AMELIE Amélie fait partie de ces artistes indéfinissables. Comprendre par là qu’on aurait du mal à définir si on pigeait pour Télérama. Alors on aura plutôt tendance à se diriger vers son folk électrifié les yeux bandés, les oreilles dans le noir pour mieux voir de quel bois (Amélie aime les arbres, qui le lui rendent bien) la dame se chauffe. The real nature of the fantastic ice cream car, le premier album, oui, c’est un peu Nature et Découverte.
Les arbres semblent être une récurrente dans tes créations, tes visuels, pourquoi ce choix mis en avant ? La nature, tes origines (La Bretagne), l’envie d’espace ?
AMELIE Je suis fascinée par les arbres, par cette manifestation de la puissance et de l’intelligence de la nature: leur immensité, leurs réactions aux saisons… Je leur prête sans doute plus d’humanité qu’ils ne peuvent en avoir, mais je vois en eux un condensé de patience, de sérénité, de sagesse, de bienveillance, tout en étant également assez effrayants… Le vent dans les arbres, leur aspect fantomatique une fois déplumés… j’aime beaucoup cette ambivalence chez les arbres! Il y a surement une part de Tim Burton qui alimente cette vision… A noter, je ne suis pas bretonne mais lilloise! J’ai enregistré le disque en Bretagne, et bel et bien au milieu des arbres…
Les titres de cet album, The real nature of the fantastique ice cream car, voire même le nom de l’album, renvoient à l’enfance, davantage qu’au folk introspectif des adultes. Le surnom de femme-enfant-papillon, ca te ressemble?
AMELIE
C’est mon ami Cyrz (signé chez PIAS avec Un morceau de mon avenir, NDLR) qui me l’a collé à la peau il y a 4 ou 5 ans, avant même que l’un ou l’autre ne sorte un disque sur un label… Il me voit un peu comme ca, je crois, comme un”papillon”, peut être pour mon côté spontané qui passe du coq à l’âne en un clin d’œil… Et il se trouve qu’il n’avait sans doute pas tort à l’époque de ce surnom, il a dû me cerner avec précision, puisqu’on l’associe maintenant à ma musique… Mes morceaux prennent beaucoup leur source dans l’enfance, mais pas pour le côté cucul-la-praline ou gentillet qu’on pourrait y associer. C’est plutôt pour le côté brut et décomplexé de l’imagination enfantine, pour la facilité à donner des explications qui leur conviennent aux évènements, parce que les raisons liées à la réalité leur paraissent moins satisfaisantes… Je me souviens, quand j’étais petite, je me disais qu’il fallait mourir un jour ou l’autre parce que sinon, il n’y aurait pas assez de maisons pour tout le monde, si personne ne mourrait jamais. Cette raison là me convenait, davantage que la maladie ou la vieillesse. En fait, il y a cette liberté de voir la réalité comme elle me convient à travers le prisme de l’enfance, ce qui la rend plus palpitante. Et si cette liberté, cette imagination débridée là doivent être associées au surnom de “femme-enfant-papillon”. Alors je le garde ce surnom!
On revient deux secondes sur Birthday gun, c’est quoi exactement ? La tentation du vide, la peur des anniversaires ?
Ni l’un ni l’autre! Cette chanson raconte comment des amis peuvent trahir le lien qui les lie sans même s’en rendre compte, en pensant même bien faire… L’amitié est comme une maison bien isolée qui protège des vents extérieurs, et alors quand d’un coup les fenêtres s’ouvrent et que la bourrasque s’installe entre les murs, même les plus beaux moments entre amis peuvent être brisés en une seconde, le temps d’un coup de feu. et alors, on se retrouve tout seul, même entouré par tous ces gens… Ce n’est certainement pas la chanson la plus gaie du disque, je te l’accorde!
Thomas Mery, le jeune folkeur qui t’accompagne sur le disque… Peux tu nous en dire deux mots ?
Je peux même vous en parler pendant des pages! Cette rencontre a quelque chose d’incroyable et maintenant elle me parait tellement évidente… Mon meilleur ami est un fan de Thomas Mery, ce avant même qu’il ne sorte son disque solo (Thomas était le leader du groupe Purr), et ils étaient plus ou moins en contact… L’an dernier, je jouais en 1ière partie de Sébastien Tellier, l’ingé-son vient me voir et me dit “je viens de prendre un verre avec un ami qui te connait, il s’appelle Thomas Mery!”… Evidemment, j’étais surprise! Je ne l’avais jamais vu… Je l’invite le soir même, je vous passe les détails, mais il apprécie, on échange quelques mots à la fin du concert, et RDV est pris le lendemain matin autour d’un café. Après 2 bonnes heures de discussion, il repart chez lui et dès lors l’idée a poussé dans ma tête… Je cherchais quelqu’un pour réaliser mon disque, j’étais un peu perdue, et le courant était bien passé lors de notre première rencontre. Après mûre réflexion (et les encouragements de mon meilleur ami), je lui ai proposé de travailler avec moi, et l’aventure a commencé ainsi… On est parti en pré-prod ensemble sans se connaitre, on a tourné en novembre et décembre ensemble, les liens se sont ainsi renforcés: arrivés en janvier à l’enregistrement, il avait toute ma confiance et il me connaissait suffisamment pour m’aider à faire un disque qui me ressemble, la preuve aujourd’hui. Il avait la rigueur et le recul qui me manquaient sur mes morceaux, de la pertinence et de la finesse dans son approche, il entendait des arrangements que je n’arrivais pas à percevoir. Il m’a dit à la fin des enregistrements qu’il m’avait fait grandir avec ces morceaux, et je crois qu’il a eu raison.
The real nature of the fantastic ice cream car, d’où est venue cette idée de titre?
J’aime bien les titres à rallonge… Un peu comme s’ils racontaient en eux-mêmes une histoire, annonçant une suite narrative en écoutant le disque… Un genre de teaser…The Real Nature Of The Fantastic Ice Cream Car fait référence à une ambivalence, un peu comme ce que je disais sur les arbres: derrière l’aspect brillant et innocent d’une camionnette de marchand de glaces, il y a sûrement des choses cachées, des fêlures, des failles, des choses moins brillantes qu’on ne perçoit pas au premier coup d’œil… C’est un peu le côté obscur de la force, qui est d’ailleurs souvent le point commun à mes chansons: derrière l’aspect naïf et enfantin, je raconte des choses douloureuses, j’évoque des situations plus glauques que ce qu’elles ne paraissent au premier abord…
L’album parle de monstre et d’histoires d’amour avec des ours. Quel âge as l’Amélie qui a composé ce disque ?
Cette Amélie là n’a pas d’âge! Ce disque a quelque chose d’intemporel à mes oreilles, pas aux vôtres? J’ai l’impression que je pourrais avoir 80 ans, assise dans un rocking chair entourée de gamins les oreilles dressées en attente de contes, tout comme je pourrais faire partie de ces gosses entourant la grand mère qui raconte des histoires… En fait, en composant ce disque, j’ai recherché l’émerveillement permanent. Celui qui vous surprend au détour d’une chanson, un virage inattendu qui vous fait dresser les poils sur les bras, un peu comme visiter un pays imaginaire avec des yeux tout neufs, qui découvrent au fur et à mesure du voyage des choses inimaginables. Ce qui peut arriver à 8 ans comme à 24 ou 80…
Tout le monde parle de Cocorosie dans tes influences(L’utilisation du toypiano et des harmonies minimalistes) mais au fond, lorsqu’on entend la désespérance de Windy Childhood.. Ne crois-tu pas être plus proche d’une Shannon Wright au fond, ou d’une Tamara Williamson ?
J’ai composé tous ces morceaux sans idées préconçues, juste en écrivant des chansons au moment où elles venaient, sans me dire qu’il fallait que je suive le “filon Cocorosie” ou “la mine d’or Bjork” (même si c’est toujours flatteur de se voir nommée la cousine de Cocorosie ou la voisine de Shannon Wright…)… Cette idée de préméditation me déplait vraiment. Maintenant, c’est sûr que ce sont des artistes que j’écoute, et que cela doit venir teinter inconsciemment mes morceaux… J’ai juste sorti de moi les émotions que je ressentais, comme un besoin physique de les mettre en musique pour les dominer. Un peu comme un travail de sculpture. Ils ont pris des aspects différents selon ce qu’ils évoquaient et la période où je leur donnais vie… Windy Whildhood est arrivé pendant l’enregistrement, il y avait ce piano énorme fantastique, je n’en avais jamais joué: je m’y suis assise et le morceau est sorti comme ca. Le côté solennel du piano et la période décisive que je vivais avec cet enregistrement lui a donné ce côté désespéré, aux émotions presque à vif…
C’est l’onirisme qui plane sur l’album, un mélange d’ambiances assez rêveuses, comme s’il avait été conçu inconsciemment, entre rêves et cauchemars. Alors, si tu devais décrire «The real nature of the fantastic ice cream car» en un rêve… ou un cauchemar…
C’est un rêve bien sûr! imagine, il y a 2 ans je ne jouais pas de guitare… Alors voir ces 13 titres maintenant enregistrés, grandis, aboutis grâce au travail de musiciens (Vincent Dupas, Jérome Lamontagne, Erwan Fauchard…) que j’admirais avant de les connaitre…Si tu veux vraiment une trame narrative à ce rêve, alors ouvre le bouquin d’Alice au pays des merveilles: émerveillement permanent d’une année de travail, de tournées, de rencontres, et cependant peuplés d’étranges animaux, d’angoisses et de moment de désespoir comme si un chien-balayette avait fait disparaître la piste qu’il m’aurait suffit de suivre… Ca te va comme ca?
Oui, plutôt convaincant… Pourquoi, en synthèse, avoir choisi le folk comme mode d’expression de tes émotions ?
Pour être honnête je n’ai pas choisi grand chose… C’est la presse musicale qui m’a collé cette étiquette! Elle me plait bien d’ailleurs… Après tout ce genre musical est peuplé d’artistes doués et imaginatifs, il suffit de voir le succès du “néo-folk”! tout comme l’idée d’ambivalence me colle à la peau, il y a l’absence de préméditation. A aucun moment je n’ai réfléchi au genre musical qu’il me fallait prendre: j’ai juste écrit, joué, ces morceaux sonnaient folk à cause de la guitare et du chant, le tout surement influencé par mes goûts musicaux. Et la musique étant le mode d’expression qui m’était le plus libérateur, comparé au dessin ou la jardinerie…
Amélie //The Real Nature of the Fantastic Ice Cream Car // Boxson
http://www.myspace.com/ameleia
2 commentaires
Du folk breton dans Gonzaï ? Vivement le dossier Alan Stivell. Bucolique tout ça, je reprendrais bien une bolée.




ETRE DIEU
Ah, le coup de la femme-enfant-papillon ! Le coup de l’artiste fée sous haut parainnage B/B (Bush Kate et Bjork) ! Ca n’en finira jamais…