Les “phénomènes MySpace”, vous vous souvenez ? Les groupes MySpace, de la découverte Technikart déjà ringarde au groupe de scenesters dijonnais ; les premières parties. On parlera avec mélancolie de cette époque à nos enfants, pour l’heure les temps changent.
Trois sorbonnardes dans la confortable moyenne de ces a-créatifs comblés qui feront le monde de demain me le rappelaient encore hier à l’heure de mon Mac Pauvre : “Putain non mais sérieux ça fait bien 24 heures que je me suis pas connectée sur Facebook ! Je pète un cable…” “- Sérieux ouais moi j’arrête. Tu fais quoi samedi soir ?”
À l’heure de choisir son camp, et quand bien même j’aurais préféré prendre le parti des schlags qui trouvent encore le moyen de fonder des groupes de dub et de m’envoyer des friend requests, force est de constater que celui-ci, ce parti n’existe plus, du moins plus comme système conquérant. Le “groupe MySpace” ne joue plus guère qu’au Batofar et en concert de punk personne ne prend plus le soin de huer en scandant “MySpace ! MySpace !“. Syd Charlus avait je crois une intéressante théorie sur la question, l’avènement de Facebook comme modèle social dominant et la disparition de celui qu’implique MySpace. Ça m’emmerdait un peu parce que ça voulait aussi dire la fin de la promo sauvage avec images et surtout me semblait assez abstrait avant d’avoir écouté le dernier album des Black Lips : Le disque qui m’a mis face au fait accompli, me faisant découvrir la réalité du “groupe Facebook”.
Revenons sur les termes. Facebook, qu’est-ce au fond ? Un crossover foireux entre une newsletter d’anciens HEC, l’annuaire et Meetic ; un monde orwellien où les champs d’expression se limitent à des photos “au naturel” à l’insignifiance travaillée et à quelques listes de goûts à remplir de mots-clefs. Qu’est-ce qu’un groupe Facebook ? Un ensemble de personnes affichant par leur adhésion leur accord total avec l’aphorisme pauvre servant d’intitulé au dit groupe. C’est en ce sens que Black Lips est un groupe Facebook : une adhésion de principe, formelle et insignifiante sur fond de sain professionnalisme. Ç’aurait pu être à autre chose, n’importe-quoi, mais leur choix s’est arrêté sur “Fans of 13th Floor Elevators“, “early psychedelic”+”garage rock” en mots-clefs.
Entendons-nous bien, la critique ne porte en rien sur la confortable et plutôt agréable absence d’originalité dont témoigne la musique du groupe — l’album est bien foutu et indiscutablement sympathique, pour tout vous avouer je l’aime bien — mais sur l’inconséquence de celui-ci. Jouer au rock sudiste (car c’est bien de ça qu’il est question, ré-écoutez les Elevators live ‘66 pour dissiper le doute) déguisés en mannequins American Apparel, chanter une consensuelle gentillesse de middle-class éclairée sur d’anciens rythmes de la subversion sans proprement les transcender fait à mes yeux à peu près autant sens que de se branler dans une cruche électrique avec une perruque sur la tête, que de prendre une photo d’Avedon, ce très jeune couple du Colorado, ajouter quelques belles couleurs et forcer le sourire de la fiancée pour ne plus lire l’abus au fond des yeux.
Black Lips // Good Bad Not Evil // Vice Records
http://www.myspace.com/theblacklips
// Veni vidi vici // BLACK LIPS - Veni vidi vici.mp3
6 commentaires
“Un crossover foireux entre une newsletter d’anciens HEC, l’annuaire et Meetic”, j’aime bien… après les groupes en “the”, les groupes en “black”… save the black keys, the black angels & fuck the rest
Se branler: la musique n’est-elle pas cela finalement? Tant qu’y aura des mouchoirs pour écouter, rien à foutre…
C’est peut-être un peu tard pour réagir, mais le fabuleux Rewind de la nouvelle version doit bien servir à quelque chose…
Bon, moi je le trouve pas franchement inconséquent cet album. Ce groupe non plus d’ailleurs. A une époque où toute musique à guitare qui sent vaguement le cambouis est taxée de “garage”, les Black Lips ont le mérite de rappeler qu’il s’agit davantage de soleil et de fleurs carnivores que de méccano junior.
Et ça marche aujourd’hui. Ils font ça avec assez peu de talent mais une sacrée dose de couille.
Moi je pense que dans une certaine mesure on pourrait considérer sans trop de prétention que les Black Lips, c’est ouf.
Je vois pas un rapport si indiscutable entre les Black Lips et 13th floor elevators et alors encore moins avec facebook.
Cet album n’est ni pastiche, ni mal joué, ni spécialement dans l’air du temps.Il est juste terrible du debut a la fin.
Mais bon, ca t’auras au moins permis d’éjac’, puisque tout est question de branlette ici.
Nique ta mère, pédé.




ETRE DIEU
Trop d’honneur Amon Juul ! J’ai -j’avais ?- effectivement un bout de théorie sur le sujet. Facebook dominera, myspace se videra et deviendra une réserve d’alternatifs se croyant hors système. Puis Facebook chutera à son tour quand chacun aura adopté la logique du “réseau limité”, “VIP”, “Exclusif”. Plus personne ne voudra afficher “you got 4753 friends” mais trouvera chic de bloquer le compteur à 12 et de baptiser ça “le réseau Machin”. Une logique de Club, de castes poussée à l’extrème (il ya fort à parier que ces mini-réseaux produiront des sites, des newsletters, des réunions médiatisées… David Martinon fera son retour en politique par ce biais en voulant “changer la politique”).
“Jamais je ne voudrais d’un club qui m’accepte pour membre”, disait Groucho Marx. C’est la posture de l’homme de goût du futur.