Jeudi 13 septembre 19H12. Rendez-vous avec Alex Rossi. Rencontre. Retard.
Métros, cigarettes, téléphone portable, montre. J’arpente les couloirs, direction Ménilmontant. « J’ai pas le physique magazine/ J’ai pas les boots de Nancy Sinatra»… Je me plais et ses paroles implicites se déroulent dans l’Ipod au passage de la station Arts et Métiers et de son affiche 4X3 de Calogero live sponsorisé par Radio Ricard. Rencontre oui, mais de deux mondes improbables.
Arrivée en sueur à Ménilmontant, je croise des gens du quotidien, serre la main de Rachid Taha, dépasse un couple de retrouvailles («Tu es resplendissante aujourd’hui ma belle», surement des amants novices pas encore usés) et les flaques qui coulent dans la rigole prennent la forme de clefs de sol.
Les corps usés par la journée de travail rentrent au bercail et s’accolent aux bars. Un moment parfait pour discuter avec Alex Rossi. Une star du quotidien à l’avenir immédiat.
Ecoutes j’ai relu ma chronique sur ton EP, et j’avoue que finalement il était pas dégueu’ cet article… (Rires)
Je crois que tu as bien saisi ma vision de la musique en fait… J’ai adoré l’orgie avec plusieurs langues !
Bah disons que ta musique est le cul entre deux chaises, variété, pop, rock… Y a que la mélodie comme ciment finalement. Je me mets à la place du chef de projet…
Ecoutes c’est pas compliqué, j’ai 36 ans, ma première composition remonte à mes 16 ans, et finalement j’ai l’impression d’avoir toujours fait la même chose, les mêmes chansons, je n’ai jamais essayé de formater. Et pourtant j’ai été signé sur un Major, Mercury, et les mecs me voyaient comme un mec bankable, il voulait me placer sur NRJ. C’était en 1999, y avait pas encore les Benabar, les Delerm, etc… Et dans un sens ce label ca a été un piège pour moi, même s’ils étaient influencés à l’époque par des mélodies pop (populaires, dans ce sens), dans un sens ca collait avec ma musique. Mais c’était le label du showbizz à l’époque, Pagny, Johnny et toute la clique… Avant même d’avoir travaillé le premier single, les mecs me demandaient ce que je ferais lorsque je serais riche… Puis ils ont commencé à m’emmerder sur tel arrangement, tel truc… Pour se placer sur telle radio… Tout le marketing, ce truc, avec Valérie Zeitoun qui me fait signer mon contrat à l’époque, disons que c’était trop. Le long terme déjà ils ne savaient plus ce que ca voulait dire. Puis le nouveau boss arrive, me rend mon contrat, et Benabar explose deux ans plus tard. Je déteste sa musique mais quelque part j’étais là trop tôt, sur le carcan mélodie pop, dans le sens populaire encore une fois. Aux dernières nouvelles Mercury n’a toujours rien compris aux tendances… La chanson à texte en français j’adore, ma grand-mère écoutait Trénet j’adore, mais que les mecs me racontent leurs histoires en bas de chez eux et qu’il achète sa baguette moi ca me fait vomir. (Rires)
En venant te rejoindre je suis tombé sur une affiche de Calogero, et je repensais au fait de vouloir vendre son âme au diable, tu sais ce moment où un artiste décide de sombrer dans le commercial ou de rester digne sans concessions… Un cas de conscience ?
Musicalement Calogero c’est même pas le pire, le problème c’est ses textes de naze.. je connais le problème je suis moi-même parolier pour Bauer, David Hallyday. Et là-dessus je n’ai aucun cas de conscience, aucune honte. Mais personnellement je ne sais pas.. J’ai toujours eu une limite inconsciente qui m’empêchait de tomber là-dedans.
J’écoutais Je me plais lorsque je suis tombé sur l’affiche de Calogero, et il y avait ces paroles, J’ai pas le physique magazine / J’ai pas les boots de Nancy Sinatra… Pour moi il y a deux idées la dedans, le coté off mode, intemporel de ta musique, puis ton rapport au rock’n’roll….
Alors je vais te dire, je vais tout te raconter… j’ai commencé à 16 ans dans le sud-ouest, en tant que Dj de la plus grosse boite de nuit de la région, vers Auch, pas la ville la plus rock à l’époque. J’étais déjà obnubilé par les chansons à texte, j’ai commencé à écrire à cette période… Dassin, Ferrer… Bref. A l’âge de 16 ans, lorsque mes potes montaient des groupes, moi j’étais DJ, je ne pensais pas être chanteur à l’époque, et bref, lorsque mes potes ont commencé à galérer avec leurs groupes, moi je passais Daho, Jacno, à 5H du matin dans une boite bondée, avec alcool à l’œil et premiers amours dans les toilettes, 1000 personnes qui te regardent…. Lorsque les autres s’engueulaient sur qui devait être le leader, moi j’étais le roi du monde ! (Rires) Je crois que j’ai toujours été un peu en décalé donc, pour répondre à ta question, mais du fait d’être Dj, j’ai toujours écouté pas mal de disques… Les Dogs, Jad Wio..
Et ca vient à quel moment l’envie de rejoindre la capitale ?
Au moment de la première chanson composée pour quelqu’un, un fils d’agriculteur, mais très classe sur lui, il avait même eu un article dans les Inrocks, à l’époque en bimensuelle.. Et bref disons qu’après mon bac il a bien fallu faire quelque chose, j’embraye sur une fac de ciné à Montpellier je suis parti avec un pote d’enfance qui est depuis devenu le guitariste de Rinocérose. Il joue également avec ce groupe qui se lance, Koacha. Mais pour en revenir à Paris, j’y suis monté pour une fille. Très classique en fait. J’ai alors commencé à démarcher. Puis tout s’enchaine vite. Plus je démarchais et plus je défraichissais mes influences. Tout est devenu clair, et même si j’ai pas une voix incroyable je ne l’échangerai pas comme celle du mec de Da Silva.. Qu’est ce que c’est pourri.
Je reviens sur ta voix, il y a cette chanson, Tutto, qui est clairement sous influence Nino Ferrer sur ses albums soul alors que ton single, ce que je considère comme un single, Viens par ici, est plus «pop». Et on rejoint encore une fois le concept de crossover, tu es à la croisée des chemins. Comme Nino Ferrer que la France n’a jamais compris, à le ranger dans la catégorie des chanteurs de variété alors que c’est un putain de bluesman blanc….
Je pars toujours du principe, enfin ce n’est même pas un principe, qui est que j’ai peut-être écouté trop de disques. J’aime l’hétéroclisme. Pour moi il y a trois pôles autour desquels tout tourne. L’Italie d’un coté avec Adriano Celentano, tu écoutes ses disques pas une seule chanson ne se ressemble..
Aussi Luccio Battisti non ?
Ah oui j’adore. Mon ami Dondolo est fan de ce type, grave. Mais chez Celentano pour moi c’est le génie. Après sur les pôles c’est l’Angleterre et Edwyn Collins, c’est sa voix qui crée le liant entre les chansons. Et tu vois en France c’est ca le problème, on te demande de faire la même chanson, que tout se ressemble, style Da Silva..
Et le pôle français alors ?
C’est Nino Ferrer. Après tu vas me dire que c’est encore un vieux truc…
Mais nan ! C’est l’exemple parfait du mec entre deux chaises !
Ben disons qu’il a tout de suite eu trois quatre singles énormes second degré, puis Le Sud, qui est une mélodie superbe. Mais le mec a souffert de l’accueil du public… Je ne suis pas en train de penser qu’il faut avoir un plan de carrière pour mes chansons. Si tu prends ma chanson Le garçon que j’étais , tu vois j’ai un gosse, et loin de moi l’idée de foutre les pieds dedans avec une chanson sur mon enfant, mais disons que j’ai essayé de raconter comment cette progéniture me survivrait, comment il était un peu de moi et vice-versa…
Les prochains mois tu les vois comment ? Sortie de l’album non ?
Oui, logiquement prévu pour janvier 2008, avec pour nom Viens par ici, comme la chanson. Il y a une distribution en train de se finaliser, une physique et une digitale. Disons que mes écoutes sur myspace attestent du fait que ca intéresse des gens…C’est d’ailleurs Dondolo que j’ai rencontré sur Myspace, c’est devenu tout de suite un ami. C’est un peu le même genre de mec que moi, totalement inclassable au niveau de ses chansons. Damien, de chez Record Makers, c’est la même chose, le même feeling, encore une fois même si c’est très loin de mon univers ! Pour revenir à l’album, il y aura 10 titres, avec la participation de Frédéric Lo, un ami à moi depuis que j’ai officié en tant que Baby-sitter de Daniel Darc… Les petites nanas de la promo n’arrivaient pas à la faire se lever pour les interviews (tu m’étonnes), donc Mercury et Frédéric Lo m’ont demandé de m’occuper de lui pour assurer les interviews, les Tv, etc… On s’est vite entendu tu t’en doutes ! (Rires) Je pense qu’il y aura un duo avec Frédéric justement, sur l’album.
Je reviens sur Dondolo, Damien… Au final, tu n’es pas déçu d’être français, enfin je veux dire… De voir l’accueil du public face à nos artistes les plus talentueux ?
Tu me parlais d’être le cul entre deux chaises… Moi je pars du principe que j’ai mon truc à moi, qu’il n’y a pas deux Alex Rossi. Je ne suis pas de rock, comme je dis «c’est trop violent pour moi», mais dans l’attitude je pense que je m’y retrouve, je me fous à poil, je tombe par terre..Pour moi ca veut rien dire le débat entre la pop et la variété, c’est chiant ces étiquettes. Il y a 10.000 gens plus doués que moi, mais pas un seul Alex Rossi. Parfois certains me disent «dommage qu’il n’y ait pas une petite dose rock dans ta musique», mais quelle connerie ! C’est un putain de faux débat. C’est comme cette mode de jeunes folkeux en ce moment à Paris, ca m’emmerde. Je pense être plus un instinctif qu’un mec qui va tout calculer jusqu’à ses prises de lumière..
Et puis en plus tu fumes….
A la limite d’avoir le cul entre deux chaises, ca me permet peut-être d’être mieux assis finalement…
Disons que ca te permet peut-être de rester débout non ?
Oui, c’est exactement ca.
Photos: Virgile Biéchy
http://www.myspace.com/alexrossi
3 commentaires
pas mal l’interview! bon Alex t’aurais pu quand même te lacher plus!
T’assures.




ETRE DIEU
Pas de quartier alex, rentre leur dans le l’art.