Alain Bashung traverse un writer’s block depuis six ans, on le sait. Ce nouvel album, annoncé par sa maison de disque comme « son grand retour à la pop », tente d’y remédier en faisant appel à des contributeurs multiples : Gaëtan Roussel, Armand Méliès, Joseph d’Anvers, Gérard Manset, Leonard Cohen… N’en jetez plus.
Face à cette crise d’inspiration, Bashung a utilisé le même remède que Dylan au début des années 1990 : appeler à la rescousse quelques auteurs-compositeurs, montants ou confirmés, et puiser allégrement dans le répertoire.
Pour la jeune garde, on trouve Armand Méliès (2 albums chez Warner), Gaëtan Roussel (de Louise Attaque) et Joseph d’Anvers (du… métro Anvers, Paris 18e).
Gérard Manset, quant à lui, fait une entrée remarquée sur la plage 5, avec l’utilisation du mot « canopée », dans Vénus, une métaphore érotique « forestière ».
Côté répertoire classique, on trouve ces deux reprises, qui ennuieront ou feront sourire, selon l’humeur de l’auditeur : Suzanne de Cohen, et Il voyage en solitaire, de Manset.
Les compositions originales sont résolument « folk oriented », voire rustiques. Beaucoup de guitares acoustiques, quelques loops de batterie, et même des pincées de banjo, dispensées par Marc Ribot (collaborateur régulier de Tom Waits). Dans l’ensemble, les arrangements font très « Californie du Sud ». Je ne sais pas si je me fais bien comprendre… Desire, vous connaissez ?
L’inspiration de l’album est sombre. Tempos lents et textes graves. A l’exemple de Comme un lego ou de Je tuerai la pianiste. Du Manset qui tente de renouer avec la science bergmanienne du jeu de mot. Avec toutefois moins de bonheur.
Et ces ratages sont un peu dommage, car Bashung n’a jamais aussi bien chanté. Sa voix est arrivée à maturité. Ce stade rare où un chanteur est capable de tout chanter sans se ridiculiser.
Alors j’ai fait ce rêve : pourquoi pas Brian Setzer à la production sur le prochain album ? Et le retour de Jean Fauque et Boris Bergman, pour les textes. Pour le répertoire, ne vous cassez pas la tête : quelques adaptations puisées dans le catalogue SUN records devraient faire l’affaire.
De quoi patienter jusqu’à la fin du writer’s block. Le temps qu’Alain Bashung écrive son Oh Mercy.
Alain Bashung // Bleu pétrole // Barclay
http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/
13 commentaires
comment dire… il doit bien y avoir une phrase dans Chronicles sur la tolérance, et qui pourrait nous éclairer, non ?
j’ai toujours peur, moi-même, d’être trop sectaire.
Après tout, Bobby Zimmerman est pote avec Bono, ce qui est très grossier aussi. pourtant, j’écoute toujours Blond on Blond…
(Bashung a une chanson sur Dylan, d’ailleurs, sur un vieil album. écrite avec Boris Bergman.)
mais sinon, Louise A., je sais pas… jamais écouté. jamais arrivé jusqu’à chez moi. peux rien en dire donc.
Ce que je sais (pour paraphraser Johnny), c’est que Suzanne par Bashung est une véritable merveille qui donne envie de vivre meme après la mort.
Moi faudra qu’on m’explique un truc. Vraiment je trouve que y a un truc qui cloche dans le rock français. C’est a dire qu’on donne une crédibilité a des gens comme Bashung, Daniel Darc et même Etienne Daho. Franchement pour moi Bashung c’est du mauvais Dylan dans la mauvaise période de Dylan (country lourde je veux dire), il a juste le mérite de chanter en français sur de la country quoi. Sans parler des deux autres.
Pour moi Leo Ferret sera toujours plus rock, plus poétique que les mec citer plus haut.
Sinon pour le mec de Louise A. c’est vraie sue ça fais peur (et ça me conforte dans l’idée que j’ai de Bashung d’ailleurs) mais faut voir qu’un autre membre a fais quelque chose de pas mal avec Poney Express.
Soyons clair : Dylan n’a, à ma connaissance, JAMAIS fait de “country lourde”, cher Monsieur…
Permettez-moi de vous demander à quoi vous faites allusion ???
Soyons clair : J’adore Dylan
Mais toute l’époque avec Lanois me semble très en dessous de son niveau. Comme la période des année 80 avec le mec de Dire Strait. Bref j’aime pas. même si effectivement la façon dont il raconte sa dans son bouquin est intéressante.
Tiens j’ai même eu du mal au début avec Nashville Skyline même si je l’ai redécouvert plus tard.
après on peut toujours disserter des heures et se battre sur tel ou tel truc de Dylan. Moi je voulais juste dire que j’arrivais pas a comprendre Bashung c’est tout.
FAb a raison sur un point : ne rentrons pas dans le débat dylanien (Oh mercy est énorme, Tiime out of my mind aussi et Nashville quelle merveille absolue… et voila, je n’ai pas pu m’en empêcher). Autant je ne peux pas écouter Darc -impossible, absolument impossible- autant je trouve Bashung toujours intéressant, intrigant au moins. Il y a quand même quelques contrepieds hallucinants dans sa carrière.
Bon, pour Louise Attaque, j’aipeut-être exagéré. Séparément, ils ont peut-être fait des trucs pas mal, je dois avouer que je ne sais pas. Mais ce groupe PUTAIN, cette voix, BORDEL. Ils étaient ignobles ! des étudiants, des pulls à fermetures éclairs, des…. Bon, J’ai pas pu m’en empêcher non plus.
il s’est sûrement passé des tas de choses dans un univers parallèle auquel je n’ai pas accès, car je ne connais pas ces groupes dont vous parlez : U2, Louise “quelque chose”, Dire “machin”… mais cela sonne un peu comme des grossièretés, non ?
Dylan, quand il utilise un musicien, utlise un “outil”. en sachant ce que cet outil lui apporte en savoir faire et en notoriété. Point à la ligne.
Quant à Daniel, il est le premier à se sentir écraser par Dylan. Mais il en est bien plus proche qu’il ne l’imagine. Oui, bien plus proche…
Pour finir, Lanois et Knopfler, Dylan en a merveilleusment tiré parti. De même qu’eux se sont servis du prestige attaché au fait de produire Dylan.
Un deal “gagnant-gagnant”, en quelque sorte…
Quand je parle de Daniel, il ne s’agit pas de Lanois ! vous l’aurez compris…
Marrant ce débat futile.
D’un côté une chronique intelligente et subjective d’un album d’un môssieur de la scène française, réputé pour avoir été un des “purs” du rock français entre Gainsbourg et Noir Désir. Un type simple, qui fait ce qu’il aime, sans trop chercher à briller, et qui brille souvent, quand même.
Et de l’autre côté une attaque en règle de Louise Attaque (l’univers de Violent Femmes transposé en france) et de l’héritage (poussiéreux) de Bob Dylan (protest singer décédé à jour).
Je ne vois pas bien.
Pardon pour les parenthèses subjectivissimes. C’est comme d’aucun dirait “je n’ai pas pu m’en empêcher”.
J’apprécie ton commentaire, Bily HP, intelligent et sensible, comme toujours. je tenais à le dire. C’est fait.




ETRE DIEU
Il pourrait lire les “Chronicles” de Dylan : Zimmerman y explique comment il glandait pendant les séances d’Oh mercy et comment l’inspiration est revenu peu à peu.
Pas encore écouté le Bashung, savoir qu’il y a un LOuise attaque dans le sparages me fait fuir, me bloque totalement, irrémédiablement. Quel groupe ignoble et cette voix : l’une des plus laide de toute la chanson de Phrance.