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B.B. KING One Kind Favor

Il n'y a rien à faire. C'est toujours le même air qui revient. The chords and scales remain the same. Ces dernières semaines quelques uns s'entretuent sur des questions (...) suite

Il n’y a rien à faire. C’est toujours le même air qui revient. The chords and scales remain the same.

Ces dernières semaines quelques uns s’entretuent sur des questions de principe. A savoir si aduler les anciens est une démarche mortifère ou si c’est le seul moyen de continuer à vivre compte tenu de la médiocrité ambiante.

Moi je suis dans un fauteuil, et pendant que je réinstalle ‘dows sur ma machine (activité chiante au possible mais précautionneusement recommandée par mon médecin, une fois par an au minimum ; donc on peut considérer cette manipulation comme “normale” et j’emmerde les possesseurs de mac : si la simplicité et l’efficacité d’une machine étaient des critères importants, pourquoi reviendrions-nous tous au vinyle ?) il y a cette voix familière dans mes enceintes. Une voix agréable et rassurante. Celle de B.B. King.

Le blues est religion. Il se prend en bouche et l’on doit s’y donner entièrement. Le gospel ? Un simple produit d’appel.

One kind favorB.B. King en 2008. Alors oui c’est facile comme choix. Et cliché comme confort. Mais si je vous avais dit que je buvais un Jack number five en soufflant la fumée dans un halo de lumière tamisée, ç’aurait été quoi ? Une icône ? Ou une image d’Epinal?
Riley King s’en fout. Tout ce qui compte à son âge c’est que la petite Lucille Gibson vive encore un peu plus longtemps qu’il ne lui en reste à lui. Et à ce prix là, il est prêt à sacrifier un de ses doigts, le sciant sur les cordes élastiques de cette demi-caisse dont il a la maîtrise. Il est prêt à jouer encore et encore, mourir en studio lui qui a fait ses adieux (du bout des lèvres, presque en le regrettant lui-même) à la scène. Alors il ne compose plus, à 83 ans il ne règne même plus. Il n’existe plus en fait. Il est une voix qui reprends de airs. Et des tunes.

Sur One Kind Favor il tente de son mieux de faire plaisir, ravir un auditoire qui semble avoir oublié jusqu’à sa présence. Vous le préfériez plus célèbre, quand il jouait avec U2 ou (magnifiquement au demeurant) avec Eric Clapton ? Allez vous faire voir.
En fait B.B. s’en contrefiche, il fait ce que personne ne pourrait faire à sa place. Jouer d’un seul trait Big Bill Broonzy ou T-Bone Walker, How Many More Years, ou Blues Before Sunrise en ne prenant que le temps de se passer un mouchoir sur le front. Qui peut se le permettre aujourd’hui ? Donner à Blind Lemon Jeferson un air de reggae (j’ai dis un air ! Pas un remix !) ou de Dr John, qui s’y serait risqué ? Basse devant et orgue chatouilleur, on se promène les pieds dans l’eau et quand le piano se montre plus présent, See That My Grave Is Kept Clean prend des allures de Buena Vista Social Club. Oui voilà en fait, le canonique bluesman chante en attendant la mort mais sans cesser de rire la tête en arrière, et rejoint de facto Ibrahim Ferrer ou Compay Segundo.

Alors ceux qui se gaussent en disant que ressortir un disque pour y mettre des trucs mille fois entendus ailleurs peuvent retourner poster des commentaires sur le débat stérile qui cherche à comprendre ce qu’essayent (vainement et mal) de faire des dizaines de groupes aujourd’hui en singeant ce que d’autres avaient déjà écrit / joué / enregistré / compilé / revendu / cédé pour acheter du bourbon il y a quarante ans. Avant de comprendre par vous même que c’est l’essence du rock. Le carburant j’entends. Jouer les autres.

Le blues ça a toujours été ça : un hommage à des prédecesseurs. Sinon pourquoi revisiter la highway 61 ? Pourquoi s’appeler The Rolling Stones ? Ou Sonny Boy Williamson “II” ?
Parce qu’il n’y a pas tant de blues différents que ça, et encore moins de John Mayall ou de Clapton pour les honorer.

S’il n’y avait qu’une seule belle femme au monde, nous serions de ceux qui irions la voir, jusqu’à ce qu’elle soit vieille et fanée, plutôt que sonner chez ses voisines. Elle s’appellerait sûrement Lucille et dans le creux de sa nuque nous lui chanterions une dernière faveur. See that his grave is ketp clean…

www.bbking.com/


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