L’histoire d’April March est paradoxale. Plus de cinq ans après l’exceptionnel Triggers (Tricatel), l’Américaine revient avec un vinyle sous le bras et des monstres sous le lit. Septième album, bonne surprise et toujours la voix mutine de cette franco-américaine qui susurre des immondices dans le creux de l’oreille avec la candeur d’une gamine. Vicieuse, espiègle, perchée… Bienvenue chez les monstres.
magic_monstersApril March, c’est tout d’abord une rencontre sous les couettes (pas de malentendus, s’il vous plaît) un soir de 2002, à passer en boucle l’instrumental Triggers sur le discman. L’ère de l’Ipod n’était pas encore engagée, les pedo-rockers n’avaient pas encore investi la rue de Douai et March était encore dans la course pour le titre de première dame de France. Cinq ans plus tard, plus rien n’est pareil. Les productions pop et millimétrées n’intéressent plus personne, on recommence à croire que les Farfisas sont une marque de pâtes et Brian Wilson ressemble définitivement à un Droopy sous amphés avec des chemises trop larges. 2008, April est toujours là, elle a branché les guitares, éteint les synthés (Burgalat n’est plus à la production) et repris la direction des States pour des titres oscillant entre l’americana FM et la power-pop cosmique. Autant dire une paire d’ovaires coincée dans un jean qui bouillonne de trop rester à l’étroit. Chuck Norris VS France Gall..Uh… on n’en est pas loin.
L’histoire d’April est paradoxale.Tout d’abord parce que Magic Monsters est le premier “vrai” album studio depuis 2002, parce qu’il élude toute notion de temporalité dans la perception qu’on pourrait attendre d’un album en 2008 et enfin parce que la gentille dame américaine en a peut être enfin fini d’engloutir des sucettes au gingembre. J’appellerai donc sobrement Magic Monsters l’album de la naturité: exit les foulards roses, Jacqueline Taieb et les french clichés yeye qui tuent le folklore. Les guitares Kinksiennes sur Lunar Lake marquent une nouvelle étape dans la carrière d’April, plus rentre-dedans, plus américain. Et cela en dépit des deux premiers titres, Flashback part II et Attention chérie; les meilleurs de l’album, de mon point de vue européen. Au regard du flop que fut Triggers en France, on comprend rapidement l’envie d’ailleurs et d’un bon finger fuck. Un retour aux sources. L’envie de Cadillac en lieu et place des Renaud Fuego. De bons gros volumes qui trancheraient sur les petites artères de France. Le patriotisme des origines contre le fantasme du lointain, Magic Monsters est définitivement un album East-Coast.
Et ‘album se tient, malgré tout. Le résultat désarçonnera les dévots, douce impression d’assister au mélange power-pop des Posies et d’REM, et pourtant il reste encore un peu de lueur au fond des yeux. Si les arrangements de Steve Hanft démolissent à coups de techniques propres le travail entrepris par Burgalat sur l’album précédent, Magic Monsters conserve au moins ce filet de voix similaire à celui du canari sous la torture. Cette histoire reste paradoxale, c’est celle d’April March, coincée entre plusieurs pays, plusieurs pygmalions. Plusieurs époques, survivant dans un seul corps, et les cordes vocales comme seul échappatoire.
April March // Magic Monsters // Martyrs of Pop
http://www.myspace.com/aprilmarch




PLAY BLESSURES
c’est exactement ça, je l’écoute en ce moment et on dirait une autre personne. Ca surprend mais ça fait du bien en même temps….