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ARCAHUETAS, THE CRAFTMEN CLUB A tooth in less

Dans le paysage musical plus que sinistré de la scène rock française, il existe encore des groupes qui font de la résistance et désinfectent à grands coups de (...) suite

Dans le paysage musical plus que sinistré de la scène rock française, il existe encore des groupes qui font de la résistance et désinfectent à grands coups de rythmes fracassants l’Hexagone de toute cette pop gluante braillée par des kids furonclés ou des vieux beaux en mal de reconnaissance qui l’ont trop longtemps contaminée. Et ça fait du bien. Chronique d’une soirée à la Flèche d’Or, le mors aux dents et le Spirit of Rock en pleine face…

  • - Ça va?
  • - Hin, hin.
  • - Encore deux petites minutes et je vous retire tout ça, O.K.?
  • - ‘Erchi.

DING-DING-DONG-DING-DONG !!!

  • - Ah! Excusez-moi. Téléphone. Bougez pas, hein?

(Abruti.)

Le tortionnaire à blouse blanche qui massacre ma dent depuis vingt minutes s’éloigne, accaparé par son téléphone portable. A deux minutes de la libération, crac, une annulation. Le sadique a décidé de me torturer jusqu’au bout. C’est dégueulasse.

Lecteur mon ami, ce mardi 04 novembre est un grand jour car il marque le retour de la Flèche d’Or aux fondamentaux du Rock’n'Roll - on n’y croyait plus - et accessoirement le grand retour pour moi chez mon dentiste.

En effet, depuis cet instant maudit ou une part de pizza plus traître que les autres s’était emparée lâchement d’une de mes couronnes dentaires - brutalement kidnappée par une montagne de gorgonzola et de peperonni - je vivais dans la peur d’une confrontation malheureusement inéluctable avec le bourreau à la roulette satanique. Anxieux, j’avais donc préféré me changer les idées en regardant un DVD, au hasard La petite boutique des horreurs.

Confortablement installé sur mon canapé troué, bière dans une main et cigarette dans l’autre, je suivais, amusé, les péripéties du héros quand je tombai soudain sur cette scène particulièrement éducative :

Très impressionnant. On s’y croirait.

Le lendemain, je déposai définitivement au fond du placard ma mythique veste verte de chroniqueur et mes légendaires Doc’ marron qui avaient bâti ma légende d’autrefois, celle ou j’étais encore beau, pour cause de déchéance faciale insoignable (pas fou) et j’entrevoyais déjà une alternative professionnelle intéressante, la seule que me permettait cet espace béant entre deux molaires : décapsuleur humain pour les Gonzaïmen. Le destin était en marche, j’avais rendez-vous avec l’Histoire.

Quarante-huit heures après cette stupéfiante prédiction, je m’installais dans le cabinet infernal, victime consentante de l’Ecorcheur de gencives. Comment en suis-je arrivé là ?

Parce que ce 04 novembre, ami lecteur, se produisent sur la même scène les deux bands français parmi les plus talentueux de la planète rock : Les bordelais d’ARCAHUETAS et les bretons du CRAFTMEN CLUB. La façade Ouest de l’Hexagone débarque à Paris avec toute sa puissance, sa rage et sa maîtrise diabolique du riff, et c’est un événement qui ne se rate pour rien au monde. Nash is back. Avec une nouvelle dent. Voilà ce qu’est un gonzaïman, lecteur. Un type qui n’a peur de rien ni de personne. Purifié par la douleur, il se grandit dans la souffrance.

Une poignée d’heures plus tard, sur la route qui me conduit à la Flèche d’Or, je suis perplexe. Le gestapiste au crochet n’a pas cru utile de m’accorder cette nouvelle molaire tant espérée et je reste donc défiguré (tout ce sacrifice pour rien, snif). I’m back, I’m back, d’accord, mais sans dent, ça va pas être facile.

Mais je ne suis pas un gonzaïman pour rien. Si l’autre forcené à la blouse blanche pensait m’atteindre avec ses méthodes de fascistes, il se trompait lourdement. Stoïque, je me dirige d’un pas martial vers l’entrée de la Flèche d’Or en me martelant mot pour mot cette phrase qui deviendra la pierre angulaire de ma résistance mentale : « Courage, vieux, dans dix minutes tu vois les farouches gars de l’Ouest »

Les farouches gars de l’Ouest momentanément absents pour cause de prise de pintes prolongée au saloon d’à côté, je décide de me rabattre sur le groupe en scène : BEN BORN. J’en profite aussi pour me rabattre sur une bière car je suis un outlaw.

Au final, j’aurais dû me rabattre sur une boite de Guronzan.

Les franco-norvégiens déroulent un set folklisant à l’excès, pas mauvais si on aime ce genre et même plutôt bien maîtrisé, tant techniquement que dans les lignes mélodiques, mais alors aussi dynamique qu’un chamallow obèse. C’est mou, très mou, très très mou… Un peu dans la lignée d’un Josh Rouse par exemple, mais en plus lent. C’est dire la puissance soporifique du band.

Pendant le break, je recouvre une partie de ma tonicité vampirisée par Ben Born grâce à l’action conjointe d’une bière, d’une cigarette (pratique, finalement, ce trou à la place de la dent) et de la stimulante histoire racontée par Pierre de sa confrontation d’avec des ours pygmées et pornographes, là-bas à Newcastle. Les musiciens d’ARCAHUETAS, quant à eux, finalisent le dernier line-check qui permettra de justifier dans les secondes qui suivent la très grande qualité musicale de ce band venu de l’Ouest.

Le set démarre par un Militants un peu timide mais d’emblée, le combo bordelais affiche une classe et une maîtrise supérieures, et ce malgré d’évidents problèmes de retour en façade des micros - problème récurrent et de plus en plus pénible à la Flèche d’Or. Très vite cependant, Arcahuetas amène sur du velours son univers musical où l’utilisation de bottleneck, de Dobro, de violon, de banjo ou encore d’harmonica fait respirer au public parisien des flagrances « 16 Horsepoweriennes » très dominantes. Public parmi lequel j’ai pu réaliser cette étonnante vidéo.

De A la Errol Flynn à Fumel, en passant par Goût amer, Servitude ou Prince, l’inspiration sonore qui se dégage tout au long du set est très clairement Rock/Country/Blues/Bluegrass, jusqu’au final et à cette superbe reprise de Big Joe Williams : Baby, please don’t go, dynamisée par l’excellent harmonica du frontman Gregory Desgranges (donc plutôt la version de Bob Dylan, mais alors couplée avec celle plus pétillante d’AC/DC) et l’on comprend très vite pourquoi Arcahuetas assurera le 11 décembre prochain la première partie du très puissant Woven Hand au Krakatoa de Mérignac (Woven Hand dont le chanteur n’est autre que David Eugène Edwards, l’ex-leader du 16 Horsepower). Authentique et sincère, ce groupe aux textes intelligents apporte au rock français une plus-value aussi intéressante qu’inattendue. Il était grand temps.

Deux bières plus tard, je retrouve l’espace scénique et dès les premières mesures de MADAM JESUS, je sens que la demi-heure suivante va être longue et mortelle.

Le set est effectivement long et mortel. Sombre et dépressif, répétitif, pas vraiment ficelé techniquement et corseté dans des poncifs rythmiques. Sans relief. Plat comme l’encéphalogramme d’une courgette. « Inutile de chercher chez Madam Jesus le désir de révolutionner le rock » précisait le flyer de la Flèche d’Or.

Inutile, effectivement.

J’en suis à réfléchir à l’éventualité d’expédier le E.P de ce truc glauque à mon dentiste pour lui faire comprendre que, attention, faut pas déconner : moi aussi je peut être un expert dans l’art de la torture quand débarquent sur scène trois bretons qui vont donner à tout le monde une furieuse leçon de rock’n'roll.

Il ne faut que quelques secondes au CRAFTMEN CLUB pour déverser sur la Flèche d’Or un raz-de-marée d’énergie viscérale et de riffs terriblement accrocheurs. Le Machine gun qui lance le set donne le ton et place la barre très haute - quasi inaccessible pour les bands français actuellement - dans ce que doit être un vrai live. Tout est maîtrisé, tout, de l’occupation de l’espace scénique au tapis musical (loin d’être évident quand on utilise des samples qui n’autorisent pas la moindre erreur dans le jeu ni dans les rythmes). Le morceau au titre de circonstance mitraille le public de projectiles sonores tous plus efficaces les uns que les autres. Incontestablement, The Craftmen Club est LE groupe de la soirée. Puissant, envoûtant, rageur, inspiré, efficace, ce band est très largement au-dessus du lot dans l’univers rock français. C’est une pointure.

I can’t get around, Desert Land, Gary blood, When I try… les morceaux s’enchaînent sans faille ni incohérence et les sonorités qui se dégagent de cette set-list sont d’influences très nettement américaines : Gun-Club (majoritairement), John Spencer Blues Explosion ou Violent Femmes. Marco (basse), Yann (Batterie) et Steeve, le très charismatique chanteur et guitariste forment un groupe soudé, un vrai, ça se voit et ça s’entend. La prise avec le public est immédiate. Public parmi lequel j’ai pu réaliser cette étonnante vidéo.

On remarque bien, je trouve, l’incompétence crasse du réalisateur qui n’a pas été capable de conserver plus de quinze secondes d’espace disponible sur sa carte-mémoire…

Le final qui suit un White Dog furieusement endiablé marque la fin du set dans le plus pur style craftmenien : chanteur sur la grosse caisse et nouveau guitariste sur scène (un type lambda du public) et je me dis que non, c’est pas possible, je ne peux pas offrir à ma future chronique (celle-là même que tu lis maintenant, lecteur) seulement quinze secondes de live du génial trio guingampais, dont l’album sortira le 19 janvier 2009 (et aucun doute pour moi, je l’achèterai).

Il était une fois le rock dans l’Ouest : ARCAHUETAS, THE CRAFTMEN CLUB. Ou le vrai esprit du rock.


14 commentaires

Qui est le salaud qui a amputé mon aticle ? Comment ça il était trop long ?

Commentaire par Nash, le Lundi 10 novembre 2008 à 6:33

Arrête sinon je coupe aussi ton commentaire.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:02

Création ce jour d’un mouvement de soutien aux chroniqueurs amputés!!! Déjà qu’ils ont des problèmes dentaires, faudrait voir à pas trop les laisser s’affaiblir…
Quelle sérieuse et très hygiénique chronique Nash darling… ;-)

Commentaire par Sarah Connor, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:34

Ah mince, le Boss… Nan, en fait, t’as eu raison, chef. C’était trop long, si, si… (Dis, Sarah Connors. Tu pourrais me prêter ton cyborg deux minutes, s’il te plaît ? J’ai un truc à faire, au bureau…)

Commentaire par Nash, le Lundi 10 novembre 2008 à 11:00

nash, un seul mot….

merci ..

et aussi t’es con de pas être venu nous voir on t’aurait offert une bière pour rincer ton absence de dent….
je ne suis pas sûr que ce soit recommandé par la
congrégation des dentistes français cela dit….

au plaisir!!

greg

Commentaire par greg, le Lundi 10 novembre 2008 à 23:07

Ouaip, Arcahuetas respire les grands espaces, même si l’aller-retour depuis Bordeaux leur a coûté plus cher que la petite pépite d’or (quid?) offerte par la Flèche.

Commentaire par Jack Daw, le Lundi 10 novembre 2008 à 0:18

Et oui,mon Jack ! Faut croire qu’il est d’origine écossaise, le trésorier de la Flèche. Ou auvergnate. Vivement un plateau organisé par White Veranda où les artistes seront rémunérés moins honteusement.

Commentaire par Nash, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:51

si, si, une bière, Greg. john Wayne soignait bien ses morsures de serpents en buvant du whisky alors une dent, hein… Avec une bière, y a pas de problème. J’étais pas très loin de vous, remarque, après votre concert, dans la smoking area. Quand je pense que j’ai été voir Madam Jesus plutôt que de vous interviewer… Ridicule, je suis ridicule…

Commentaire par Nash, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:56

nooooooooooooon , tout le monde peut se tromper….
madam jesus, ça sonne bien au niveau du nom….

:-)

Commentaire par greg, le Lundi 10 novembre 2008 à 20:21

Même pas, je trouve. Enfin bon, on fait tous des erreurs… Ceci dit, y a un moyen d’éviter ce genre d’erreurs en évitant ce genre de programmation qui part dans tous les sens : il y a une assoc sur Paris qui est en train de construire quelque chose d’assez énorme pour offrir des plateaux cohérents et de qualités : White Veranda (c’est le nom de l’assoc). Tu peux aussi avoir des infos par le myspace de “The Crow & The Deadly Nightshade” (http://www.myspace.com/tcatdn). Ah, vous revoir sur scène avec le Slim Cessna Autoclub par exemple !(en contact très serrés avec White Veranda). Maintenant que j’y pense, Greg, le Slim Cessna est pote avec Woven Hand. Bravo, les mecs. sur ce coup, vous avez assuré. Je prédis déjà un set inoubliable, voire un boeuf avec DEE…

Commentaire par Nash, le Lundi 10 novembre 2008 à 20:54

Merci Nash de nous faire revivre cette soirée.

Mais libérez la fin de l’article !!!!

Bordel !

;-)

Commentaire par Paco, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:40

Oui enfin question Slim Cessna’s Auto Club, aucune salle ne veut bien les accueillir… nous sommes dans une “mine sans fond”… Avis aux généreux donateurs de pépites !!!

Commentaire par Jack Daw, le Lundi 10 novembre 2008 à 7:35

et la fin de l’article????

Commentaire par jj rebi, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:53

Vive le Craftmen Club!!!

Commentaire par karlito, le Lundi 10 novembre 2008 à 10:55

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