Après deux heures d’un Jean-François Copé aussi charismatique qu’Arlette Laguiller dans les années 70, après avoir subi ses rêves de présidence de la République et ses blagues de mauvais goût, après avoir observé deux heures durant la moitié de l’amphi sur facebook et l’autre moitié soulignant de deux traits « avoir de l’ambition » écrit en majuscules évidemment, je suis enfin chez moi.
J’observe machinalement la bibliothèque. Mon regard s’arrêtre sur un vinyle de Taxi Girl cachant toute une étagère d’essais philosophiques avant de se perdre puis s’arrêter deux étages en dessous. Beigbeder. Blondin. Bukowsky. Burroughs. Céline … Blondin, « Un Singe En Hiver ». Je saisis le livre.
Blondin jadisBlondin … Chroniqueur sportif bien sûr. Mais avant tout écrivain. Peut-être même un artiste. Artiste d’un style de vie à la hussarde. Quand certains partagent leur vie entre canapé, boulot et parfois (quand le budget le permet) quelques rails, lui bâtissait … que dis-je … créait une aussi élégante qu’instable vie nocturne. Bien avant les Beigbeder et consorts, Blondin hantait les nuits parisiennes. L’alcool montait doucement dans le corps comme une folle amie de misère. Au milieu du boulevard Saint-Germain, tel un toréador, il narguait, titubant, les carcasses d’aciers fonçant sur lui avec de grands yeux jaunes.
Il osait. Loin de la tiédeur de notre monde moderne. Sans doute après quelques verres, peut-être sans haine, sûrement avec jouissance mais aussi la violence de l’humiliation. Le fait est qu’il gifla une espèce de petit bonhomme difforme. Si à ce moment, certains autour de la table avaient été sous LSD, je ne doute pas qu’ils auraient tous vu la seconde s’étirer encore et encore jusqu’au bruit sec d’une paume s’écrasant sur un visage. Exactement à gauche de cette joue bouffie se trouvait une bouche qui, au cours de la soirée, avait eu le don d’exaspérer le Hussard par les stupidités et l’orgueil démesuré qui en sortaient. Cette bouche, Blondin l’apprendra le lendemain dans les journaux, était celle d’un dénommé Jean-Paul Sartre.
Antoine BlondinÉlégance. Passion. Ivresse. Poésie. Sans doute était-il l’un des derniers dandys. Peut-être d’autres sont-ils en train d’agir comme des vampires au cœur de la nuit, mais ils n’ont pas encore mordu le cou rougeaud d’un Glucksmann ou autre Sartre des temps modernes. Ou peut-être ne le sais-je pas encore. Mais après tout, n’est-ce pas comme le chantent les Stranglers : « Everybody loves you when you’re dead / When you’re alive they won’t care what you said ». A quand le prochain accident d’Aston Martin ?
Je crois que les derniers mots ne peuvent revenir à un autre qu’A.D.G. : « C’était encore notre manie de jouer les Hussards : entre l’élitisme et l’éthylisme, plus très jeunes gens de trente-cinq ans, nous avions choisi le cynisme morbide de ceux qui sont condamnés par la massification. Vilain mot qui commence comme massicot et finit comme dissection mais bref, nous étions de droite rien que pour emmerder le monde qui d’ailleurs sans fichait. »
4 commentaires
Chez les Hussards, le romancier c’est lui (il y a bien d’autres talents dans ce “mouvement” ). Le singe en hiver est parfait. Et il ne faut pas oublier L’Humeur vagabone idem. J’ai aussi un faible pour Les enfants du bon dieu.
Sur l’histoire des “écrivains de droite”, il y a une phrase amusante de Blondin : “Ils nous ont catalogué écrivains de droite pour se convaincre qu’il existait bel et bien une littérature de gauche.” Un peu de mauvaise fois (encore heureux !) mais bien vu comme toujours.
On aura tout vu! L’irrévérence, une valeur de droite!
OK, peut-etre qu’il n’y a pas vraiment de litterature de gauche, mais il y a de grands textes sur les hommes de gauches. Je viens de lire une vie de Troski qui montre qu’il aurait très bien pu figurer en tant que personnage principal d’un roman de Nimier. Les hommes de gauche font des personnages de droite excellents - et, qu’on m’arrete si je déraille, les hommes de droite (prenons Bolloré pour l’exemple) méritent à peine qu’on les fassent figurer dans un pamphlet anti-libéral. Si ça, c’est pas de la littérature!
Enfin…..
“Entre ici, Blondin…” D’une voix trainante de général.
Merci. Merci pour eux.




ETRE DIEU
Bien vu ! L’histoire des Hussards est une gifle portée à la figure d’un courant intellectuel un peu trop sûr de lui. Et on sait maintenant à qui donner raison.
A la fougue et à la poésie, il convient d’ajouter à la liste des vertus hussardes, une érudition telle qu’on en verra plus. Je ne saurai trop qu’exhorter à lire “Certificat d’étude” du même Blondin, qui un peu plus loin de la bouteille de Muscadet, visite les auteurs classiques sans ménagement et avec une rare intelligence.
Blondin aurait même giflé Baudelaire !