Printemps pourri, pas d’hirondelles venant du sud… mais pour le coup un drôle d’oiseau avec l’accent Ostendais m’attendait. Arno sors un nouveau disque, que des reprises mais tel un Manneken-Pis changeant de vêtements il reste que ses versions sont pour le moins surprenantes, déroutantes mais profondément humaines, à son image.
Covers Cocktail que ca s’appelle. Pas un vrai nouvel album à proprement parler. Beaucoup de choses enregistrées depuis 20 ans, peu de nouveautés, peu de surprise. Mais un éclectisme en guise de porte de sortie, pour le cinquanternaire continental dont vos mères craignent encore qu’il ne soit leurs beau-fils. Un moindre mal, par les temps qui courent.
Arno : Salut, désolé j’ai dormi 4 heures, j’arrive d’un concert au Luxembourg et je repars dans 20 minutes pour Bruxelles.
Muntz : Okie, j’irai vite alors. Ton album commence avec une reprise d’une chanteuse canadienne, chantée par un Belge et un Suisse, ça sonne un peu épitaphe de la musique française.
Hum j’avais pas pensé à ça, ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui les mecs prennent pas de risques, il n’y a plus de rage, d’anarchie tout est pareil, on est dans un machin où il ne se passe rien. Les mecs n’ont pas de tripes.
Ce qui est sûr c’est que ça fait longtemps que la France ne produit pas une chanson comme La femme qui est dans mon lit, c’est sublime plein d’émotion est en même temps, c’est très subversif l’amour pour une prostitué vieillissante. Là, tu as des mecs posters ça pose beaucoup mais compose pas tant que ça…
C’est comme ces conneries genre pop idol, tout est formaté, les mecs ont la même coupe que leurs grands-pères ; les mêmes fringues, pas de créativité pas d’imagination. le système est organisé et rien ne lui échappe personne ne prend de risques, je ne comprends pas, ils se foutent de tout, déshumanisation totale. Ils ont aucune imagination alors ils reprennent les tubes des années soixante dix et puis les 80… et bientôt ils en seront à reprendre des reprises.
Je ne sais pas ce que tu as changé aux chansons, parce que pour la plupart je les avais entendues des milliers de fois. Mais pour la plupart c’est la première fois que j’écoute vraiment les textes.
C’est l’atmosphère, je joue la musique en blues ou soul et du coup la chanson prend une autre dimension, elle te touche autrement, c’est important de voir les choses de plusieurs manières.
Ubu, un tout petit pays aussi plat qu’un plat, ça me fait penser à la Belgique, avec tout ces Ubus qui veulent le pouvoir. En tous cas la Belgique a prouvé qu’on pouvait s’en sortir sans gouvernement.
C’est une chanson d’un Hollandais (Dick Annegarn, NDR) il connaît le truc. Pour la situation en Belgique, les gens ils ne veulent pas de séparation; c’est juste un petit groupe d’’extrême droite qui veut faire son business.
Par contre j’imagine sans problème une séparation de la Flandres et la Wallonie un hymne national composé par Arno, ça aurait de la gueule.
En fait ça n’arrivera pas, on est neuf millions si on se sépare c’est foutu, les gens l’ont bien compris et tout s’arrange, heureusement, parce que ça me rend vraiment malheureux. L’Europe est mal barrée. Regarde Berlusconi qui revient au pouvoir, l’extrême droite est là.
En écoutant Knowing me knowing you (qui pour moi est la meilleure chanson de l’album) j’ai pas pu m’empêcher de t’imaginer à l’époque danser avec le look disco.
C’est marrant, en fait justement c’est ce qu’il s’est passé: j’étais en boîte, sauf que j’étais au bar et je voyais les gens qui dansaient sans rien comprendre. Parce que tu vois, la musique est cool mais les paroles c’est autre chose . Il y a un décalage entre le rythme festif et ce que ça dit.
Les gens ont une image de toi qui me semble incomplète. Par exemple quand j’écoute ta reprise des Kinks on sent une putain de sensibilité à la limite de la souffrance, de la déchirure.
Pour death of the clown par exemple c’est une chanson triste à la base. Alors j’ai juste laissé couler. Il y a un drame, là dedans, le côté triste, la mort tout ça. Je crois que chaque chanson a une histoire et que nous aussi on a une histoire. Alors tu te contentes de suivre le truc et de voir ce que ça donne.
All the young dudes, Mirza, entres autres sont des reprises que tu as faite il y a un bail. Comment ces chansons sont elles devenues une compilation ?
Jean Genie en fait est la seule chanson qui ne soit pas mon idée, c’est Beverly Jo Scott qui me l’a proposée, mais en fait le disque c’est pas moi qui y ai pensé mais l’idée m’a plu… alors j’ai dit okay.
Comment fait-on pour donner une ambiance aussi personnelle sur un disque de chansons écrites par d’autres ?
Quand tu écoutes une chanson tu la ressens à ta manière. Knowing me knowing you je la joue blues gospel. Avec beaucoup de mise en scène. On fait le silence total je dis “knowin me”, j’arrête, je les regarde, ils me regardent et ils continuent la chanson, c’est un truc très fort à cause de l’atmosphère. On communique avec le public. Il y a un échange. On partage l’émotion.
N’empêche quand tu te pointes avec un disque où serge Reggiani côtoie les Kinks ou ABBA, le gars de ta maison de disque a dû s’étouffer comme un footballeur avalant une abeille.
Ha en fait, moi j’écoute les Beastie boys, Moustaki, Artic Monkeys ou n’importe quoi. La musique n’a pas de frontières, je fais ce qu’il me plaît, c’est mon choix et donc … (sourire entendu)
En gros c’est la compile que tu emmènerais sur une ile déserte, mais imaginons que tu doives vraiment partir pendant six mois sur une île déserte, si tu avais le choix entre emmener une belle musique ou une femme laide tu prendrais quoi ?
Aaah tu sais, je suis un homme je préfère même une moche marrante qu’une belle chiante (Texte d’une des chansons du dernier album d’Arno, Jus de Box, NDR)
Tu as une double actualité, musique et cinéma. On dirait que tu as enfin brisé la malédiction qui poursuivait tes films : J’ai toujours rêvé d’être un gangster marche très bien.
J’ai pas vu le film et toi ?
Non mais on m’a beaucoup parlé de la scène avec Bashung aux toilettes Je suis sûr que tu as déjà vécu ça, après un concert, courir au toilettes et te faire harceler par un gars bourré…
(Pensif) Oui mais c’est un truc que j’ai fait, comme ça il y a deux ans, ça sort maintenant, (pensif) alors la scène est comme ça…
Je t’ai decouvert à l’epoque de Putain, putain c’est vachement bien on est des Européens. Tu as pas peur depuis l’euro de te faire lyncher quand tu chantes ça ?
(Rires) Ho putain oui mais cette chanson je l’ai écrite dans les années 80! C’est pas ma faute tout le bazar… Est-ce qu’Arno devrait être mis sur la liste des espèces en voie de disparition catégorie hommes libres ? C‘est bizarre c’est une chanson que je ne joue plus depuis, longtemps mais elle a marqué les gens, et tu sais pourquoi ? Sans doute parce que c’était le premier clip grand public et que c’est par la que les gens ont découvert Arno à la télé .. Oui hum ça me fait penser a quand j’étais au Maroc en 70 , les mecs faisaient comme a la télé, ils partaient là-bas boire du whisky coca… c’est nul, moi je les regardait en me disant “ils ont vraiment rien compris”… alors je partai et trainai avec des vieux fumer. Les mecs les plus intéressants sont des voyageurs, toi c’est quoi ta plus forte expérience da voyage ? Moi j’ai appris une chose c’est que où que tu ailles il y aura toujours des cons, la connerie est universelle… tu sais les gens sont gentils… mais ils sont aussi cruels…
Le groom se pointe, taxi est arrivé. On se sert la pogne, Arno part puis se soudain se retourne et me lâche ” si tu fais des betises tu penses a moi hein!”. Un bon gars cet Arno.
Photos par Muntz Termunch
http://www.myspace.com/arnomusic
6 commentaires
un footbaliste qui aurait avalée une abeille. c’est ce qu est arrivé a Arno en ce rendant à un match… c’est comme ça que tout à commencé
N’empêche ca vire un peu brève de comptoir votre dialogue, ce qui,pour un album de Cocktail Covers, est assez cohérent.
arno rules, pour sûr ! joli titre d’article au fait, même vac “mon métaphysique des teubs” (cf. l’itw d’hpg) j’en suis presque envieux ![]()
rendont a cesar ce qui est a cesa… le titre brillant ne effet n’est pas de moi
et puis bon, mista magic Fesson sans flagornerie, t’es tellement largement au dessus de moi que nous comparer serait déprimant… parce que Sylvain rules too. je t’ai vu a l’oeuvre et fu impréssionné
C’est vrai qu’il est bon ce titre.
A part ca, vous avez fini tous les deux de vous faire des courbettes?




ETRE DIEU
hu Bester S.O.S. il y a plantage