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BERTRAND SOULIER Francorama

Une publicité pour la Flèche d'Or, deux interviews d'artistes français, des albums qui se vendent à plusieurs milliers d'exemplaires.... Mais qu'est ce que c'est que ce bordel? (...) suite


Une publicité pour la Flèche d’Or, deux interviews d’artistes français, des albums qui se vendent à plusieurs milliers d’exemplaires…. Mais qu’est ce que c’est que ce bordel? Fini le gonzo journalisme hein? Exit les articles avec 75 commentaires attestant d’à peu près tout et son contraire et une nuée de pseudonymes aussi ridicules que Momo22 ou TaGueuleBester? Gonzaï serait-il devenu un média «lisible»?

Pas tant que ça, rassurez-vous.Car aujourd’hui j’ai rendez-vous avec Bertrand Soulier, nouvelle plume française susurrant des mélodies tristes avec mot clef à la césure.

Et un Piano larmoyant et incroyable talent de copie des artistes français de sa génération (Miossec, Cali, Benabar, je vomis sur le clavier). Des trentenaires pour la plupart. Qui payent leurs impôts dans les temps, et possèdent l’intégral des American Recordings de Cash Johnny alors qu’ils viennent de se payer un parquet flottant avec leur dernier tube; Pleure pas Véronika. Un truc dans le genre. C’est dur. C’est ça la France, comme le chante si bien (mal) Marc Lavoine entre deux sniffs.

Et Bertrand Soulier dans tout ca? Un OVNI rattrapé par ses démons (le piano, la mélancolie, des chansons sur les enfants) mais sauvé par ses défauts (la cigarette, la barbe, la picole). Un parfait exemple des thirty something. Une culture musicale à toute épreuve, anglo-saxonne dans la majorité des cas, et une parfaite incapacité à transposer ses névroses dans la langue à Bashung.

L’ambition modérée, détestable pour ceux qui n’ont pas encore atteint la trentaine et qui ont jusque là réussi à éluder la question «Tu crois pas qu’il serait temps qu’on donne une impulsion forte à notre couple? Un enfant, une maison, quelque chose.. ».

Et pourtant, j’ai peur d’arriver en retard à l’interview.

«Bester? C’est vous? Bertrand m’a dit qu’il se languissait de vous rencontrer», me lache, laconique, la manageuse.

Faut dire que j’y ai pas été de main morte (cf la chronique). Toujours la même technique : l’intransigeance, le sens de la formule et une formidable envie de rencontrer les artistes qui m’énervent.

Et là, j’ai comme un doute. Ma mauvaise foi l’emportera-t-elle? Soulier saura-t-il me convaincre? Vais-je enfin prendre un crédit sur 30 ans et acheter l’appartement de mes rêves en réécoutant Joshua Tree au casque?

Soulier VS Bester, premier round.

Je suis content qu’on se rencontre.

Moi aussi.

En fait nous avions déjà eu un début de discussion sur un site, par commentaires interposés…

Oui, sur mon blog. Je crois que dans l’un de tes articles, sur Rodolphe Burger, tu parlais de moi («on peut encore attendre avec impatience la sortie d’un album, celui de Burger et réécouter trois fois de suite le même morceau en se disant « Quelle vision, le blues en France, peut-être que ca existe… Ca change du prochain Bertrand Soulier, sobrement intitulé Discorama). Je me suis alors permis un droit de réponse sur mon blog en titrant « Pour une fois que je suis sobre» …

Ah d’accord ok. J’avais pas compris merde. Bon pour rentrer dans le vif du sujet, je trouve ton album étonnant, dans ce que cela comporte de bon et de moins bien. Sur chaque chanson, j’ai l’impression d’entendre un chanteur français. C’est fascinant: Bashung, Sheller, Biolay, Joseph d’Anvers… et après j’ai lu la bio. Qui parle de Discorama comme d’une compilation fictive du grand spectre français. Et encore aujourd’hui je ne sais pas si ce résultat est accidentel ou intentionnel.

Ce que tu disais dans ton premier papier, en gros, c’est «est-ce qu’à un moment, en studio, me rendant compte de la connerie ultime que j’étais en train de faire, est-ce qu’on pouvait pas rattaper le truc ». En fait, l’histoire n’est pas vraiment celle là. C’est un truc que je ne devrais pas dire, ça se dit pas aux journalistes mais… Je suis un ancien publicitaire, ancien directeur de création, et oui, j’aurais pu rattraper le coup comme ça. Ouais. Mais moi j’ai 200/300 chansons et à un moment on me demande de faire un album sur un petit label indé. Il m’arrive d’écrire à droite à gauche pour des personnes connues, pas connues.. tout cela pour dire qu’à un moment on me demande de faire mon disque. Et l’avantage d’un label indé, c’est que je suis la patron de mon album. Je fais ce que je veux en studio.
J’arrive sur le marché tard, je suis pas beau gosse, piètre danseur.. Je me suis sincèrement dit que je n’allais pas traverser le truc si je déboule avec du Bertrand Soulier pur porc. Je me dit que si je ne fais pas parler de moi d’une autre manière je vais pas y arriver. La deuxième chose c’est que je déteste parler de moi. Alors l’avantage de Discorama, c’est que l’on ne me parle pas de moi. Et en pur terme marketing, ça marche à merveille. Mon nom est associé en permanence aux plus grands. Y a pire non?
J’avais plusieurs concepts au départ, notamment un double album qui se serait appelé Le jour et le noir, une face pour chaque ambiance. Et puis j’avais une chanson qui s’appelle Maître Popineau, un peu franchouillarde, que je voulais mettre dessus, sur ce premier album. A l’époque je fais tourner un riff disco, très balancé, style Michel Berger La groupie du pianiste… Avec mon bassiste on se marre.. et puis on me dit « dans un mois tu entres en studio ». Et là je suis paumé. Alors je selectionne 20/30 chansons, et comme Bowie ou Lennon pour écrire des textes, je pose mes albums de références, les chansons, j’ai mélangé et j’ai sorti du chapeau. Virage pale, c’est tombé sur Melody Nelson, Le fils de ma mère c’est Instant Karma. Voilà.

C’est une grande loterie finalement.

Oui mais pour moi au final il y a plus d’anglo-saxon que de français dans cet album.

Tu crois que du coup tu baises le public en lui donnant des références faciles à absorber au premier degré?

Pas du tout, c’est vous qui citez les références. Toi tu parles de Sheller, les autres de Biolay… Pour moi c’est Randy Newman, c’est le Diamond dogs de Bowie avec un sax dégueu derrière, c’est Elton John…

Nan mais sérieusement, la première partie de l’album est ultra française, les attaques aigues au piano, les claquements de main, le côté très « papadabah » très français… Jusqu’à la moitié du disque je me dis clairement « putain ca me gonfle ». Et c’est là que je te dis que tes chansons les plus intéressantes sont placées à la fin. C’est vicelard ou lâche selon le choix….

Je vais te dire.. J’ai une femme que j’adore, mais qui en musique n’y comprend pas grand chose…

On a tous le même problème.

Un jour on est en voiture et ya un tube de Benabar qui passe à la radio, un truc qui parle d’aller manger des pizzas devant la TV…. Bref. Et ma femme qui me dit que je devrais enregistrer des chansons comme ça. Tu te doutes bien que j’ai failli lui en mettre une (Rires). Le soir, un peu énervé, je m’enferme dans mon studio, et je me dis qu’au lieu de rester chez lui à manger des pizzas, le mec va à la soirée. La mélodie, c’est clairement Aznavour, et pour les gens c’est évidemment Benabar, parce que c’est l’actualité. Quand tu écoutes les disques, tu entends forcément les références. Alors moi je trouve ça marrant d”entendre que j’ai pompé Benabar alors qu’il ne me reste que quatre vinyles: Un Kiss, un Weather Report, un In a silent way de Miles et Melody Nelson… Et que j’ai même plus de platine.

Si on prend l’exemple de Virage pale, qui est une très bonne chanson, c’est la voix de Biolay à 100% quand même, allez arrête….

Oui mais encore une fois, on a sensiblement le même âge, on fume autant de clopes, l’alcool je pense que c’est pareil, on a écouté les mêmes disques. Alors, après, avec l’âge, ça ne te quitte plus.

T’es quand même moins gras que Biolay cela dit.

Ouais…Mais une fois que t’as écouté Melody Nelson à 15 ans, ça te quitte plus. Et il y aura toujours un mec pour dire au bassiste qu’il a piqué un plan à Jaco (Pastorius, NDR). Moi je serai une sorte de Biolay qui serait né dans le 93 et pas à Chalon-sur-Saône. L’idée de Virage pale c’était surtout d’échapper à Gainsbourg. Le décorum étant Cargo culte. Et sur scène, tu pourras toujours te dire que ça ressemble à quelqu’un d’autre, c’est logique.

J’ai commencé à entrevoir la lumière sur une chanson, Vaguement compétitif. Une chanson très houellebecquienne, qui raconte le glauque du salariat des années 90… J’ai eu l’impression de comprendre ta démarche à ce moment là, encore une fois vers la fin de l’album.

Tu vois mon parcours il est simple, j’ai commencé par le conservatoire, très tôt, et rapidement j’ai voulu devenir musicien de studio. Au début des années 90, y avait deux bassistes qui jouaient sur tous les albums en France (j’étais bassiste à l’époque), le reste c’était du séquenceur.. bref, c’était MORT. Alors je suis rentré dans quelques canards, Best, Actuel, puis je vire chez France Inter…. Et à un moment je monte un titre de presse, on se casse la gueule, on se gave financièrement sur le marché de la presse étudiante, avec des titres jeunes à grosse pénétration…

La métaphore est limite limite là… (Rires)

Donc je te la fais courte, on devient riche. Et un matin, impossible de se lever, je revends mes parts à mon associé (qui devient encore plus riche)

Tu as à ce moment toutes les chances de devenir un enfoiré de capitaliste quoi….

Oui mais plus possible. Le fait de tirer trois radasses, la Porsche…. Plus possible. Alors je tente ma chance en tant que compositeur. Avec mon ami Attal (Jérome, NDR), on écrit pour Johnny en ce moment, on se marre bien. Alors maintenant j’écris, douze heures par jour, le matin j’embrasse mes enfants et j’écris. C’est le côté Phantom of the Paradise, la composition derrière un mur de briques… avec son lot de compromis et sacrifices. Mais j’essaie d’être honnête dans la démarche, convaincu que de toute façon ça ne changera pas la quadrature du cercle.

C’est quoi la chanson qui te plait le plus sur ton disque?

Y a une chanson écrite un peu à la va-vite, qui ne devait pas s’y trouver au départ. L’album aurait dû s’appeller 71-17, jouer sur les pastiches. Et la question que pose ton article, lorsque tu parles de l’intention première de l’album, je me la suis posée aussi. Mais tant qu’à faire, tant qu’à y aller, je me suis dit, «on va appeler ça sans Discorama». Sans le côté référence à Denise Glaser hein… Donc ma chanson préférée c’est Discorama, la chanson éponyme, voilà.

T’as pas peur de te faire prendre à ton propre piège, peur que les journalistes ne parlent que des ombres, des autres, et peu de TA musique?

Non… la question la plus retort, au final, c’est pour mon deuxième album, car les gens me demandent comment il sonnera, et ce que j’y dévoilerai enfin. Ce qui est marrant avec l’avènement du net, c’est la contamination des copies d’articles… c’est dingue.

Je continue sur ta bio, avec des détails assez étonnants. Encore une fois, je me demande où est le vrai, où est le faux… Il a pas un peu fumé Eric Jean Jean (auteur de la bio, NDR)?

Tout est vrai, encore une fois…. Ouais je jouais au foot avec NTM, ouais Laurent Voulzy habitait au bout de ma rue, oui ma première femme avait un cousin qui était le premier manager de Solaar, oui j’ai rencontré Gainsbourg….

Dis m’en plus là dessus…. Car si je recale les dates, tu dois le rencontrer vers la fin des années 80, vers sa propre fin….

Oui, exact., entre Noël et le jour de l’an 90 Encore une fois un hasard. J’ai 18/19 ans, je pars pour les fêtes de Noël chez mes parents, dans la Nièvre. Ma mère me dit: «Tu devineras jamais qui on a vu hier soir au restaurant »… Tu devines bien de qui elle parle.

L’histoire raconte qu’à ce moment il se retire en campagne pour composer un album blues, qu’il ne voit plus personne….

Oui, l’album devait s’appeller Telle est la Télé . Gainsbourg, à ce moment, avait un mauvais clavier dans sa chambre, écrivant ce qu’il devait partir enregistrer avec les Neville Brothers à la Nouvelle Orléans… Et je le rencontre finalement le lendemain, au même restaurant, lui, seul, à une table, en train de se prendre la tête avec la patronne, à cause d’un trois quart en cuir qui dégueulait derrière parce que la couture était défaite… La patronne avait demandé à ce que la veste soit recousue alors que c’était un cadeau de Bardot… Une véritable relique. Et bref, on parle. Encore une fois, la vie personnelle des gens n’est pas intéressante. Mais si cela t’intéresse, il y a un livre, retiré à la vente aujourd’hui, nommé Gainsbourg sans filtres. Le livre a été attaqué par Birkin et Philippe Lerichomme (producteur de Gains’, NDR). On y trouve pas mal de détails, plus ou moins sordides. T’es dans la légende, t’es dans le musée… bon.

Le fait qu’aujourd’hui on parle plus d’artistes que d’artistique… tu valides? Je reformule: La crise du disque, c’est pas aussi la faute et la responsabilité des artistes, qui consentent à trop de détails sur leur vie privée?

Totalement. Le monde se porterait mieux si tout le monde ne connaissait pas la couleur du slip de Beyoncé. A force de connaître tout sur tout le monde, tu finis par te dire que finalement c’est pas si compliqué comme travail. Enfin tu le crois… Si par exemple tu prends le premier album de Coldplay, Parachute, qui est un chef d’oeuvre, tu sais instantanément tout sur Chris Martin, la taille de son sexe…. Gainbourg, 15 ans après, on arrive à retracer la vraie histoire.

Et c’est pour cette raison que tu te caches derrière différentes identités?

Oui, et surtout que je suis le mec le plus inintéressant au monde!

Bertrand Soulier, c’est ton vrai nom?

Oui, c’est mon vrai nom. Bertrand Noël Robert Soulier. Né le 28 décembre 1970.

Merci Bertrand.

A plus tard Bester.

Photos par Fiston

http://www.myspace.com/bertrandsoulier

12 commentaires

ele est teriblissime cette itw

Commentaire par doud, le Lundi 31 mars 2008 à 2:03

je ne peux malheureusement pas en dire autant de ce que j’ai écouté tout à l’heure, enfin où est l’important, la procuration aussi peut être un moyen de s’en sortir

Commentaire par doud, le Lundi 31 mars 2008 à 2:05

et rien à voir mais fallait que je te le dise, arrêtes avec tes conneries de parquet flottant, c’est dépassé, c’est un truc de nouveau riche. Maintenant c’est l’ère du carrelage imitation parquet, beaucoup plus facile pour l’entretien, ça vieillit mieux et tu peux même le poser toi même, le comble du chic !

Commentaire par doud, le Lundi 31 mars 2008 à 2:09

Cool l’itw !

Commentaire par sylvain, le Lundi 31 mars 2008 à 18:02

incapacité à transposer ses névroses dans la langue… Ca veut dire quoi? T as lu les textes de soulier, mister bester? C’est le seul truc que je comprend pas.moi je trouve que c est neuf sa facon d ecrire. Non? Bref belle itv qd mm.

Commentaire par blondonblond, le Lundi 31 mars 2008 à 10:39

c’est quoi cette fixette sur la chanson francaise,les mecs..

Commentaire par odb, le Lundi 31 mars 2008 à 14:41

robot et con est un chef d’oeuvre.
après, le reste on s’en fout (bon appétit)

Commentaire par manon, le Lundi 31 mars 2008 à 17:30

Je viens d ecouter l’ album
UN CHEF D OEUVRE !

Commentaire par pierre, le Lundi 31 mars 2008 à 19:58

Fixette sur la chanson française: être aussi intransigeant avec les francais qui osent que ceux qui posent.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 31 mars 2008 à 22:31

Boudiou, cette dernière phrase de vous monsieur Langs est phénoménale !

Je traduis pour les ignares qui nous lisent en pensant tomber sur un site sur biolay (et croient tout connaitre de Gainsbourg en connaissant Melody Nelson) : oui un journaliste de cette trempe doit être exigent face aux “artistes” poseurs et commerciaux pour faire tomber la couche de maquillage posée par les labels et les médias ; du coup, lorsque l’on tombe sur un honnête qui fait de son mieux (et réussi), l’exigence est toujours là, servant cette fois à révéler l’authenticité du talent.

Ce type est ouvert et lisible, c’est parfait. Je ne garantis pas d’écouter ce qu’il fait pendant des années, mais je mets ma main à couper que c’est un type bien. Joli boulot monsieur Langs.

Commentaire par Billy HP, le Lundi 31 mars 2008 à 9:53

Je précise tout de même que la musique, hormis deux titres, ne m’ébranle que peu.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 31 mars 2008 à 8:29

aujourd’hui, deux titres qui ébranlent sur un album, ça s’appelle un disque de l’année.
:-)

Commentaire par manon, le Lundi 31 mars 2008 à 9:03

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