Sept jours. Une semaine. Une chanson. Qui tourne en boucle, comme un mantra. Sans raison. Enfin si, quelques unes. Un portrait dans le métro, quelques trop rares apparitions télés, l’air décharné. Et puis cette chanson, qui revient. Comme une ex qu’on aurait eu du mal à oublier, qui vous reprendrait par derrière, lorsque le bonheur semblait vous sourire. BAM la nostalgie. L’ex s’appelle Suzanne. Son adresse: le dernier album de Alain B. Une reprise de Leonard Cohen, que le vieux grigou fait sienne, en un instant. Faut dire que par les temps qui courent, ce n’est pas dur de dépasser Leonard Cohen. Vieux poseur.
Et puis Suzanne, qui revient. Encore. Salope.
Vingt, trente écoutes. Au casque. Dans la rue. Le soir. Pausé café. Après la douche.Le reste. La voix qui flotte, au dessus des instruments, comme un volute de fumée.
Il est maintenant plus d’une heure du matin et derrière la vitre du métro les agents de nuits s’affairent à la rénovation du rail. Dans quelques minutes je descendrais surement du wagon et toujours cette affiche de vieil homme brisé plus fort que ses fissures.
Inconsciemment le seigneur a bien fait les choses. Dans ma boite aux lettres, un livre. Gaby oh gaby, qui raconte la genèse. Celle du premier titre qui fait connaître le -déja vieux- rocker (33 ans) lorsqu’il connait son premier tube, au début de l’année 80. Où comment je me plonge dans la carrière d’un homme qui se heurte au système. Aux compromis de maison de disques, aux impératifs commerciaux (Philips qui hésite à lui laisser sortir un deuxième album), que tout tient sur un seul homme (Gérard Bacquet, directeur artistique du label), et qu’il faut enregistrer à la va-vite un vinyle double face pour la sauver…. Le début des emmerdes, alors que Bashung a commencé sa carrière en …. 1966. La même année que Polnareff. Ce sera leur seul point commun. Accessoirement la même envie de plaire au plus grand nombre sans se dénaturer. L’un fait aujourd’hui des tournées dans des costumes cuirs trop petits pour son égo, l’autre….. L’autre chante Suzanne.
En face de moi deux pisseuses bourrées s’amusent à s’ôter la chaussure à tour de rôle. Je repense au succès tardif, à tout ces golden hits que le vieux chanteur nasal obtient (Gaby, Ma petite entreprise, Osez Joséphine, Vertiges de l’amour) sans que je m’ébranle pour autant. A cette époque, pour moi (comme pour beaucoup d’autres je présume), Bashung est à l’arrière des taxis, rencardé au placard, fini. OUT.
«Un vieux qui chante en Français? Quoi? Telerama aime? Et puis quoi encore? Fais péter les chips au lieu de chipoter»
Non décidément. Pas de quoi fouetter un rockeur. Même lettré. Jusqu’à Fantaisie Militaire qui titille le spleen. Jusqu’à Samuell Hall et ses paroles révélatrices des années galères des débuts 80:
Acheter une livre et demie de viande hachée // Haricots en boite plus chips //Quel besoin avais-tu d’acheter tout ca // Dit-elle // Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche mon garcon // Dit-elle // Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche
Fantaisie Militaire, que la France célèbre sans vraiment comprendre pourquoi. Mais avant il y aura eu la peur, l’angoisse. Un parti-pris. Celui de malaxer les mots en français, lorsque tout ses compères singeaient bêtement leurs homologues britons.
Cette épopée pop, Marc Besse la raconte de manière condensée dans son livre qui sort aujourd’hui chez Scali. Un titre (Gaby, oh! Gaby), un livre. Une chanson. Une semaine. Des cigarettes entières à philosopher en silence sur Bashung et son chemin de croix avec quelques apôtres d’alors (Boris Bergman, le vieux hein!, puis Jean Fauque, aux textes). Un destin de rockeur qui ne trouvera finalement le repos qu’à l’aube de la cinquantaine. Consécration, victoire de la musique, photos dans Playboy…..
01H27. Le bar anglais est encore ouvert, en bas de la rue des Lombards. Les enceintes y crachent un rock bas du front et des blondes à mèches sirotent des brunes éméchées. La clef s’enfonce dans la serrure, la lumière qui s’allume….
Sans trop surestimer votre quotient intellectuel, je crois que vous avez deviné quel titre j’ai mis ce soir pour trouver le sommeil.
Marc Besse // Gaby, Oh! Gaby // Scali
«Un sax, la voix de Bashung, un chien en Espagne, des pétards, des allumettes, des frites et des moules»
6 commentaires
Bergmann l’ancien, Fauque… Il faut qu’ils reviennent.
A mon avis… Bergman, c’est la rapidité, l’esprit d’associations, le jeu de mots par -dessus les règles (et la jambe), un rien franchouillard (dans le bon sens du terme, dans le sens Antoine Blondin on va dire) et puis le sens de la formule : “C’est comme ce type qui voudrait que je me soigne et qu’abandonne son clebs le mois d’Août en Espagne”, je donne l’intégrale Daniel Darc -que je n’ai pas- (sauf Aussi belle qu’une balle et Paris)pour cette phrase.
Fauque, c’est l’étrangeté, un peu plus mystérieux. Les deux réunis, c’est une façon d’écrire du rock français.
Manset peut d’ailleurs être parfait dans le genre d’un Fauque.
J’ai entendu quelques titres du dernier album et les textes se la jouent. On entend presque dire “tiens on écrit pour Bashung alors on va faire bizarre”. Il n’y a ni l’humour (Bergman) ni le bizarre, l’inquiétante étrangeté pour faire Freud (Fauque ou Manset parfois c’est vrai).
Alors, ceci dit, sa voix sur Suzanne est assez étonnante. Mais Suzanne en français c’est Graeme Allwright et je n’ai pas quitté, gamin, un lycée de jésuite pour me taper, adulte, les textes de ce comique. Pas aussi comique d’ailleurs que Leonard Cohen qui se pose un peu là comme marionnette (enfin, j’ai toujours adoré Who by fire et Famous blue raincoat). C’est assez décousu comme avis, je te l’accorde Sylvain.
D’accord avec le propos, d’accord avec la phrase citée… Putain Syd je suis toujours d’accord avec toi : on se pacs ?
Du reste, j’ai pas encore Bleu Pétrole. Mais j’ai eu vent du même écho critique concernant les textes de Bleu Pétrole, surtout celui écrit par Arman Méliès, qui donnerait dans la caricature de Bashung. Peut-être que ces nouvelles recrues sont trop jeunes, trop vertes, trop biberonnée au culte de Bash pour être vraiment à la hauteur du challenge. Faudrait lui demander ça à Bash, pourquoi il a pris des jeunes, des fans de lui, hein pourquoi ? C’est casse-gueule. Je rêve, songe (travaille) à une rencontre Fauque-Bergmann. Affaire à suivre…
et si une putain de raffale venait a balayer tous nos soupirs alors nous irions avec Alain ,et ma promise cueillir l’horison…. j’espère te croiser mr Alain peut etre derriere une ombrelle




ETRE DIEU
Putain si tu savais comment Bashung et sa musique me hante les 3/4 du temps en ce moment… Le quart qui reste attendant “Suzanne” bien sûr que je n’ai pas encore pu écouter…