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AIMÉ CÉSAIRE Droit comme un i, jusqu’à la césure

Tout le monde le sait depuis longtemps. Le dernier intellectuel français était Jean Paul Sartre. En plus il traînait tout le temps au Flore, alors ça collait. Mais (...) suite

Tout le monde le sait depuis longtemps. Le dernier intellectuel français était Jean Paul Sartre. En plus il traînait tout le temps au Flore, alors ça collait. Mais le bougre est mort en 1980. Saint Germain porte le deuil.

Depuis, on peut pas dire qu’on soit gâtés. A part quelques initiales sur-médiatisées (B.H.L), deux ou trois fous furieux et un maudit (Dantec ou Nabe au choix, moi je choisis Nabe…) pas facile de trouver un penseur crédible. C’est à dire quelqu’un qui parle et qu’on écoute parce que son avis compte. Un type qui fait réfléchir et fait trembler le pouvoir en même temps. Voire en une phrase. “Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là” disait un Victor Hugo un peu agacé par son Empereur.

Et bien jeudi soir, on a appris qu’il en restait un. Un intellectuel, un vrai…à l’ancienne. Normalien et tout. C’était Aimé Césaire. A croire qu’on avait pas bien cherché. Encore une fois il fallait écouter Gainsbourg: “sous le soleil exactement”, c’est là qu’il fallait chercher la perle rare, la perle noire; pas à la terrasse du Flore. Là où ne traînent plus guère que Florian Zeller et sa mèche.

Terré au fond de sa Martinique natale, l’homme représentait l’âme des poètes de la négritude. Enfin terré, façon de parler parce que contrairement à beaucoup de ses collègues intellos, l’Aimé était plutôt du genre homme de terrain. Député de 1945 à 1993, conseiller général de 45 à 49 puis de 55 à 70, il était aussi maire de Fort-de-France de 1945 à 2001. Sa mission: défendre l’identité nègre.

Maintenant on peut s’amuser un peu. Qui peut se vanter d’avoir un maire portant sur ses épaules un engagement politique et poétique aussi fort que la “négritude” ? Pas tous en même temps s’il vous plaît.
Bon, dans le style poète on a bien eu Villepin, mais…enfin, on ne frappe pas quelqu’un quand il est à terre.

Je disais tout à l’heure, un intellectuel à l’ancienne. Voyons…J’ai beau chercher, je ne vois pas quel poète pourrait aujourd’hui prétendre à des funérailles nationales. Et le Panthéon? Là on rigole.

Alors c’est vrai Césaire ne faisait pas exactement trembler le pouvoir en place. D’ailleurs ils seront tous à ses funérailles. Mais entre l’amendement de 2005 sur les effets positifs de la colonisation (qu’il avait d’ailleurs dénoncé) et la loi sur l’ADN, il en aurait eu des choses à écrire Césaire l’intellectuel.

Enfin le lecteur attentif et curieux est en droit de se demander ce qu’Aimé Césaire vient faire dans les pages de Gonzai. Et c’est vrai, j’ai aussi beaucoup hésité: Aimé était-il un poète gonzo? Est ce qu’il aimait Burroughs? Avait-il lu Hunter S. Thompson? J’en suis arrivé à la conclusion suivante: WE DON’T GIVE A DAMN.

Après tout un homme qui se bat pour défendre une identité bien qu’elle soit minoritaire a sa place ici. Et pour preuve: “Accommodez vous de moi. Je ne m’accommode pas de vous.” C’est de lui. On pourrait en faire un mot d’ordre.

Aimé Césaire est mort et, une fois n’est pas coutume, Gonzai est heureux de se joindre au concert médiatique pour le saluer une dernière fois.

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