Vendredi soir. Paris. Il est vingt heure trente et une centaine de badauds discutent et papotent dans une salle sombre. Sur scène, un homme. Un homme et sa guitare. Qui marmonnent quelques refrains pop. Confusion des genres. Un homme, sa musique, et le public qui discute. Semble se foutre de ce qui se passe sur scène. Bienvenue dans le nouveau monde, où le nouveau défi s’avère d’attirer les foules à soi. La musique engagée débute peut être ici, lorsque Barth s’évertue à monter le son de l’ampli pour faire taire les bavards.
Et Cuchillo donc. Un troisième album pop et sucré. Déblatérer davantage sur les compositions qui s’y lovent serait désuet.
La musique parle plus que les mots. Et puis franchement, ça vous intéresse VRAIMENT de savoir qui a produit l’album, et savoir d’où vient Barth, ses origines et ses regrets, lorsque sa musique ambitieuse se suffit largement à elle-même. Ces pages sont souvent sujettes à discussions, l’ambition, les visions artistiques comme seules armes réelles dans un monde qui… enfin un monde cruel disons-le. Qui l’a toujours été pour les lonely singers, Barth n’est pas une exception à la règle. Les ombres de John Barry, Morricone et Ellliot Smith y flottent en reflet. A part ca, à Paris, les gens discutent pendant les concerts. Et plus aucun moyen de les faire taire.
Barth. Encore un Français qui devra répondre aux accusations (”Et pourquoi chantez vous en anglais? “Et pourquoi ce son 60′ sur les claviers?”). Encore un Français en lutte avec un micro en guise de porte-voix.
J’enfile ma veste, écoute l’album d’une traite, une fois une seule, et file direction Bastille. On n’expliquera jamais assez aux apprentis journalistes l’importance de NE PAS lire les bios et ces artifices qui détournent du propos principal: la musique. “La musique, ça se joue comme la littérature: Couilles sur la table” m’avoue Barth. Voyons ça de plus près..
Où l’on parle de Nick Drake, Céline et de deuxième division…
Je n’ai pas de questions super intéressantes en fait, on va essayer quand même… Tu me noteras à la fin, pour savoir si c’était pas trop ennuyeux.
Si ça peut te rassurer, j’ai eu une nana de chez M6 qui m’a sorti “quelle est ta couleur préférée”. J’ai regardé mon attaché de presse l’air un peu perplexe , et puis j’ai vu que la journaliste rigolait pas avec sa question. Je l’ai regardée droit dans les yeux et lui ai dit: “Comme tes yeux: Rouge”… Mais sinon j’ai eu des interviews très intéressantes, on a beaucoup parlé musique. (Rires)
Et c’est avec ce genre de réponses que tu vas t’attirer une réputation de drogué… bon mais sinon, une question que je me posais en chemin, pourquoi tu fais des interviews en France?
Hein? Parce que mon disque sort en France…..
Mais ce disque il est terriblement anglo-saxon… la production, les arrangements…. C’est taillé pour tous les autres pays, sauf la France!
Je suis d’accord avec toi.
C’est bon on peut arrêter l’interview là alors?
Voila! (Rires)
Mais plus globalement, le son français m’intéresse pas, sauf deux trois musiciens. Bashung, le mec, les paroles, la finesse.. mais sinon ce n’est pas un son qui me bouleverse.
Pourtant à Rouen il semble que vous soyez plusieurs à vouloir vous expatrier Outre-Manche, je pense notamment à Maarten, parti enregistré au Nevada avec Jason Lytle..
Désolé je connais pas. Moi je suis pote avec Steeple Remove, Axel & the farmers, un peu Tahiti 80. Ce débat sur les origines, la question de la langue, c’est un peu comme les concerts. Si tu commences à vouloir te mettre toute la salle dans la poche, tu vas galérer. Alors que si tu donnes un concert pour deux, trois personnes que tu aimes bien dans la salle, bizarrement c’est peut être à cause de ça que tu vas donner un bon concert et gagner le public. C’est pareil pour un album; je me dis que si ça plaît à quelques personnes en France ce sera déja bien. Forcément si je voulais en vendre 100.000 je serais malheureux. Et mon label (Ici d’ailleurs, NDR) se fout pas mal de savoir combien on en vendra. On a déjà remboursé l’album en fait. Maintenant tout le monde sait que c’est grâce aux pubs que tu peux vivre de ta musique. Si tu arrives à placer une synchro pour une pub tu peux penser au prochain album… plus que d’en vendre 100.000 et te taper toutes les émissions dégradantes, talk-show…. Je trouve cela plus digne de prendre aux riches.
En même temps avec ton passé de voleur d’instruments chez Cash-Converters tu aurais presque pu passer à Ca se discute.
Ah non j’ai rien volé. C’est plus vicieux. Je dégradais faussement les instruments pour les acheter moins chers. C’est pas pareil.
Ok. Je ne connaissais pas Barth, et c’est ton troisième album. J’ai raté le coche ou les deux premiers albums sont passés totalement inaperçus en France?
Non non t’as rien raté, le premier on a du en vendre 800 à Londres, avec première partie des Pretenders, succès d’estime Outre-Manche parce que l’album n’est sorti que là-bas. Le deuxième est sorti en France mais produit en Angleterre et niveau ventes c’était pas l’extase, normal on est en France. Et puis là sur Cuchillo ça a l’air de bouger un peu plus. Mais ça ne me dérange pas, car sans être dans le trip artiste maudit, mon ambition reste de faire de bons disques. Quelques fois on me compare à des mecs obscurs français, du genre qui ont sorti 18 albums introuvables sur des micro-labels, moi ça m’intéresse pas. Je veux de beaux albums dont je serai fier dans 20 ans, avec de belles pépites dedans. La preuve c’est qu’on aime ou qu’on n’aime pas.
C’est pour ça que je n’ai pas trouvé LE single sur l’album?
Non je suis d’accord, c’est voulu comme ça. Après ça dépend d’un pays à l’autre.
Ta troisième chanson, Global hero, parle d’un questionnement autour des super-héros du quotidien, c’est quelque chose qui t’intrigue vraiment ou c’est une connerie de bio?
Oui… non…. enfin ça me fait toujours rire les mecs qui t’expliquent d’où vient un morceau alors que tout le monde sait qu’un morceau peut venir de nul part, de ta nana qui t’a plaqué, du morceau que t’as écouté six mois avant et que t’avais oublié, et dont t’as rêvé la nuit d’avant, plus ta boulangère qui t’a foutu le bourdon et du coup tu sais pas pourquoi ton morceau est en mineur au lieu d’être en majeur…Déjà les albums concepts c’est pas mon truc… mais pour revenir à ta question, la pochette plus un des titres parlent d’un héros pas connu. Cuchillo c’est ce truc de l’anti-héros, qui n’est pas bon, pas mauvais, qui se bat au couteau contre les Américains sur-armés, un mec qui bascule toujours de peu vers le bien, sans que ce soit prédéfini. Et puis je me voyais pas avec un pagne sur la pochette….(Rires)
Le côté vintage sur les productions, tu peux m’en parler?
On fait tout à l’ancienne oui, sans que ce soit pour le côté branchouille. Mike ( Mike Pelanconi (Lily Allen, Gregory Isaac, Dub Syndicate, Graham Coxon) ), le producteur anglais, bosse de la même façon. Je bosse de la même façon, avec un petit 8 pistes à bandes. Ca t’oblige à avoir ton morceau fini avant d’enregistrer. Pas de découpes dans la structure, sinon faut deux mois de studio. Les claviers sont aussi super importants, on joue sur l’équivalent d’un Farfisa, au son ultra typé, c’est un clavier acheté chez Cash Converters. Avec de vieilles boites à rythmes, je me sers beaucoup de ces sons. Une espèce d’agressivité second degré, que je mêle aux orgues Hammond, plus généreux, plus soul. Alors ouais ca type 60′, mais j’espère qu’on en reste pas là..
Et une fois n’est pas coutume ta voix éraillée m’ébranle.
Merci. T’aurais du me prévenir, j’aurais fait ma toilette intime (rires). La voix n’a subi aucun traitement, chez moi j’ai une petite reverb’, ça transforme rien, mais Mike préfère les voix mises à nu. A chaque interview on me compare à Lennon, un truc que je ne comprends pas. Je ne vois pas le rapport.
A quel moment tu commences à lorgner vers l’étranger?
Tu sais quand tu es Rouennais tu es presque plus près de Londres que Paris. Un ferry, une voiture et voilà. J’ai été à Londres avant d’aller à Paris. Paris j’ai longtemps trouvé ça trop propre. Si on parle de musique et de comparatifs France/Angleterre, c’est assez frappant sur l’enregistrement des violons. En angleterre, les mecs lisent la partition une fois et puis c’est tout de suite bien. Dès que c’est rythmique, en 5/4 avec batterie jazz, les mecs ont pas peur. En France, il y a un son, rythmiquement c’est une catastrophe, mais il y a vachement moins de vibrato, l’école Michel Colombier, tout ça, vraiment beau… mais pour tout ce qui est état d’esprit, les Anglo-Saxons sont des bosseurs fous, s’il te manque un jack en session, le mec part tout de suite te le chercher tranquille alors que tu perds de l’argent à attendre…
L’album sort en Angleterre?
Non. Pas pour l’instant. Je ne suis pas pressé. Pas grave si ça sort en différé là-bas. Je suis très content de mon disque, je fais une mini-tournée française, je prends mon temps. De toute façon les Français on sait comment ils marchent. Faut attendre d’avoir un papier dans le Sunday Times ou dans Dazed & Confused pour qu’ils s’intéressent à toi. Ca a été mon cas.
Bon, donc tu rentres pas dans mon angoisse du musicien français qui sont dans la course aux cachets pour devenir intermittents du spectacle?
Ah, ça me fout des angoisses ce truc. Si j’ai pas une pression tous les mois pour payer mon loyer ça m’inquiète. Dès fois ça veut dire faire un générique pourri pour la TV mais pour moi c’est important. C’est plus facile d’être intermittent, avoir à remplir des papiers tous les quinze jours…
Plus important que ton album, et la déontologie musicale dont tout le monde se fout…. une dernière question: une légende court sur Cash Converter, disant qu’on y trouve, ou trouvait, des pépites d’instruments pas chers, d’une qualité rare. Tu confirmes?
Au début c’était vrai. La première année. Tous les mecs qui n’y connaissaient rien lâchaient tout à Cash Converter à des prix dérisoires. J’ai récupéré des claviers à 200 balles, qui en valaient dix fois plus. C’était il y a cinq ans. L’avenir de l’arnaque c’est les vides-greniers, tu peux encore y trouver des choses très intéressantes. Sinon le matos je m’en fous un peu, là j’ai acheté une belle guitare, une Guild 1967 rouge, à un amerloque sur Ebay. C’est du matos que tu trouves plus ici.
Bon ben… j’ai plus de questions. Ca va? Ca t’a plu cette interview?
Je sais pas…. Je te rappellerai juste deux choses importantes. La première c’est que le bar où on est (L’industrie, à Bastille, NDR) n’est intéressant que pour ses serveuses, et que ça fait une heure qu’on est en terrasse à se geler parce que tu fumes comme un pompier. Je te mets 0/20.
Bon ben salut. Maintenant je vais écouter le disque. Enfin…le découvrir.
Ca me fait penser qu’un jour j’ai trouvé mon premier album chez Gibert, alors qu’il était introuvable… à deux euros. Ca fait un coup au coeur.
T’as fait quoi à ce moment là?
Je l’ai acheté. J’en avais plus.
Barth // Cuchillo // Ici d’ailleurs
http://www.myspace.com/barthroom




ETRE DIEU
ce garçon m’a humilié aux fléchettes dans mon bar de quartier et je ne lui en tiens pas rigueur. faut il que je l’aime !