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A SILVER MT. ZION “Des chevaux dans le ciel”

A l’heure où Arcade Fire rempli les stades en propageant les bigoteries de Neon Bible, cette étoile noire du rock made in Montréal suit à la lettre le (...) suite

A l’heure où Arcade Fire rempli les stades en propageant les bigoteries de Neon Bible, cette étoile noire du rock made in Montréal suit à la lettre le dogme indé de sa maison mère et continue la bataille chirurgicale. Toujours sur pied contrairement au vaisseau Godspeed You ! Black Emperor, Silver Mt. s’apprête à sortir son sixième album pour janvier 2008. L’occasion de sortir des cartons deux mémorables interviews de leurs membres les plus influents, réalisées autour de la sortie de leur précédent disque, Horses in the sky, en mars 2005. Guitariste et co-fondateur du label Constellation, Ian Ilavsky lève le voile sur le versant politique du collectif, tandis qu’Efrim Menuck, son chanteur illuminé, nous en dit plus sur son versant poétique.

“Constellation est né d’un échec”

Ian Ilavsky : En 1996, nous nous demandions ce qui manquait dans la scène locale. Il n’y avait pas de petites salles sur Montréal, gérées par des artistes pour des artistes. La plupart des lieux du centre ville étaient gérés par deux ou trois grandes compagnies Québécoises avec des visées touristiques. En général, c’était du jazz complètement plat, pas expérimental et pas aventureux du tout. Et les bars fermaient à 23h pour se transformer en discothèques. C’était vraiment une grande bataille pour trouver des salles pour des petits groupes. Alors nous avions pour projet de monter une salle de spectacle.

On avait un très petit budget pour lancer l’affaire, environ 10 000 dollars Canadiens, qu’on avait sauvé de nos boulots respectifs. On avait trouvé plusieurs lieux mais on n’avait aucune chance d’obtenir le permis pour fonder une nouvelle salle de spectacle. Pourtant, on ne demandait pas d’argent, juste un permis de construire. Alors on a abandonné le projet. Et l’aventure Constellation est née de cet échec, comme la suite logique de notre volonté de monter cette salle de spectacle, avec toujours le souci de représenter la scène musicale locale. »

“Partager les profits entre tous les groupes”

Ian Ilavsky : Nous ne voulons pas sortir plus de 4-5 albums par an. C’est un choix que nous avons fait dès le départ car nous ne voulons pas devenir trop grand, nous voulons gérer au mieux notre progression. C’est sûr qu’on pourrait travailler avec plus de groupes hors de Montréal ou du Canada, on pourrait aussi sortir 8-10 albums par an car on nous sollicite beaucoup. Mais nous ne travaillons qu’avec des groupes régionaux car nous ne pouvons pas tout produire, nous devons faire des choix et il se trouve qu’il y a beaucoup de créations musicales sous-exploitées que nous trouvons intéressantes à Montréal. Par contre, nous n’avons jamais signé de contrats, cela se fait dans la conversation, les groupes doivent nous faire confiance. De notre côté, nous devons gérer au mieux les dépenses et les recettes car, au final, on partage les profits entre tous les groupes. Et, à petite échelle, je pense que seul le système de partage fonctionne. Ainsi, une petite parution vendue à 3000 ou 4000 copies donnera un peu d’argent pour l’artiste. Dans les autres modèles de fonctionnement, tu ne réaliseras jamais un sou là-dessus.

“Ne rien négocier avec les grandes compagnies”

Ian Ilavsky : Nous préférons jouer deux soirs dans une petite salle plutôt qu’un soir dans une grande salle. Lorsqu’on vient à Paris, on se produit soit Aux Instants Chavirés (Montreuil, nda) soit à L’Echangeur (Bagnolet, nda). Très souvent, les salles de plus de 500 personnes sont gérées ou achetées par de grandes compagnies et nous ne voulons rien négocier avec les grandes compagnies. Il y a cinq ans, des salles étaient encore indépendantes mais maintenant elles appartiennent à des grands groupes. Par exemple, L’Olympia appartient à Sony ou je ne sais pas qui, donc pas question de jouer là. Alors nous nous faisons des recherches en Europe, en France, en Allemagne pour savoir quels sont les intérêts derrière chaque salle.

“Se lancer dans un activisme politique ?”

Ian Ilavsky : A Silver Mt. Zion essaye d’allier l’esthétique et la politique. Il y a tout un contexte en arrière scène qui agit dans ce sens, que ce soit la façon dont nous produisons nos albums, dont on les sort, la structure économique, le packaging, la démarche artistique… Nous travaillons à tous les niveaux, esthétique comme économique, pour avoir un engagement politique global. Nous sommes vraiment chanceux de faire ce métier et de pouvoir en vivre. Mais de plus en plus, au regard de la scène politique en Amérique du nord, on se pose la question de savoir si c’est vraiment le plus important de penser au prochain album ou à la prochaine tournée. Il arrive un moment où on se demande si l’on ne devrait pas se lancer plus directement dans un activisme politique. On pourrait stopper une année et s’engager volontairement dans la politique. Nous ne sommes pas des experts, il y a des gens au Canada qui sont beaucoup plus qualifiés dans ce domaine et avec qui nous pourrions collaborer. Voilà en tous cas une voie vers laquelle nous tendons de plus en plus.

Sur Horses in the sky la musique est plus abrupte et nerveuse que par sur vos précédents albums et il y a aussi plus de voix et de textes. Voulez-vous dire par les mots ce que votre musique se chargeait auparavant de communiquer intuitivement ?

Efrim Menuck : Notre local de répétition est petit, mal chauffé et souvent jonché des déchets que laissent les gens qui y passent. Le piano est cassé, nos amplis déconnent et la plupart du temps nos trois guitares font un vrai boucan. Les heures que nous passons ici peuvent donc être difficiles. Six d’entre nous sont sujets à de sérieux vagues à l’âme, que deux autres se laissent aller au vertige de leur chère déprime et que les cinq autres parviennent tout juste à ne pas rester les yeux bloqués sur leurs pieds. Et voilà, deux nuits plus tard, ceux qui étaient au plus haut sont soudainement frappés d’une dépression carabinée et ceux qui étaient au plus bas nagent en plein sentiment de supériorité. On pourrait reprocher à de nombre d’entre nous de trop boire. Mais quand on jette au sol nos disgrâces et nos laideurs, nous parvenons à construire des hautes tours à l’équilibre précaire au sommet desquelles nous plantons des drapeaux aux terribles symboles.

Parfois nous essayons de greffer des pyramides à des losanges, des ovales à des carrés. Un jour, trifouillant sa contrebasse, Thierry a sorti trois lignes partant dans neuf directions différentes qui ont jailli comme une intense lumière noire. Après il a dû s’allonger pendant un moment pour reprendre son souffle. Nous sommes fiers du vacarme de ces sabotages sonores, fiers de chanter ensemble, fiers de la gênante clameur que nos sept cœurs produisent.

Ce local de répétition dont tu parles serait-ce l’Hotel2Tango dont j’ai appris qu’il serait aussi le squat où vous vivez ?

Efrim Menuck : Oui, ce grand loft sale situé au-dessus d’un garage est aussi notre lieu de vie en plus d’être notre quartier général où se déroulent des spectacles illégaux, notre local de répétition et notre studio d’enregistrement. On le loue à un loyer très bas depuis onze ans. Mais un jour, quand les prix auront augmenté, nous devrons sûrement le céder à des requins de l’immobilier. Ce jour-là peut-être qu’on y fixera une plaque commémorative avant de partir…

Parler de post rock est-il une bonne manière de décrire votre musique ?

Efrim Menuck : J’ai toujours détesté le terme post rock. Je n’ai jamais été intéressé par l’esthétique pure ou l’expérimentation formelle. Je me suis toujours vu comme un ado armé d’une guitare et d’un fervent désire de “rocker”. Or le post rock ça m’évoque une culture et un héritage qui ne sont pas les miens, c’est ce que ferait un musicien qui aurait une conception étouffante et sclérosée de la musique. Le post rock, je ne sais pas dans quelle mesure c’est utile en tant que genre théorique ou pratique artistique, mais je ne connais pas un musicien ou un groupe qui n’ait pas du dédain pour ce terme…

Votre deuxième album s’intitulait : This is our punk rock. Cela veut-il dire que vous vous sentez plus proche des Clash que du Grateful Dead ?

Efrim Menuck : Hum, nous sommes plus influencés par une conception ultra romantique de l’histoire du bruit humain, par ces dizaines de hurleurs séculaires et solitaires faisant des chansons à partir de rien. C’est tout un commerce secret de complexes pincements de cordes transpirant. Aujourd’hui on n’estime plus vraiment le pouvoir du cœur dans ce qu’il peut avoir de plus noir, le noyau déchirant de cette chose qu’on appelle musique, cette boue sublime contenue dans les larmes de Nina Simone, ces voyelles grandiose éraillées sans fin par Roscoe Holcomb comme des chaînes rouillées à travers l’implacable naufrage qu’est la vie, la féconde gaieté d’un sifflement enregistré tel quel ou la gloire de demie phrases incongrues que jette par-dessus bord un somptueux navire en flamme mitraillé par une pluie de tous les diables….

Je suis récemment tombé sur deux définitions du punk. La première est du rock-critic Lester Bangs : “Etre punk c’est détester toute sorte de poétisation de soi-même, c’est dire à tous les punks d’aller se faire foutre”. La seconde est du groupe rock français Métal Urbain : “Le punk c’est quelqu’un qui prend l’information, la digère et renvoie l’ennui et l’angoisse au visage d’autrui avec une attitude provocante”. Pourrais-tu me donner une troisième définition du punk ?

Efrim Menuck : Etre punk c’est apprendre par soi-même l’ossature des choses pour pouvoir alors bâtir soi-même des tours plus complexes et menaçantes. Puis c’est apprendre par soi-même la photographie pour pouvoir photographier les tours que vous avez faites…

Les journalistes parlent souvent de Silver Mt. comme d’un groupe militant. Cela te dérange-t-il ?

Efrim Menuck : Hum, je me suis toujours considéré comme un piètre convive pour les dîners dorés de l’industrie du disque. Je ne nous vois pas du tout comme des « militants ». Pour nous cette réputation veut juste dire que le navire du journalisme musical actuel est réactionnaire et fermé à tout changement. Nous, nous essayons seulement de faire notre étrange métier du mieux qu’on peut, de retranscrire notre cri le plus fidèlement possible et nous nous fichons d’être considéré comme de mystérieuses caricatures politiques…

En France, vous êtes considérés comme un groupe culte. En plus de la beauté atypique de votre musique, le mystère qui vous entoure, lié à l’anonymat farouche que vous cultivez, joue un rôle là-dedans. Etes-vous pareillement perçu à Montréal ?

Efrim Menuck : Au Canada nous sommes majoritairement ignorés par les médias. Très tôt, nous avons écopé d’une réputation selon laquelle nous serions “difficiles” et “prétentieux”. Nous sommes quasiment invisibles dans notre propre ville et notre propre pays. En même temps, nous continuons à remplir les salles quand nous donnons des concerts et nous continuons à vendre une quantité modeste mais raisonnable, suffisante, de disques. C’est une étrange position que la notre…

Chroniquant Horses in the sky, un journaliste français a écrit ceci : “Si un jour il veut mettre à jour Lipstick Traces, son pertinent livre sur la subversion à travers les âges, l’américain Greil Marcus devra écrire un long chapitre sur ce qui se passe depuis quelques années du côté de Montréal. Parce que ce que Godspeed ! et A Silver Mt Zion créent au-delà du simple désir d’apporter quelque chose de neuf à l’immense et puissante industrie du disque. Guidés tous deux par la rage et le désir, chacun de leurs actes semblent être une réponse à ce que Marcus appelait dans son ouvrage “le gel totalitaire du monde moderne”.” Que pensez-vous de cela ?

Efrim Menuck : Accchhh… je ne sais pas, de telles choses me donnent mal au crâne, je ne suis pas bien placé pour dire quelle est notre place dans “l’histoire de la musique”. Nous sommes vraiment humbles au sujet de notre “importance”, essentiellement satisfaits de notre petit empire fait maison, toujours inspirés par d’autres féroces combattants dans ce monde si triste, et nous espérons avoir assez de chance pour continuer à faire flotter notre vaillant petit navire pour quelques années encore. Peut-être que ce qu’il nous reste de mieux à faire est de réfléchir à comment nous allons pouvoir prendre soin de chacun de nous dans les obscures années qui s’annoncent. Réfléchir à comment nous allons pouvoir reconstruire nos économies locales.

www.myspace.com/asilvermtzion

Pour plus d’infos le manifeste de Constellation est téléchargeable via cet article du webzine B-Side Rock.

8 commentaires

merci pour ces trop rares paroles … des chevaux dans le ciel … uhmm ?!

Commentaire par jérôme-david, le Lundi 6 août 2007 à 22:31

De rien Jérôme-David. Content de voir que ça intéresse quelques personnes d’entendre parler (de) Silver Mt Zion.
Les propos de Efrim (recueillis par mail) sont assez cryptiques à l’image des textes de “ses” chansons… et donc c’est parfois dur de s’y retrouver dans ce qu’il veut dire, non ?

Commentaire par sylvain, le Lundi 6 août 2007 à 23:20

ma fois, non ! juste humm disons littéraire , et très porté sur le symbole le garçon !!! des chevaux dans le ciel (apocalypse?) je ne connais pas ses paroles , j’ai en fait découvert ce groupe à la Cigale , j’y travaillais ce jour là , et je dois dire que si tout les groupes étaient aussi agréables , calmes , humains , hyperrespectueux mais au naturel sans frime ni forçage (genre le respect pitié humanitaire de l’artiste engagé face à la grande tringle qui portent ses amplis ( c’est moi la !)) et bien donc on verrai plus souvent de grands concerts magiques et beaux comme c’était le cas ce soir là , car l’humanité , la vrai , la suprême , ça s’entends avec les oreilles du coeur vivant…
personnellement je vois très bien ce qu’il veut dire, sur la difficulté d’Être - groupe et les multiples bons plus ou moins maniaques et déprimés que l’on traverse , nous musiciens , et eux , nos instruments , nos interfaces
sinon il a l’ambition de construire une oeuvre , rien de plus humble , ni de plus sincère … quand à l’image-symbole de la tour … libre à vous … ce qui m’interresserai c’est de savoir dans quelle confession il a grandi le garçon … mystique et athé ? après tout le messianisme révolutionnaire est une vieille histoire…

Commentaire par jerome-david, le Lundi 6 août 2007 à 15:04

Entre chevaux (blanc ou dans le ciel) vous vous comprenez, quoi de plus normal ;-) Content d’apprendre qu’ils ne t’ont pas infligé de mauvais traitement à toi ingé-son ou roadie à tes heures, mais qu’au contraire ils t’ont témoigné toute leur humanité, c’est vrai que c’est assez rare pour être souligné. Et pour les avoir vu en concert, on capte aussi ce sentiment côté public. D’ailleurs en parlant concert, à un moment il était question qu’ils sortent un live joliment intitulé Fuck You Drakulas, mais y’a pas eu de suite à ce bruit de couloir (enfin, de blogosphère, devrais-je dire). Comme ça t’intéresserait de savoir dans quelle confession Efrim a grandi (et que j’aime bien tes commentaires, je dois dire) je suis allez chopper ces quelques éléments de réponse du côté de Wikipédia : “Le nom A Silver Mt. Zion semble faire référence à l’Esplanade des mosquées (Mont du temple dans l’Ancien Testament, Temple Mount en anglais), le point culminant de Jérusalem. Efrim Menuck étant juif, des références au judaïsme sont de temps à autre présentes dans la musique du groupe, le premier album étant caractérisé par M. Menuck comme étant une « expérience juive » (jewish experience en anglais), bien que celui-ci ait pris ses distances avec le mouvement sioniste et critique l’attitude actuelle du gouvernement israélien.” Voilà. A+

Commentaire par sylvain, le Lundi 6 août 2007 à 1:28

merci pour ces précisions , mais je m’en doutais si fort , qu’autre m’eut étonné. Quand à ces idées - opinions politiques et - ou religieuses , je patienterai d’avoir la réponse de l’interressé, privé ou publique , après tout… une lecture-traduction me semble nécessaire pour s’en faire une propre , d opinion …
sinon; pour bibi c’est roadie , mais rare , manutentionnaire du Spectacle en pleine Société Cosmétique …

tchuss²

Commentaire par jérôme-david, le Lundi 6 août 2007 à 15:53

Effectivement, je t’apportais plus ces infos histoire de confirmer l’intuition que tu avais eu.
Au plaisir d’une future discussion…

Commentaire par sylvain, le Lundi 6 août 2007 à 22:39

Merci pour ces interviews. Elles sont simples, à taille humaine et ça fait bien plaisir de les lire. Parce que lire du blabla hyper customisé de critiques payer pour donner l’avis sur un disque ça me soule et puis ça sonne tellement faux. Bref j’ai fuis les magazines et autres sites de critiques musicales, ça ne rime à rien, c’est trop subjectif pour moi. Tous leur charabia m’a rendu malade.
En tout cas bon boulot, merci encore!

Commentaire par Alice, le Lundi 6 août 2007 à 19:33

merci pour les commentaires, j’ai rencontré et photographié silver mount zion ainsi que vic chessnutt… c’est vraiment des gens bien…

Commentaire par Dô, le Lundi 6 août 2007 à 19:19

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