N’allez jamais à un concert des Kinks avec un fan des Ramones - Part one
Il y avait dans l’air quelque chose de bizarre, cette soirée du 8 décembre 1980. Je l’avais commencé au Pavillon Baltard de Nogent sur Marne. Les Kinks s’y produisaient. Autant le dire tout de suite, leur concert fut exceptionnel. Une des dernières occasions, sans doute, d’entendre des Kinks à la hauteur de leur légende.
Dave Davies était encore mince et nerveux. Sanglé dans un cuir noir, armé d’une Les Paul Black Beauty, le modèle à trois micros, il redéfinissait la notion de guitar hero, reléguant loin derrière tous les autres.
Mais Ray Davies n’était pas en reste. Loin de là ! En fait, il a surgi le premier, comme un dément, traversant la scène en courant. D’emblée il attaquait un riff : All Day and all of the Night (ou l’un de ses avatars). Veste grise, chemise claire et Gibson Melody Maker, il était parfait lui aussi.
Mick Ivory était encore là. Le seul Kinks qui ne semblait pas kinky sur les vieilles photos. D’ailleurs, quand il était venu passer l’audition pour entrer dans le groupe, il avait annoncé la couleur : «J’aime bien votre musique, les gars, ça, y’a pas de problème, mais je vous préviens, il est hors de questions que je porte ces putains de cuissardes !»
Le concert s’est déroulé comme devraient se dérouler tous les concerts, l’impression de filer sur une motorway, dans une MG décapotable, avec la désagréable impression qu’on va arriver à destination beaucoup trop vite. Un de ces moments où un certain mélange de sueur et d’électricité produit cette excitation si particulière, communément appelée « rock’n’roll ».
Et Dave, qui en rajoutait ! Volant la vedette à Ray, dès qu’il en avait l’occasion, chantant même quelques titres solos. Ils ont conclu par You Really Got Me, un morceau que pas mal de gens, à l’époque, croyaient écrit par Van Halen. Comme si ce pauvre David Lee Roth et son Barnum pouvaient écrire des trucs pareils !
Comme dans la salle, personne n’avait l’intention de partir, ils ont compris qu’ils feraient mieux de rebrancher leurs guitares et de tout reprendre depuis le début. Ils sont revenus, aussi frais que deux heures plus tôt et, WHAM-BAM !, c’était reparti.
Le tout dernier morceau qu’ils ont joué, et c’est là où ça devient étrange, était : Twist and Shout…
Vous voyez le topo ? Cette date : le lundi 8 décembre… Le soleil est couché depuis longtemps à Paris tandis qu’il se lève à New York. Or, Twist and Shout était l’un des morceaux de bravoure des early Beatles, à Hambourg. C’est tellement étrange que les Kinks aient conclu précisément sur ce morceau. Que ce vieux groupe des sixties ait poussé ce dernier cri, « Shout ! », dans la nuit, alors qu’au même moment, un cinglé abattait John Lennon, de l’autre côté de l’Atlantique…
Quand j’y repense, j’éprouve une sensation bizarre. Comme si une malédiction avait plané au-dessus de la planète et avait finalement décidé de s’abattre sur New York. Après avoir longtemps hésité.
Même les Kinks, n’y pouvaient rien changer. L’explosive version de Twist and Shout qu’ils délivrèrent ce soir-là, avec toute la rage des bad boys de Muswell Hillbillies qu’ils étaient restés, ne pouvait suffire à repousser les velléités meurtrières d’un petit homme replet et timide, qui attendait depuis l’aube devant le Dakota, sans se soucier du froid, une copie de Walls and Bridges sous le bras, un Bic accroché à ses doigts bleuis.
6 commentaires
en fait, je suis un peu dur : en 1985, au même endroit, il restait quelques éclairs…
En revanche, nous avons manqué le vrai “retour” des Kinks, quelques années plus tôt, à Mogador (76, 77 ?…).
Voilà qui est, comme on dit techniquement, bien torché.
sur un plan purement technique, votre commentaire appelle des remerciements que je n’hésite pas à formuler, Mr King.
Une petite chose cependant….quand le soleil se lève sur NY au mois de novembre il n’est que 13h00 à Paris….
je savais depuis le début que quelque chose clochait avec le problème du décalage horaire…




ETRE DIEU
Un bon concert des Kinks, alors là, je donnerais bcp pour avoir vu ça…