“Je ne veux pas que le monde change”. Andy Yorke a beau avoir toujours porté REM dans son cœur, il n’est, aujourd’hui comme hier, toujours pas prêt à faire ce pas supplémentaire (de trop ?) qui consisterait à aimer aussi U2 (ce que font beaucoup de gens : aimer U2 et REM). Non, Andy ne veut pas changer le monde, comme il le chante sur Twist of the knife, un des nouveaux morceaux de son très pop-folk Simple, album solo à paraître sous peu. Et anti-Bono (anti-héro ?) dans l’âme, Andy l’est d’autant plus que son frère est une sorte de Bono-parano ayant accouché d’un monstre.
Hé oui, pour ceux qui ne se seraient jamais penchés sur ce peu charismatique jeune homme, sachez qu’Andy Yorke est le frère de Thom – chanteur de Radiohead – Yorke. Son cadet de trois ans. (Thom à 38 ans.)
Et à l’inverse de ce dernier pour qui le rock a toujours été une de ces évidences salvatrices dans laquelle on se jette corps et âme dans l’espoir d’être sauvé (de quoi ?), Andy a toujours été timoré dans son rapport à la musique. Pas ce qu’on pourrait appeler un passionné de la chose rock. Il a bien appris la guitare avec Johnny Greenwood, avec qu’il formera un groupe, The Illiterate Hands, mais assez tard durant son adolescence, après avoir longtemps tâté du saxophone et chanté dans une chorale. On a vu mieux comme dévotion rock’n’roll. Il faut dire qu’Andy manquait de confiance en lui. C’était un garçon du genre timide. Introverti. Le rock ce n’était pas pour lui. (Trop violent.) Il n’a jamais rêvé d’être rock star. (Trop égoïste.) Il n’avait pas ce genre de rêves démesurés. Ce genre de rêves qui peuvent devenir cauchemars.
Moscou, exil salutaire
Composer, il ne s’y est mis qu’à 20 ans, alors qu’il avait quitté le domicile familial d’Oxford et qu’il étudiait à Moscou où il logeait dans une auberge pour étudiants étrangers. (Il deviendra traducteur de Russe.) Ici, entouré de nouveaux amis, déchargé de la comparaison d’avec son grand frère et chérissant sa langue (l’anglaise) comme une petite amoureuse redevenue rien qu’à lui, on l’imagine, il a dû se sentir – pousser des ailes peut-être pas – mais libéré d’un poids. Autorisé à. Alors, à son retour à Oxford, il décide de monter un groupe avec Nigel, son copain d’enfance, accessoirement batteur de remplacement chez On a Friday, et un ami de celui-ci, Jason Moulster, bassiste. Former un groupe, c’est déjà beaucoup pour Andy. C’est se faire violence. Se montrer, croire en soi. Limite un péché d’orgueil. Sur le point de signer son premier contrat avec une maison de disque en 95, il flippe, se débine et repart en Russie, où il travaille durant huit mois comme traducteur pour Greenpeace.
Almost here, ça y est presque
Bon, il revient vite au bercail, motivé et tout, ses acolytes font youpi, ils se remettent au boulot et en 97 ils signent avec Virgin pour un album, Almost Here, qui sort un an plus tard. Leur groupe s’appelle Unbelievable Truth (référence à un film du réalisateur indie Hal Hartley) et à vrai dire avec un nom pareil et une musique comme la leur, on se dit après écoute qu’il n’avait pas de quoi stresser le petit Andy. C’est beau, très beau. Mais pas de quoi crever le sommet des charts et s’afficher comme génie de la semaine en couv du NME. Le trio dévoile-là une pop toute en ligne claire, aussi tristoune qu’accrocheuse dans la droite lignée des premières compos de REM. (Je pense notamment à Country feedback et Perfect cicle.) Celui, en somme, d’avant Losing my religion. Pas révolutionnaire pour deux sous (dans les deux sens du terme), cette poignée de chansons majoritairement acoustiques parlaient au cœur. C’était intime, précieux. Sans prétention. Quelque part entre le Cocoon Crash de K’s Choice et le Parachute de Coldplay. Entre l’After the Goldrush de Neil Young et le Five Leaves Left de Nick Drake. Parfait pour redescendre après OK Computer. Virgin ça ne leur a pas suffi. Malgré les bonnes ventes du disque, ils se sont débarassés d’Unbelievable.
Sorrythankyou, et bye bye
Signés sur Shifty Disco, leur deuxième album (Sorrythankyou, 2000) s’est moins vendu. Il était déjà plus complexe. Dans les structures, le son. Dans ses ambitions ? C’est comme s’ils s’étaient déjà laissé aller à l’idée qu’ils étaient un groupe. Une entité. Comme s’ils s’étaient d’un coup pris pour des musiciens et qu’ils avaient fait du son comme on fait du mortier : en bouchant les trous qui faisaient le sel de leurs morceaux. (Je grossis le trait, surtout que ce disque contient tout de même des bijoux, notamment A name, Shed your skin et Let it flow) Andy aurait du se battre pour qu’Unbelievable continue d’exister, changer le monde pour que son groupe puisse accéder au statut qu’il mérite. Mais ça, c’était au-dessus de ses forces et de ses convictions. Parce qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Comme dit Nietzche “celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir lui-même un monstre dans la bataille”. Et voilà ce qu’Andy ne voulait pas. Il n’était pas prêt pour cette aventure (ce pacte terrible ?) qui nécessite de se prendre corps et âmes pour un artiste, de tout faire pour son art. La folie de ne penser qu’à lui ? Très peu pour lui. Conformément à son désir initial, il a donc dissout le groupe, après avoir livré, pour solde de tout compte, Misc. Music (autoproduit, 2001), un double album de raretés et de morceaux live, assez dispensable.
Simple, comme bonjour
Mais six ans après, le revoilà. Pas plus fort et plus remonté que jamais. Juste recentré sur ce qu’il est et sur ce qu’il a envie de faire. En phase avec ses limites. C’est ce que j’ai constaté en le voyant sur scène le 25 juillet dernier. C’était au Divan du Monde, devant une petite audience qui comptait pas mal de fans de la première heure. Emus forcément. Andy a un peu changé, la silhouette est plus rondelette, les cheveux plus courts, l’uniforme toujours aussi uniforme, style sweat-shirt, jean, basket. Nouveauté : il a des lunettes, qu’il garde sur scène. On dirait un étudiant. Un journaliste des Inrocks. A ses côtés ses deux potes de toujours, Nigel à la batterie, Jason à la basse, plus un violoncelliste et un claviériste-guitariste. Plus de monde mais moins de son. Que ça respire ! C’est plus folk et moins rock que jamais. Silencieux. Ciselé. Mais alors ça veut dire qu’Unbelievable Truth est de retour ? Hé bien non : Le trio a beau être réuni comme à l’époque et Nigel prendre son pied comme ce n’est pas permis, Andy est là sous son nom (L’artiste est l’homme et vice versa jusqu’à démanteler la notion d’artiste). Et à priori il en sera ainsi pour le reste de l’aventure : celle marquée par la sortie toute proche d’un album, Simple (sans label à ce jour) qualifié de “solo”. Signe que l’entité groupale n’est définitivement pas pour lui. Qu’il n’en a pas les épaules, la mythologie, le karma. Qu’il s’est trouvé en folk singer. Enfant de chœur.
De petits arbres en plastique?
Ce soir-là, après nous avoir bercé avec ses nouveaux (Surrender, Twist of the knife, One in a million, Found the road, Ode to a friend) et ces anciens titres (Building, Solved), dégustés au centuple, Andy revient avec Nigel. Lui au micro, l’ami au clavier, ils nous offrent Almost here, morceau particulièrement sobre aux faux airs d’Alléluïa. Fin(e). Ça n’a duré que trois quart d’heure à peine, mais c’était intense. Une vraie joie. Voilà ce qu’on retient de cette deuxième date parisienne d’Andy Yorke en cet été 2007. Ainsi qu’un geste : Andy souriait du coin des lèvres à chaque fois qu’il sacrifiait à l’exercice de pointer dans les aigus en bout de refrain, comme pour s’excuser et dire : “Désolé les mecs, vous avez peut-être l’impression d’entendre les balades guitare-voix que mon frère s’échine à ne plus vous offrir, mais je ne suis pas la pleureuse Superman de Fake Plastic Trees et d’Airbag. Ce soir, comme il l’a chanté, il ne voulait pas que le monde change il ne voulait pas changer le monde mais, comme les Taxi Taxi ! qui ont pris sa suite, il a fait un pli dans les cœurs.
http://www.myspace.com/andyyorke
Remerciements au site français Foundtheroad pour les informations sur Andy.
7 commentaires
Merci pour ce très bel article Sylvain. Nous attendons tous l’interview !!!
A bientôt,
cdsd.
Thank you Sylvain, Merci*
Très intéressant ! À défaut d’avoir pu voir les spectacles, j’ai hâte d’entendre le nouveau disque…
Clair, net et concis. Merci.
A lire ton appréciation, je me demande : dois-je comprendre que tu trouves ce papier un peu froid ?
Nous recevons Andy Yorke en concert
le 3 mai prochain à l’Emporium Galorium | Rouen !!
ouverture des portes : 21h30
organisé par l’association Europe and Co.




ETRE DIEU
[...] Le récité / interview d’Andy Yorke [...]