Il est déjà assez rare de voir Aqua Nebula Oscillator sur scène, alors quand il s’agit de les croiser en plein jour, histoire de leur poser quelques questions…les photographes se battent pour les avoir dans leur objectif.
A 18h00, je suis donc devant La Mécanique Ondulatoire, un bar bien connu des amateurs de grosses guitares de la capitale, où ANO doit jouer ce soir. Là, je pensais les trouver en pleines balances mais le patron du bar m’avertit : « Ah vous savez les beatniks, il ne faut pas les attendre à l’heure. Repassez plus tard ». Entendu. Beatniks peut-être, mais encore plus sombres que le costume d’un Burroughs un jour d’enterrement.
Aqua par Gaelle Riou KerangalEt c’est bien une heure plus tard que David, le nez sur le volant, déboule et manque ainsi de m’écraser sous son van noir cahotant, surmonté d’une sirène de pompier. Une vraie descente de rockers déglingués comme on en fait plus. Un instant, je pense avoir rendez-vous avec Black Sabbath. Ou mieux : Hawkwind. D’ailleurs, plus tard David ne me cachera pas son admiration pour ce groupe éternel. Je comprends où il veut en venir.
Oui, ANO est un groupe intersidéral, totalement à part dans la galaxie rock actuelle. Le citoyen français lambda les appellerait freaks. Ou encore têtes brûlées. Mais je sais qu’en réalité, ANO se trouve du bon côté du panneau solaire. Pour s’en convaincre il faut croiser le regard de David, leader du groupe : ses yeux qui ne se ferment jamais vous persent comme pour extraire de votre corps toutes les énergies négatives et en faire de l’électricité brute.
Moi je sais qu’en réalité ANO se trouve du bon côté du panneau solaire.
Je ne les ai jamais rencontrés mais comment ne pas les reconnaître ? Les membres d’ANO semblent tout droit sortis d’un film de vampires tourné dans les égouts de la ville. Le vêtement est noir, le cheveu est long et le jean serré. Pas du tout l’air d’être là pour déconner. Ils ne s’habillent pas pour faire beau ou pire, rebelles. D’ailleurs, David m’explique que c’est lui-même qui a fabriqué ses chaussures de bouffon du XIV° siècle et que ça ne le dérangerait pas si un jour tout le monde portait les mêmes ; tant que c’est lui qui les fabrique. Ils sont eux-mêmes. Aqua Nebula Oscillator, groupe sombre né pour transpirer de l’électricité et du chaos.
Quand on parle de vous on parle beaucoup d’une certaine cave aux allures de catacombes…
David : Oui, une cave du XV° siècle. D’abord parce que c’est le seul moyen de répéter à Paris et puis comme ça personne ne te fait chier. Et puis c’est aussi une question d’ambiance. Je deviens vite dépressif dans un appartement entièrement peint en blanc.
Et vous ne vous sentez pas un peu seuls parfois… je veux dire, par rapport à la scène psyché en France ?
aqua-nebula-par-dimitri-costeANO : On ne peut pas vraiment parler de scène aujourd’hui. D’ailleurs s’il y avait une scène, il y aurait plus de monde à nos concerts. Et puis on n’est pas un groupe psychédélique puriste. On est touchés par d’autres choses : le rock’n’roll, le punk. On vient tous de milieux musicaux différents, et le groupe c’est une union de tout ça. En fait on serait plutôt punkadélique.
Vous me faites un peu penser au Velvet…quand à Los Angeles il y avait les hippies ; de l’autre côté Lou Reed et ses copains étaient dans un trip bien plus violent et sombre.
ANO : Oui c’est ça. On essaye de faire un truc différent.
David, je crois que tu ne lis pas les journaux et ne regardes pas la télé…
Non. Je ne connais pas les groupes non plus.
Pourquoi ?
Ca ne m’intéresse pas. J’essaye plutôt de me focaliser sur mes chansons. Le but est de faire ce que tu as envie, sans être influencé.
On entend quand même bien les 13th Floor Elevators sur votre album…
Ah oui ! Mon rêve est de jouer avec Roky Erickson.
Pas peur de terminer fou comme lui ?
David : On l’est déjà. Et puis je ne crois pas que la folie existe. Roky Erickson il n’est pas taré, il est juste différent quoi. C’est parce qu’il parlait trop de lumière et de LSD qu’il s’est fait mettre à l’hôpital. L’histoire des trips qui rendent fou, je n’y crois pas. Le LSD ça ouvre des portes…il suffit de pas ouvrir la mauvaise.
Comment vous êtes reçus au pays de Georges Brassens ?
ANO : Plutôt bien finalement. Ca vient du fait qu’on n’est ni psyché, ni punk, ni garage. A nos concerts il y a toujours des personnes différentes. C’est plutôt bon signe. Après, c’est spur qu’on ne peut pas toujours jouer partout. Mais tant mieux. En fait on s’en fout de là où on joue, on veut juste jouer souvent.
Aujourd’hui c’est devenu assez cool de se revendiquer underground, contre culturel, rebel, ça vous inspire quoi ?
aqua-splashANO : C’est comme ça depuis toujours. Tu regardes les Sex Pistols où n’importe quel artiste un peu taré, tout le monde les idolâtre. Actuellement c’est un revival. Tu regardes le Velvet à l’époque, ils jouent seuls, il n’y a quasiment personne devant eux. C’est après que c’est devenu à la mode.
Aqua Nebula ça existe depuis dix ans, donc si quelque chose avait du se passer à ce niveau, ça serait déjà fait. Les erreurs seraient faites. Ce groupe, ce n’est pas un revival. Il a changé de membres sans arrêt. Il y a dix ans, on ne faisait que jouer dans une cave. Ca avait quelque chose d’un rite initiatique. On ne faisait pas de concerts. Aujourd‘hui, comme les membres sont différents, chacun apporte sa propre touche. Donc notre son comme notre groupe évolue tout le temps.
Ca vous emmerde toutes ces choses sur Mai 68 en ce moment ? Vous auriez fait quoi à cette époque ?
David : Musicien de jazz… Non je crois que j’aurais tout cassé. Le problème c’est que les gens qui en parlent aujourd’hui ont mal vieilli. Ce sont des frustrés d’une révolution qui n’a pas marché. Mais on est un peu les enfants de cette période.
Shazzula : Ah non pas moi. Ma mère a fait 68, c’est une taré.
David : J’adore le côté révolutionnaire. Je déteste tout ce qu’il y a autour de moi. Je voudrais des champs, des forêts avec de l’eau qui coule.
Pas très punk tout ça…
David : Moi j’aimerais vivre dans un trou au Mexique, frapper sur un bout de bois en prenant du peyotl.
Vince : Ouais…moi je suis quand même plus urbain.
Bon au final… Vous êtes un groupe underground ?
David : Non, on est Hyderground. Nous sommes comme une vague nauséabonde.
Vince : En fait je n’ai pas l’impression d’être si underground que ça. Notre musique ne fait que sortir de cette ville. Même si au départ c’est sûr qu’on ne fait pas de la pop harmonique pour la FM.
Et le jour ou vous serez vieux ?
Rien à foutre.
David : C’est sûr que je ne vais pas rester vingt ans à faire de la musique. C’est juste une vague, après je me barre au Mexique. Le tout c’est d’être heureux, sans savoir ce que tu feras demain.
Vous pensez quoi de l’écologie ?
David : J’en ai rien à foutre parce que je sais très bien que l’espace et les planètes c’est un cycle. Donc si on nique tout, ça recommencera… c’est éternel. Comme c’est la terre qui nous régit, en la détruisant on s’autodétruit. Et comme je n’aime pas l’humain je m’en fous.
Le prochain album est en préparation ?
ANO : Il est fait ! On a gardé les oscillations et le côté spatial mais au lieu d’être assez lent et psychédélique, là c’est plutôt le mur du son. On n’est plus là pour faire rêver mais pour mettre une tarte dans la gueule. Il est plus sauvage. C’est punk-a-dé-lique.
On est Hyderground!
Vers 22 heures, on annonce le début du concert. Petit à petit le public descend dans les entrailles de la Mécanique, comme des zombies attirés par les courants telluriques émis par Shazzula et ses machines. La décharge sera courte mais intense. C’est le moins qu’on puisse dire. On passe une heure à regarder ANO se défouler : David malmène sa guitare et corrige son clavier ; Simon sort des lignes de basse à son image : inquiétantes et colossales; Vince joue comme un batteur de free jazz, toujours à la limite de l’improvisation. Sentiment renforcé par les problèmes techniques et le volume surélevé.
Quand on remonte à la surface on ne voit plus très clair. Le monde civilisé paraît bien inquiétant. Nos joues sont rouges et nos regards sont hébétés. On se demande d’où est-ce qu’on vient. Le moment que l’on vient de vivre était-il réel ? Ou peut-être vient-on juste de se prendre une tarte dans la gueule.
www.myspace.com/aquanebulaoscillator




ETRE DIEU
Et bien merci,c’est super!! =)