se rappelle… », je me suis entendu répondre : « Bon, Ok, Bester, j’arrive ! »

Voilà comment tout à commencé :

- Thé.
- Gin Tonic.
- Beer.
- Beer ? Really ?…
- Er, no… I think I can afford a gin tonic too. It’s so cheap in France.
- Ok, two gin tonic !

Jusque là j’arrivais à peu près à suivre la conversation. Du coup, je me suis dit que je pouvais me lâcher :

Ouais, tout compte fait, je vais prendre un «gin to», moi aussi… Bester, je peux faire une note de frais ? C’est bon le gin to… Dites les gars, vous trouvez pas que votre musique ressemble à du proto prog ?

Absolument ! Elle découle d’une forme musicale à mille années lumières d’ici. Nous sommes des hommes des cavernes.

Ok, guys, mais comment faites-vous pour combiner le Velvet et Black Sabbath ? C’est ce qu’on voudrait savoir, nous, à Gonzaï…

Je pense qu’on ne sonne comme aucun de ces deux groupes. Ni comme Led Zeppelin… Chacun est arrivé dans le groupe avec ses références, sixties et seventies. A l’arrivée, on s’est créé un son original. Par exemple, on a deux lead singers. Voyager dans l’espace est une autre grande source d’inspiration pour nous…

Ce en quoi, vous m’évoquez le Jefferson Airplane des grandes années ! Un Airplane en train de jammer avec John Bonham…

Je pense que tout grand groupe a un grand batteur. C’est un des éléments les plus importants dans le rock’n’roll. Pink Floyd, The Who, Black Sabbath, Zeppelin, Stones… A chaque fois le batteur est essentiel.

Parfois, vous sonnez un peu comme cinq solistes. Cinq musiciens à l’identité musicale forte qui prendraient la vedette à tour de rôle au cours du morceau…

C’est vrai. Chaque membre du groupe participe à hauteur de 20 % à la création des morceaux. Et chacun a des influences et des goûts très divers.

Sur scène, vous agissez comme une sorte de collectif, de communauté. Comme dans les sixties…

Pourtant on ne vit pas ensemble, hein !

Et tous ces instruments vintage ? Vous êtes milliardaires ou quoi ? C’est grâce à la B-O de Spiderman (Black Mountain a fourgué une de ses chansons, Stay Free, sur la BO, NDR) ?

On en a acheté beaucoup à une époque, il y a dix ans, avant Ebay. Mais c’est devenu impossible, le vintage est hors de prix. C’est vrai qu’on a maintenant une assez belle collection de Mellotron, de Hammond – on adore le son d’orgue de Deep Purple -, de vieux amplis à tubes, de vielles Gibson, et même une «batterie Frankenstein»…

Heu, une batterie Frankenstein ?…

Elle est faite à partir d’éléments récupérés sur différents drum-kits, comme Frankenstein était fait d’éléments provenant de différents cadavres… Du coup, j’ai une batterie qui serait passée totalement inaperçue en 1972, mais très étrange pour 2008. Tu voudrais quoi ? Qu’on ait une batterie avec des fûts partout ? Pourquoi pas des steel drums ? Le son de Black Mountain, c’est wood and wires. Du bois et de l’électricité. Les nouveaux sons ne m’excitent pas beaucoup.

Assez ironique le titre de votre album, Into the future

C’est juste le titre d’une des chansons de l’album qu’on a choisi de mettre en avant. Mais c’est effectivement assez drôle, vu notre son, de parler de futur. Quoique ce titre évoque aussi une ambiance space rock, des groupes comme Hawkwind…

Finalement, depuis tout à l’heure, vous ne citez en référence que des groupes européens…

On aime aussi des groupes US, mais c’est vrai qu’on s’est pas mal focalisés sur le krautrock, sur Can, un autre de ces groupes où le batteur est essentiel…

Pouvez-vous maintenant nous décrire le futur s’il vous plaît ?

Une résurgence du funk metal en 2068…

Hum, j’en étais sûr !

En fait, c’est dur de prévoir le futur de la musique. Qui aurait dit, il y a quinze ans, qu’on verrait un retour du bluegrass dans les années 2000 ?

Enfin, bon, les gars, il faut vivre sur le continent nord-américain pour avoir remarqué un retour du bluegrass ! Sinon… qui couche avec la chanteuse de Black Mountain ? D’ailleurs est-ce une chanteuse ?

Avoir une chanteuse dans un groupe permet d’échapper au côté macho du rock, dont vous ne me semblez pas encore totalement libérés, messieurs les gonzo interviewers… Je n’aimerais pas jouer dans un groupe composé uniquement de garçons. L’ambiance vestiaire de foot, très peu pour moi.

Bon, j’ai une idée : on se refait une tournée de “gin to” ? Bester a sa carte de crédit…

Ça roule !

Questions de Bester, retranscrites très librement (de même que les réponses).

www.myspace.com/blackmountain

5 commentaires

Tout ça sonne… hum… très libre (to be true) !?

Commentaire par sylvain, le Lundi 21 janvier 2008 à 1:30

Libre?! Je m’en prends plein la gueule oui!
Mais je te rassure Sylvain, Pierre et moi filons toujours le parfait amour:-)

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 21 janvier 2008 à 1:50

la vérité, c’est que ces deux garçons sont adorables, que ce sont de monstrueux musiciens et que leur groupe nous ramène direct en 1973 (avec une section rythmique à la Bonham-Jones millésime Houses Of Holy).

que demandez de plus à l’existence finalement ?

Commentaire par Elmo Lewis, le Lundi 21 janvier 2008 à 2:08

… of THE holy. (vous aviez rectifié de vous-même.)

Commentaire par Elmo Lewis, le Lundi 21 janvier 2008 à 2:09

L’album précédent était génial (surtout le “Don’t run our hearts around” pour ma part).

Commentaire par Abe, le Lundi 21 janvier 2008 à 23:13

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